jeudi 8 octobre 2026

Le claquoir volé : retour au bercail

 

Le claquoir volé

Retour au bercail après 30 ans d’oubli

Notre claquoir référencé (photographie in « 100 ans d’école », publication musée, 1981)

Un emprunt à long terme…

Objet mythique du musée, répertorié comme « objet remarquable », inspiré du claquoir en usage dans les églises, ce petit instrument de 10 x 6 cm permettait de rythmer les exercices d’ensemble : entrée-sortie du banc, application des consignes, etc. De fabrication rudimentaire, deux planchettes de bois reliées par une charnière, il pouvait être grossièrement sculpté. Mais voilà qu’au printemps 1996, notre claquoir montcellien partit mystérieusement voguer vers d’autres cieux… Une histoire qui finit bien, comme on les aime ! 

 

Une existence officielle

L’emploi du claquoir dans les écoles maternelles et primaires fut réglé par les instructions officielles qui le mentionnent au même titre que le sifflet, au profit duquel il fut abandonné au fil du temps : « Claquoir et sifflet sont compris nécessairement dans le matériel d’enseignement de l’école maternelle », Loi du 16 juin 1881. Article 2. Comme le disait une institutrice à l’inspecteur, à la fin du 19e siècle : « Il me permet de ménager mes poumons ».

Copie du claquoir et sifflets (collection musée)

Retour en 1881

 « Clac ! Clac ! » Première injonction du matin. Chacun a rejoint sa place en silence et en rang, chaque travée s’est remplie de deux rangées d’élèves au garde-à-vous. Les écoliers, bien alignés, attendent le signal du maître pour s’asseoir. « Clac ! Clac ! » Le bruit sec du claquoir retentit à nouveau, on prend place. Pour le bon fonctionnement de la classe, une discipline de fer doit donc régner, le claquoir y contribue. Un modèle plus imposant existait et devait probablement servir lors des grandes assemblées ou des mouvements collectifs à l’extérieur, il était, lui aussi, un héritage des religieux. Comme quoi, toute idée était bonne à prendre.

Claquoir « géant » (collection musée)

La mise en scène et le déroulement du drame

Retour en 1996. Le musée accueille des classes qui viennent de loin, d’autres départements parfois très éloignés, comme ce fut le cas en ce jour fatidique. À cette époque une péniche de tourisme sillonnait le canal du centre (1), avec à son bord des enfants en classe transplantée. L’embarcation accosta au port de Montceau où le groupe était attendu pour découvrir le musée de la Maison d’École.

Comme à chaque visite, la mise en situation du groupe de visiteurs passe par l’installation dans la salle 1880 et ses pupitres. L’utilisation du claquoir crée l’ambiance. En ce jour de juin, les guides ne dérogent pas aux habitudes, la sévérité reconstituée du lieu plonge les enfants dans un étonnement rieur, bientôt teinté d’inquiétude… ils se laissent emporter vers un lointain passé qu’ils n’imaginaient sûrement pas ainsi. On devient un écolier d’autrefois, bras croisés, dos droit, regard haut (le maître est perché sur l’estrade). « Clac ! Clac ! » On obéit en silence aux consignes et on ne sait plus vraiment si on joue ou si on a changé de siècle !

Un objet fascinant ce claquoir et, pour une jeune élève présente ce jour-là, une envie irrépressible de le rapporter à la maison… Les mises en situation s’enchaînent alors selon un plan bien rôdé : description de la salle, des objets, manipulations diverses, habillage de quelques volontaires avec les tenues d’autrefois. Peu de méfiance des guides à cette époque, toujours passionnés par leur rôle de passeurs de mémoire. Changement de salle, poursuite de la visite, les objets présentés restent en place dans la salle qui se vide. Tous les objets ? Peut-être pas.

Panique à bord

La visite se termine, écriture à la plume dans la salle d’animation du rez-de-chaussée, achats à la boutique, commentaires sur le Livre d’or, adieux et remerciements d’usage. Le calme est revenu, il est temps de remettre les salles en ordre et de fermer. Et là, stupeur ! On ne retrouve pas le claquoir sur le bureau du maître de la salle 1880. Est-il tombé ? Est-il enfoui sous d’autres objets ? On cherche mais on se rend rapidement à l’évidence, il a disparu. Une des guides partent aussitôt en direction de la péniche avant qu’elle ne largue les amarres. Tout le monde est catastrophé, on fouille, on cherche, on questionne, rien n’y fait et notre guide repart bredouille et dépitée. Peut-être quelqu’un s’est-il « délesté » de l’objet dans le canal de peur d’être dévoilé ? Triste fin. Le temps passe et l’oubli s’installe. Maigre consolation, le musée a fait faire une réplique du claquoir par un menuisier amateur, en l’occurrence M. Salesse, l’inspecteur de la circonscription de Montceau… 

Réplique du claquoir original (collection musée)

Épilogue : le rachat

Plutôt que s’endormir en ce soir de 1996, avec le regret de ne pas avoir subtilisé le claquoir, l’« emprunteuse » (gardons son anonymat) préféra se réveiller avec un remords… 30 ans plus tard ! C’est ainsi qu’au hasard d’une improbable rencontre, l’objet du délit retrouva sa terre natale, accompagné d’une lettre d’excuses manuscrite que je vous laisse découvrir :

Quelle morale tirer de cette rocambolesque affaire ? Les pédagogues que nous sommes vous diront que les jeunes enfants ont des manières de s’approprier les choses qu’un adulte va assimiler au vol, mais que la psychologie enfantine considère comme un désir trop grand pour une conscience encore en construction. Il n’est pas de petit larcin qui ne soit provoqué par une gourmandise ou une curiosité d’enfant, c’est là que commence l’éducation par l’explication au « bien faire » et au « mal faire ». Considérons ce petit larcin, même s’il touchait à une trace rare du passé, comme la tentative maladroite d’une enfant de 8 ou 10 ans qui veut posséder le monde et à qui il faudra faire comprendre la nécessité de le partager. Comme le dit l’adage, faute avouée est à moitié pardonnée. Accordons donc finalement notre pardon tout entier. « Clac ! Clac ! » Fin de l’histoire… 

Claquoir original, le retour (collection musée)

Patrick PLUCHOT

 

(1) : Dans les années 1990, des « classes péniches » sillonnaient, entre autres, le canal du Centre et faisait escale à Montceau pour visiter le musée de la Maison d’École et les curiosités locales. Peut-être ces classes étaient-elles relayées par Ligue de l’Enseignement ou la F.O.L 71 à cette époque, auxquelles nous faisions appel à leur section de Mâcon pour organiser des classes transplantées ? Toutefois, deux hypothèses sont plausibles quant à leur point de départ : la première, c'est dans le nord de la Bourgogne que sont nées les véritables « péniches-écoles » et « colonies navigantes » de la région, comme celles portées historiquement par des sections de la Ligue de l'Enseignement ou des associations de jeunesse de l'Yonne et de la Nièvre. Ces bateaux descendaient parfois de l’Yonne/Canal du Nivernais vers le canal du Centre ou la Saône. La seconde, d’autres péniches venaient du réseau Saône/Rhône avec l’association des Péniches du Val de Rhône à Lyon. Cette association possédait des péniches pédagogiques pour des « classes eau » itinérantes. Un de leur itinéraire rejoignait le canal du Centre en remontant la Saône jusqu'à Chalon-sur-Saône avant de s'engager sur le canal en direction de Montceau-les-Mines.


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