As-tu
bien travaillé ?
Récompenses
scolaires et cadeaux de Noël
Panneau d’élocution
Rossignol, Le Sapin de Noël, détail, « La bonne écolière reçoit un prix en
présence du maire » (collection musée)
La
tradition de Noël
Une
des traditions de Noël est d'insister parfois sur la notion de récompense : « Si tu n’as pas bien travaillé à
l’école, le Père Noël ne passera pas ! ». Le
don de cadeau a pu être soumis à cette condition, toutefois doublée de : « Tu as été sage cette
année ? »… Je me souviens d’une vieille voisine
revêche qui déclarait, lors de la tournée du Jour de l’An de notre joyeuse
bande d’enfants : « Vous
n’avez pas été bien sages, mais je vous donne quand même une étrenne ! ».
Le goût amer de la mandarine et de la papillote…
La tradition transformait donc quelques fois le don de cadeaux de Noël en une récompense méritée mais soumise à certaines conditions de sagesse et de comportement. Du moins la menace planait-elle surtout à l’arrivée des fêtes de fin d’année, rituel qui n’affolait pas les bambins outre mesure, habitués qu’ils étaient au grand pardon de Noël.
Quelle merveilleuse nuit
durant laquelle va passer cet étrange et mystérieux personnage, objet de tous
les fantasmes. La veille, chaque enfant a déposé son « petit soulier »
au pied du sapin, comme le dit la chanson, dans l’espoir d’un cadeau, même si
autrefois, modestement, il découvrait une pomme, une orange ou une pipe en
sucre. Dans les familles pieuses, c’était évidemment un don du Petit Jésus,
avant que la coutume américaine et l’apparition des jouets manufacturés générés
par la société de consommation et les grands magasins n’imposent « leur »
Père Noël. En France, il passe par la cheminée, sans que personne ne s’en
étonne et souvent, sans respecter les souhaits exprimés dans la lettre qui lui
fut adressée…
1953
1968
Collection P.S. Proust « Les
merveilleux courriers du Père Noël »
La célébration de Noël fut
une invention de la bourgeoisie du 19e siècle, même si elle plonge certaines
de ses racines dans les rituels païens des Saturnales remontant à l’Antiquité
et fêtant le solstice d’hiver (1). Son équation actuelle :
sapin, cadeaux, repas festif et Père Noël (à laquelle on peut éventuellement
ajouter la crèche et la dinde) s’est construite tout au long du 20e
siècle. Tout n’a-t-il pas commencé par les étrennes du Jour de l’An pour finir
par le cadeau aux enfants pour le jour de Noël ? Les naïfs que nous sommes
n’ont rien vu venir.
Les années 50 et l’industrialisation
du jouet ont remplacé l’orange d’autrefois (symbole d’opulence) par les jeux
manufacturés, quand, parallèlement, les cadeaux entre adultes ont fait leur
apparition. Beaucoup critiquèrent depuis, cette fête « commerciale »,
mais chacun s’y plia, s’y plie et s’y pliera vraisemblablement, par affection envers
ses proches et par amour de ses enfants…
Tu
as bien travaillé
Cette tradition des cadeaux
de Noël est l’occasion pour nous de revenir sur les récompenses et prix
distribués à l’école, qui, s’ils étaient généralement offerts en fin d’année
scolaire, le furent parfois avant les vacances de fin d’année.
Tout au long du 19e
siècle eurent lieu des distributions de prix, de récompenses ou de témoignages
de satisfaction. Cette coutume fut longtemps l’apanage des écoles libres, mais,
dès l’avènement de la Troisième République, le 4 septembre 1870, les
républicains virent tout l’intérêt que représenteraient ces manifestations pour
l’école publique naissante et la diffusion de ses valeurs. Le caractère très
officiel de ces remises de prix sera précisé par les députés dans leur arrêté
du 21 juin 1909 : « Article
premier. – Dans chaque commune, le maire ou l’adjoint désigné par lui est
président de droit de la distribution de prix dans les écoles primaires
élémentaires publiques. Quinze jours au moins avant la cérémonie, le maire fait
savoir au préfet si la municipalité entend prendre la présidence. »
Distribution de prix ver
1888 (Jean Geoffroy, peintre de l’école)
Depuis la circulaire du 16
juillet 1878, la réglementation prévoyait même que la liste des ouvrages
destinés à être distribués en prix, devait être revêtue du visa de l’inspecteur
primaire. Les fameux livres rouge et or, financés par l’État, firent donc leur
apparition et furent offerts aux écoliers, des années 1890 jusqu’aux années 30.
La Troisième République rendait ainsi hommage au mérite des élèves, promouvant
le goût de l’effort, l’obligation de résultat et l’amour du travail bien fait.
© (Photo Marie-Odile
Mergnac)
Quoi qu’il en soit, ces
cérémonies étaient rarement d’usage dans les villages ou les petites bourgades,
dans lesquelles les écoliers devaient souvent se contenter de « Témoignages
de satisfaction », moins glorieux mais beaucoup plus fréquents. Au
demeurant, dans les campagnes, au regard de la fréquentation scolaire
obligatoire au début de cette nouvelle école publique gratuite et laïque, on
peut s’interroger sur l’attachement des familles à l’éducation de leurs enfants,
volontairement destinés à un travail précoce et rémunérateur pour le foyer (2).
Témoignages
de satisfaction (collection musée)
Remarque :
vous noterez qu’en ce qui concerne les certificats des écoles de la Mine à
Montceau, la lutte contre l’alcoolisme est très importante au regard des maximes qui encadrent le
document, à l’instar des écoles publiques qui relayaient elles aussi le combat
contre ce fléau national (voir l’article du blog : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2017/02/lecole-en-lutte-contre-lalcoolisme.html#more
).
Joyeux Noël tout de même à
tous les bambins ! (avec une touche d’humour)
Un
« collector » pour conclure
Une vision « curieuse
et paradoxale » de Noël en 1946, on ne sait plus vraiment qui descendra du
ciel…
Cliquez ici pour voir la vidéo
Patrick PLUCHOT
(1) : Au
4e siècle, sous le règne de Constantin, premier empereur romain à se
convertir au christianisme, la date du 25 décembre a été choisie pour fêter la
naissance du Christ. Ce n’est pas un hasard si cette fête se superpose alors
avec les cultes solaires païens. Le sapin de Noël est lui aussi hérité de
coutumes païennes durant lesquelles on allumait de grands feux pour conjurer la
disparition du soleil. Au départ, on ne suspendait que quelques branches au
plafond, décorées de pommes (fruit de saison), symbole d’un paradis perdu…
Chronologie d’après Martine Perrot, anthropologue in « Ethnologie
de Noël, une fête paradoxale »,
chez Grasset :
Antiquité romaine : Les Saturnales célèbrent le dieu Saturne et le
solstice d’hiver. C’est une période de réjouissances et d’excès, accompagnée de
dons alimentaires symbolisant l’abondance au cœur de l’hiver.
IIIe siècle : Les chrétiens commencent à fêter la Nativité.
IVe siècle : La date du 25 décembre est arrêtée (lire ci-dessus).
Moyen Age : Les réjouissances de Noël et du carnaval, marquées
par des excès de boisson et de danse, rappellent les Saturnales.
XVe siècle : Le sapin fait son entrée au sein des corporations
allemandes et alsaciennes (lire ci-dessus).
XIXe siècle : Noël devient une autocélébration des valeurs bourgeoises.
On célèbre la fête en famille et avec faste.
1843 : Charles
Dickens publie son «Conte de Noël» (lire ci-dessus).
Fin XIXe : Les
grands magasins inventent les rayons et les vitrines de Noël. Noël devient
consumériste.
Années 1950 : Le modèle américain s’impose, avec sa dinde et son
Père Noël.
(2) : La distribution de
prix est largement plébiscitée par les autorités dans cette fin de 19e
siècle, notamment dans le Manuel Général de
l’Instruction Publique, dans un article
d’Eugène Rendu :
« Que la distribution des prix soit une véritable
fête ; et que toute la commune, autorités, gens notables et petites gens,
et les pères et les mères, et l’orphéon et la fanfare, viennent non pas
seulement pour applaudir et honorer une élite d’écoliers, mais pour témoigner,
devant tous les enfants, devant leurs familles, trop souvent indifférentes, de
la nécessité de l’instruction, du rôle prédominent qu’elle doit avoir dans un
pays de suffrage universel où chacun est responsable de la chose publique, où chacun
aussi, selon sa valeur, peut librement se faire au soleil, sa place
légitime. »
Déjà, le 13 août 1864,
une circulaire ministérielle alertait sur le peu d’engagement des parents
envers l’instruction de leurs enfants :
« Beaucoup d’écoles primaires n’ont point de ces
fêtes de fin d’année, où la bonne conduite et le travail sont publiquement
récompensés. Il en résulte qu’on trouve dans les écoles peu d’émulation, et
qu’un certain nombre d’élèves les désertent une partie de l’année. Il serait
bon cependant que chaque village eût sa fête annuelle de l’enfance et du
travail. La dépense qu’elle entraînerait serait bien minime et, à défaut de la
commune ou du département, des particuliers, j’en suis sûr, tiendraient à
honneur de s’en charger. Il ne vous serait pas difficile, Monsieur le préfet,
de persuader aux maires et aux notables de votre département, que l’argent
donné pour l’enfance, est, à tous les points de vue, de l’argent placé à gros
intérêt. »
Merci pour cet article très intéressant !
RépondreSupprimerSur la distribution des prix, voir la fameuse cérémonie republicaine organisée par la ville de Lyon en juillet 1872.
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