Le
retour de Jeannette
Grâce
à nos amis de la Physiophile, projection sur grand écran le 16 octobre 2026
La
« vraie » histoire du film (Deuxième partie)
Jeannette Bourgogne
Voir ou revoir cette œuvre
singulière, à la frontière entre la fiction romanesque et le documentaire
pédagogique. Ce film, porté par la lumineuse Blanchette Brunoy, offre un
témoignage précieux sur l’institution scolaire française de
l’entre-deux-guerres. Tout sur les coulisses du film dans cet article. Rendez-vous
le 16 octobre, à 18 heures, aux Ateliers du jour de Montceau.
La
Saga de « Jeannette » ou l’épopée d’un film populaire
(D’après les travaux et le témoignage, en 1983, de Jean Gay, promotion 1943-47, EN de
Dijon)
« Les miracles n’ont lieu qu’une
fois »
Les initiés savent
bien que le titre de ce dossier n’annonce aucun miracle de Lourdes. En effet,
quarante-quatre ans après la fin de son tournage, le film « Jeannette Bourgogne », revenu sur l’écran du Cercle
Laïque Dijonnais en 1982, s’apprêtait à circuler dans les très nombreuses
associations laïques culturelles de Côte-d’Or, et, sans nul doute de Bourgogne.
Sa réapparition en 2026 ravive le souvenir du Front populaire et son 90e
anniversaire.
Deux fois oublié
Neuf
ans d’oubli
Après
sa sortie, le film fut oublié de 1940 à 1948. 9 ans d’oubli pour cause de
guerre et d’Occupation, les bobines furent reléguées dans les placards. Le
Régime de Vichy ne tolérait pas que soient vantés les mérites de l’Ecole laïque
et républicaine. D’ailleurs, n’accusa-t-il pas, à la fois, « Quai des brumes » de Marcel CARNE, et les Instituteurs d’endosser une très large part de
responsabilité dans la défaite de 1940 ? On ne s’étonnera donc pas que
« Le film de nos écoles » fasse partie de ces œuvres subversives et
que sa diffusion s’arrête dès 1940.
Toutefois,
on sauva le négatif 35 mm et on le conserva à l’abri jusqu’en 1948. Qui fut ce
« on » ? Mystère. Toujours est-il que M. Henri MARQUET (promotion 1913-1916 de l’EN de Dijon), l’un de ces
pionniers du cinéma éducateur qui avait discrètement et efficacement prêté son
concours pendant le tournage de « Jeannette », créa l’Office régional du Cinéma éducateur de Dijon, en
1946, en abrégé : O.R.C.E.L qui deviendra O.R.O.L.E.I.S. (Office régional
des œuvres laïques d’éducation par l’image et le son), au sein de
l’U.F.O.L.E.I.S. (Union française des œuvres laïques d’éducation par l’image et
le son). M. MARQUET commença à
organiser la distribution de courts et de longs métrages, à la fois pour la
Ligue française de l’Enseignement et pour le Ministère de l’Education
nationale. Sur son initiative en 1948, des copies 16 mm de « Jeannette Bourgogne » furent tirées pour chaque
« office ». M. Jean RAMELET,
successeur d’Henri MARQUET, est
alors formel dans ses rapports : l’office
de Dijon possédait bien les droits d’exploitation de « Jeannette Bourgogne » pour deux copies.
Nouvel
oubli
L’exploitation
des copies 16 mm s’essouffle à son tour au début des années 1950. Le film et
ses quelques copies disparaîtront à nouveau pour une trentaine d’années. Que
sont devenues les copies 16 mm ? Pas de témoignage, si ce n’est une copie
VHS de piètre qualité, numérisée à son tour, dont le Musée de la Maison d’École
possède un exemplaire, grâce à la diligence de M. Breuil, président de l’amicale des anciens élèves de l’E.N de
Dijon.
Pourquoi ce retour en
1982 ?
Trois facteurs sont
intervenus dans cette reprise cinématographique. D’abord, l’Office Régional des
Œuvres Laïques d’Éducation par l’Image et le Son (OROLEIS) de Dijon possède une
dernière copie 16 mm en bon état. Ensuite, les animateurs du Cercle veulent
projeter à nouveau cette production, la Société d’Emulation de Beaune en ayant
fait autant le 2 décembre 1982. Enfin, le Centenaire des lois laïques se doit
d’être célébré avec quelque éclat : « Jeannette
Bourgogne », destiné à magnifier l’Ecole laïque et ses œuvres annexes,
peut constituer le centre d’une manifestation.
Le 1er
octobre évidemment
Toutefois, c’est
prendre le risque de rebuter l’assemblée si un lien n’est pas établi entre elle
et la réalisation. Alors naît l’idée de concevoir un programme souvenir et une
exposition double « Au temps de
Jeannette Bourgogne » (le contexte) et « Jeannette Bourgogne » des documents sur le film. Mais
quelle date retenir ? Les rebondissements des recherches modifient à
plusieurs reprises le calendrier : pas moins de quatre soirées sont
envisagées entre octobre 1981 et mai 1982, mois au cours duquel on arrête
définitivement le 1er octobre. C’est une date symbolique. En effet,
pendant des décennies les écoliers « rentrèrent » en principe ce
jour-là. Or, en 1938, les tensions en Europe conduisent les autorités à
considérer le 1er octobre comme « rentrée libre » et le 10
comme « rentrée effective ». Qu’importe ! Jeannette Bourgogne
est censée enseigner le premier du mois.
De patientes
recherches
Pour garnir des
panneaux d’exposition et nourrir une brève présentation, des matériaux sont
indispensables. Mais où les trouver ? Un visionnement préalable du film
permet quelques contacts. M. Jean
GOURGUET, retrouvé grâce à un article intitulé « Les mousquetaires de
l’Escurial » paru dans « Le Nouvel Observateur » du 15 août
1981, fournit de précieux éléments lors d’une rencontre à Jours-en-Vaux. Le
secrétaire du Conseil général de la Côte-d’Or, M. GRAS, Conservateur de la bibliothèque de Dijon, Mlle DEGROIZE, Conservateur des Archives
municipales de Dijon, prêtent leur concours. Et, plus que les collections du
« Bien Public » et du « Progrès de la Côte-d’Or », celle de
« La Bourgogne républicaine » se révèle une mine de renseignement qui
viennent compléter d’autres publications et témoignages. Le dossier « Jeannette Bourgogne » est
ouvert : il ne demande qu’à s’enrichir.
2013 : dernier
soubresaut
Le film ne réapparaît ensuite, et pour la
dernière fois, qu’en septembre 2013, découvert, au hasard de recherches, par Lionel Julienne, maire de
Précy-sous-Thil (lieu de tournage). Très peu de copies en avaient été faites et
il y en avait bien une à la Bibliothèque nationale à Paris… seulement
consultable sur place. Grâce à l’autorisation de Geneviève Costovici-Gourguet et de son frère, ayants-droits sur
l’œuvre de Jean Gourguet, Lionel Julienne organisa deux
projections, les 21 et 25 septembre 2013, ainsi qu’une exposition sur le film
et la vie du cinéaste. Treize ans se
sont écoulés et ce film d’anthologie sera de retour en Bourgogne pour une
projection unique le 16 octobre 2026, à Montceau-les-Mines, dans le cadre du
colloque 2026 de l’Association Bourguignonne des Sociétés Savantes de Bourgogne
dont le thème sera « Enfance et éducation en Bourgogne ».
Une réédition de dernière minute
Bonne nouvelle : le film est commercialisé à nouveau depuis 14 avril 2026 sous forme de DVD par LCJ Éditions.
La genèse du film
Au commencement était
COUTIVERT
La tradition orale
veut que l’idée de tourner un film montrant l’apport de l’Ecole laïque ait
germé à COUTIVERT (21). Ce serait lors d’une conversation entre M. Léon DUBREUIL, Inspecteur d’Académie et
Président de l’Œuvre des pupilles de la Côte-d’Or (OPEP) et Mme HERBINIERE-LEBERT, jeune inspectrice
des Ecoles maternelles de la Côte-d’Or et de la Saône-et-Loire, que l’argument
aurait été arrêté. M. Henri ANGER,
le premier rédacteur en chef de « La Bourgogne républicaine »,
précise même : « sous les frais
ombrages du parc », détail qui, pour poétique qu’il soit, sert à
placer l’entretien soit à la fin du printemps, soit au début de l’été 1937. En
effet, la parution au « Journal officiel » des 22 et 23 novembre 1937
de la déclaration du « Comité du film « Jeannette
Bourgogne » suppose un énorme travail administratif, des réunions
fréquentes et des rapports individuels, tant à l’échelon départemental que sur
le plan national. La préexistence de circonstances favorables élimine toute
improvisation dans la phase préparatoire.
« Il sait
diriger des singes… »
En relatant son propre itinéraire, M. Jean GOURGUET le confirme indirectement. A cette époque, le Ministère de l’Education nationale se plaît à encourager la production de films depuis l’incontestable réussite de « La Maternelle » de M. Pierre BENOIT-LEVY et Mme Marie EPSTEIN (1932) (1), d’après Léon FRAPIE. Toutefois, M. BENOIT-LEVY abandonne, pour diverses raisons, son quasi monopole sur la production des courts-métrages commandés par le Ministère.
Madeleine Renaud dans La Maternelle
On cherche alors de
jeunes réalisateurs. M. BARRIER,
Directeur adjoint de l’Enseignement du 1er degré, s’occupe du secteur
cinématographique en liaison avec M. Marcel-Charles
LEBRUN, Directeur du Musée pédagogique de la rue d’Ulm (ancêtre du CNDP,
futur MUNAE). A cette époque, Mlle GERAULT,
Inspectrice générale des Ecoles maternelles, désire le tournage d’un film sur
les écoles maternelles, dont la pédagogie les distingue singulièrement des
« garderies ». Comme le cinéaste Jean
GOURGUET vient de se signaler à l’attention avec « La grande pastorale » (un classique de la transhumance)
et « Les animaux du zoo », on
envisage de le faire travailler. M. LEBRUN,
qui ne donne pas spécialement dans la nuance, juge le choix du réalisateur
malheureux : « S’il sait faire
jouer des singes, cela ne prouve pas qu’il saura diriger des
enfants ! ». L’Inspectrice générale ne capitule pas et confie à Mme HERBINIERE-LEBERT le soin de veiller à la conception du film. C’est
ainsi que le moyen métrage « Les
moins de sept ans » est tourné à Dijon par M. Jean GOURGUET : on le sélectionne même pour représenter la
France à l’exposition universelle de Paris 1937.
Une idée qui
progresse
Ce retour en arrière
permet de situer, à la fois, la genèse de « Jeannette
Bourgogne » et la part de chacun dans l’idée de réaliser ce film :
Mme HERBINIERE-LEBERT est donc la
subordonnée de M. Léon DUBREUIL. La
situation financière de l’OPEP préoccupe celui-ci. En effet, l’œuvre a acquis
le château de Coutivert, ses dépendances et quelques neuf hectares en 1933, à
charge à elle d’en assurer le fonctionnement, il faut trouver des fonds. M. BARRIER déclarera plus tard, Salle
Playel à Paris le 24 février 1939, dans son discours lors de la projection de « Jeannette » : « Homme riche en idées fécondes, et qui
avait du reste collaboré avec son entourage à l’élaboration du film « Les
moins de sept ans », M. Léon
DUBREUIL a pensé que le cinéma, ce pactole, pouvait procurer aux pupilles
une partie de l’argent dont ils ont besoin. »
Quel sujet choisir ?
Les administrateurs
de l’OPEP partagent l’enthousiasme de leur Président et donnent leur accord
pour un film de propagande en faveur de l’Ecole laïque dans le cadre
départemental. Ils soulignent « l’importance
de l’action éducatrice, morale et sociale de l’Ecole et des Œuvres
postscolaires particulièrement florissantes en Côte-d’Or. De plus, il mettra
en valeur les beautés des sites côte-d’oriens et les richesses du terroir
bourguignon » (Bulletin de la
Fédération des Associations de l’OPEP, N°2, 1938). Si le but est assigné,
le flou demeure pendant des semaines. Certes, les militants ont l’imagination
fertile, mais ils ne parviennent pas à cerner le public à qui s’adresser :
« Ils me fournissent des
matériaux pour un film de 6 à 9 heures,
mais comme ils ne déterminent pas la « cible », dès le début,
« Jeannette Bourgogne » en pâtira », déclare M. Jean GOURGUET. Cependant, peu à peu, le scénario prend tournure. M. Léon DUBREUIL arrête l’argument :
l’histoire d’une petite orpheline, de la crèche à son poste d’institutrice,
constitue le fil conducteur, et Mme HERBINIERE-LEBERT,
MM. Max COUHIER (premier Directeur
de l’école de garçons de la Maladière inaugurée le 13 novembre 1932, membre du
SNI) et Julien ORCEL (Secrétaire de
l’Inspection académique), conçoivent le scénario et les dialogues, en étroite
collaboration avec M. Jean GOURGUET
qui se charge de l’adaptation pour l’écran et du découpage technique.
Le synopsis du film
Si rien ne reste du travail
écrit original de l’équipe créatrice, en revanche, subsiste le texte du
scénario de départ. Le Bulletin de la
Fédération des Associations de l’OPEP le rapporte intégralement : « Une fillette naîtra dans un milieu
modeste. Elle fréquentera les consultations médicales, la crèche, l’école
maternelle et passera ses vacances à la colonie de Gevrey-Chambertin. A la
suite de péripéties, nullement romanesques, elle sera envoyée, vers l’âge de
six ans, chez ses grands-parents, à la campagne. Elle vivra la vie de ses
camarades, s’occupera de la coopérative scolaire, adhérera à la section d’éducation
physique et prendra part aux fêtes, aux excursions et voyages, ainsi qu’aux
concours de diction organisés par la Ligue de l’Enseignement. Un peu affaiblie
vers sa 10e année, elle sera envoyée à l’école de plein-air de Coutivert
pour quelques mois. Revenue dans son école, elle y prépare le Certificat
d’Etudes Primaires. Reçue, elle fera à bicyclette le court trajet qui sépare
son village du Cours complémentaire voisin, où elle recevra l’enseignement
ménager en même temps que l’enseignement général ; elle travaillera au
trousseau d’enfants déshérités et prendra part à la Grande Fête annuelle du
Parc de Dijon. Ce sera pour nous l’occasion de montrer les groupes (garçons ou
filles) partant chacun de leur ville ou village pour venir participer à cette
Fête de la jeunesse. Admise à l’Ecole Normale d’Institutrices, elle rejoindra
un poste à la campagne où elle s’efforcera de rendre à la collectivité,
c’est-à-dire aux enfants qui lui sont confiés, aux familles, au milieu rural, les
bienfaits qu’elle doit à l’Ecole laïque ».
Par ailleurs, le
Comité, officiellement créé, fixe les limites de la réalisation à ceux qui en
assume la responsabilité : « Toutes
ces manifestations scolaires fourniront l’occasion de présenter à l’écran les divers
aspects géographiques et économiques du département, ses sites les plus
pittoresques, ses richesses touristiques et artistiques, ses traditions et ses
coutumes, et jusqu’au savoureux patois bourguignon, tout en laissant au
scénario sa valeur de premier plan. La difficulté que saura résoudre le jeune
et distingué cinéaste qu’est M. GOURGUET,
sera, précisément, d’éviter au film un caractère trop documentaire en
présentant le « paysage » ou le « document » comme cadre au
scénario ». Aujourd’hui, M. Jean
GOURGUET estime qu’« il faut
essayer de situer cette production entre le documentaire, le reportage et la
fiction ». Fin octobre-début novembre 1937, on a réuni tous les
éléments pour passer à l’action.
Un producteur pour le
moins inattendu
Pour que le film devienne une réalité,
collecter des fonds se révèle indispensable, urgent. Le « Comité du
film » « Jeannette
Bourgogne (Le film de nos écoles) » a tout prévu. Sept articles
sous-titrés « but, administration,
moyens, garanties, exploitation et remboursement,
liquidation », montrent que les artisans de l’œuvre n’ont rien laissé
au hasard. Le Comité, « constitué
pour une durée indéterminée », est placé sous le patronage de l’OPEP,
siège à l’Inspection académique de Côte-d’Or et s’assigne comme objectif, la
réalisation d’un film. M. Léon DUBREUIL
le préside, assisté de MM. COUHIER
et CHARLOT, secrétaires (ce dernier
s’occupa longtemps de l’Office Central de Coopération à l’Ecole-OCCE et fut le
directeur d’ « Amis-Coop »), M. MARILLIER, trésorier, « ainsi
que des membres choisis parmi le personnel enseignant du département »
dont Mme HERBINIERE-LEBERT et Mlle BOULEE, institutrice à
Savigny-les-Beaune. En outre, il leur est adjoint un technicien cinéaste, c’est-à-dire
M. GOURGUET.
Le budget prévisionnel
évalue la dépense entre 150 000 et 200 000 francs. Budget
insignifiant par rapport aux habituelles productions commerciales : « Ce capital sera réalisé par
l’émission de 6 000 obligations de 25 francs chacune, ne portant pas
intérêt et dont le remboursement ne pourra être exigé avant un délai de trois
ans ; par des dons, legs ou subventions, de particuliers ou de
collectivités ; par le produit de séances récréatives, de tombolas, de
collectes, de ventes d’insignes et de vignettes, et d’autres initiatives dans
le cadre scolaire et périscolaire ».
Des exemples
contagieux
En lançant une telle
opération, les militants ne manquent pas de témérité. Il est vrai que, sur le
plan national, « La
Marseillaise » ou « La vie
est à nous » (2) de Jean RENOIR sont nés grâce à une
souscription d’actions ou d’obligations. De plus, le 1er janvier
1937, « La Bourgogne Républicaine » sort des presses de l’avenue Jean
Jaurès à Dijon, et vit avec les milliers d’actions de 100 francs acquises par
des républicains, attachés à l’idéal laïque. Les instituteurs et institutrices
côte-d’oriens ne ménagent ni leur temps, ni leur peine pour propager ce
quotidien. Aussi, fort, à la fois de l’exemple parisien pour un film et de leur
expérience pour la naissance d’un journal, trouvent-ils toutes les raisons de
tenter avec enthousiasme l’aventure « Jeannette
Bourgogne ».
Tous mobilisés !
Des instructions ne
se font pas attendre. Par circulaire du 12 décembre 1937, l’Inspecteur
d’Académie s’adresse aux chefs d’établissements primaires, aux instituteurs des
chefs-lieux de canton, aux instituteurs des communes rurales. Minutieusement,
sont exposées les modalités de placement des obligations et de la tenue des
pièces comptables, susceptibles d’être contrôlées par le fisc chaque trimestre.
Maîtresses et maîtres se sentent concernés et recueillent des fonds et leurs
élèves, qui ont une claire conscience de l’enjeu, aident l’OPEP. Témoignage de
Mme Charlotte MIELLE-MOUTARDIER,
commerçante retraitée qui fréquente alors le Cours Complémentaire de filles
Turgot : « Mlle ARNOLD, directrice, nous demande de nos
associer par l’achat de timbres, par des dons à une souscription destinée à un
film. Les bénéfices iront à un solarium pour enfants déficients, dans une
contrée merveilleuse, où il y a toujours du soleil, province bien lointaine
pour nous, nous avions 15 ans, en l’occurrence les Pyrénées. Pays aux
antipodes, à notre sens, et qui nous faisait rêver. Il faut dire qu’à cette époque
Plombière ou Talant étaient notre vaste horizon et qu’Odeillo (première
réalisation de l’OPEP dans les Pyrénées Orientales, suivie de Coutivert)
représentait l’équivalent du… Grand Nord ».
Mlle Odette JARLAUD de la promotion de l’EN
de Dijon 1926-1929, Vice-présidente des Délégués départementaux de l’éducation
nationale, assure que personne ne demanderait le remboursement des
obligations : « à fonds et
intérêts perdus, c’était convenu ». À cet égard, en 1942, année
d’échéance, personne ne songe à rembourser ou se faire rembourser les parts.
Les collectivités
souscrivent et subventionnent
Si les particuliers
apportent massivement leur obole, du don modeste au « geste anonyme très généreux », dans leur majorité, les
collectivités locales, toutes sollicitées, répondent favorablement. Deux
exemples valent d’être cités : le 5 mai 1938, le Conseil général de la
Côte-d’Or, présidé par le Docteur CHAUVEAU,
octroie, sans débat, une subvention de 5 000 francs : « Tous les maires du département et
chacun de nous, à titre individuel, ont reçu de M. l’Inspecteur d’Académie un
appel en vue de participer à la réalisation d’un film consacré à la vie de nos
écoles et des œuvres postscolaires, et intitulé « Jeannette
Bourgogne ». D’autre part, le Conseil municipal de Dijon, réunit le 18
mai 1938, entérine la proposition de M. BROUSSARD
(promotion de l’EN de Dijon 1916-1919), rapporteur de la commission des Vœux et
des finances, qui souhaite la souscription de 20 obligations. 1 500 francs
seront votés ultérieurement sans problème.
Silence on
tourne !
Un calendrier
imprécis
Le metteur en scène,
homme méticuleux et ordonné s’il en est, victime de déménagements successifs,
ne retrouve pas présentement les dates exactes de début et de fin de tournage
du film. Mais, comme les participants interrogés, il affirme qu’images et sons ont
été emmagasinés du printemps à l’automne 1938. Mme RACINE-CARRON (promotion 1935-1938) rapporte que l’Ecole Normale
d’Institutrices voit opérer les cinéastes en mai, au moment de la préparation
du Brevet Supérieur, 3e partie (témoignage dans Le Normalien Dijonnais, N°185, 1982). Une séquence montre trois
groupes affichés avec la mention « 18 juin ». D’autres séquences
fournissent d’autres repères : la Colonie de vacances de Coutivert reçoit
430 enfants entre le 26 juin et le 18 septembre, la Fête de la Jeunesse se
déroule au parc de la Colombière le 12 juin et les vendanges débutent dans la
Côte beaunoise peu avant le 30 septembre.
Une vedette
Bien avant le
commencement du tournage, les membres du Comité
sont convenus de rendre la réalisation attractive en priant M. GOURGUET d’engager une actrice cotée
dont le cachet ne soit pas exorbitant. Le cinéaste obtient d’un impresario
« le prêt » d’une jeune comédienne, Mlle Blanchette BRUNOY, star en puissance. Au physique, la vedette plaît
«(.. ) jeune, fraîche, toute en rondeur
et blondeur, avec de beaux yeux clairs, petite, gracieuse, avec un élégant
sourire plein de charme », note Mme RACINE-CARRON (dans Le
Normalien Dijonnais déjà cité). Sa gentillesse et sa simplicité demeurent
dans la mémoire de ceux qui l’ont approchée ou qui ont joué avec elle. Quant au réalisateur, il apprécie sa
conscience professionnelle, sa patience et sa grande faculté d’adaptation.
Alors, va pour Mlle Blanchette BRUNOY,
alias Jeannette Bourgogne ! Autour d’elle, une foule de participants
actifs, tels M. ORCEL (Louis
Bourgogne), M. COUHIER, M. DUBREUIL, les comédiens du Cercle.
Louis
Bourgogne, rôle joué par M. ORCEL, secrétaire de l’Inspection académique de
Côte-d’Or (capture d’écran)
Les
temps forts à Dijon
Fidèle
à ses engagements, M. GOURGUET
plante ses caméras dans les rues dijonnaises ou en des lieux connus, si bien
qu’à grands traits il présente le Dijon de 1938. Voici Louis Bourgogne qui
conduit Jeannette à la crèche de la Maladière, dirigée par Mme RIVIERE-BARABANT (fille de M. Charles BARABANT, ancien maire de
Dijon, qui, notons au passage, introduisit comme vin d’honneur municipal le vin
blanc-cassis, avant le chanoine Kir… Lucien
HERARD a écrit des choses définitives sur ce sujet). Plus tard Jeannette
entre à la maternelle du même quartier, dirigée par Mlle GUILLON, celle-ci confie : « le
travail des cinéastes ne gêne nullement celui des institutrices. Les enfants
sont intrigués et émerveillés. Ils s’amusent beaucoup mais nous tirons parti du
tournage dans le domaine pédagogique ». Nicole GOBILLOT, choisie pour incarner Jeannette petite, se révèle
une bonne interprète.
A
l’Ecole maternelle de la Maladière. Assis sur le chariot de travelling, de
gauche à droite, MM. Jean GOURGUET, Léon DUBREUIL et Mme Suzanne
HERNINIERE-LEBERT qui devisent avec Mlle GUILLON et Mme JEANNET.
Le
magasin Sigrand accepte qu’une séquence soit tournée chez lui, lors d’achats vestimentaires
pour Jeannette. C’est l’occasion d’une échappée sur la place Darcy, mais,
auparavant, la place François Rude, Saint-Michel, les gargouilles de
Notre-Dame, le coin du Miroir, la Tour Philippe le Bon et Saint-Jean montrent
l’environnement « classique ». Avec l’Hôtel de Voguë se termine le
rapide inventaire monumental dijonnais.
L’Ecole
Normale d’Institutrices ? Mme RACINE-CARRON
les ayant narrées par le menu dans Le
Normalien Dijonnais déjà cité, évoquer toutes les scènes enregistrées dans
ce vénérable établissement serait superflu. Aussi les propos de M. GOURGUET méritent-ils qu’on s’y
arrête : « Je garde de Mme ECHARD, la Directrice, un excellent
souvenir. Elle fut toujours attentive à nos problèmes, facilitant notre tâche,
au prix de désagréments subis par elle, ses collaboratrices et ses élèves.
Grâce à elle, je découvris ce qu’était la formation de futures institutrices.
Avant le tournage, j’étais loin, très loin d’imaginer ces Normaliennes aussi
studieuses, instruites, cultivées, sachant cuisiner, coudre, langer les bébés,
ou… valser à la perfection !... ». Certes, on embellit quelque
peu la réalité quand les jeunes filles se présentent, en compagnie de Mlle Blanchette BRUNOY, au service de
médecine infantile de l’hôpital de Dijon ? Toutefois, une scène retient
l’attention, celle au cours de laquelle la star dialogue et joue avec un enfant
malade particulièrement éveillé et affectueux. Il y a là quelques dizaines de
secondes chargées d’une grande tendresse parce que tout est spontané.
Jeannette
Bourgogne (Blanchette BRUNOY) est très entourée lors d’une récréation dans le
parc de l’Ecole Normale de filles de Dijon.
La
Fête de la Jeunesse, au bois du Parc, est un grand moment qui va dans le sens
voulu par le comité. Cette manifestation de masse rassemble toutes les Ecoles
publiques et plusieurs milliers de spectateurs. Les caméras enregistrent le
défilé dans les allées du Parc (non retenu au montage), une partie du
spectacle, la musique du 27e R.I dirigée par le Capitaine MARTENOT et les réactions du public. Un
plan très court, émeut les « anciens » : un jeune figurant
souriant, à la chevelure ondulée marquée d’une mèche blanche applaudit
vigoureusement les enfants dont certains passeront leurs vacances à Coutivert,
c’est Pierre VIEILLARD, Normalien de
Dijon , qui sera fusillé le 7 mars 1942 par l’occupant… (3)
Mme LOEW, commerçante, se rappelle
l’animation régnant Place de la République pour le départ à la
« colo » de Coutivert. Les « prises » se multiplient. On se
groupe : Mme LOEW répond à
l’appel de son nom, Jeannette Bourgogne la prend par la main, affectueusement,
la fait monter dans l’un des Rapides bleus en attente… Puis, tout est à
recommencer une fois, deux fois, trois fois… Ouf ! Les colons s’installent
dans les cars. Mais la scène se répète une fois, deux fois, trois fois…
Personne ne se plaint de la fatigue parce que chacun n’a d’yeux que pour Mlle Blanchette BRUNOY, auréolée de gloire,
qui sourit et ne montre aucun signe de nervosité. Décidément, le cinéma n’est
pas ce que les gosses s’imaginaient.
Beaune,
toute la ville en parle
A
Beaune, où l’on met l’accent sur le Cours complémentaire féminin tout neuf,
orgueil de la Cité, « Les filles
sont déçues par la simplicité de Mlle Blanchette
BRUNOY car elles se faisaient d’une vedette une idée prestigieuse », note
Mlle G. TISSOT, professeur au Cours
complémentaire. Cela ne les empêche pas de jouer le jeu, sous la houlette de
Mme BISCH, la Directrice.
Scène du film, cours de sciences au collège,
Odette Jarlaud dans son propre rôle surveillant ses élèves (capture d’écran)
On
filme Jeannette Bourgogne, qui, interrogée, termine un croquis d’Histoire
naturelle sous l’œil vigilant de Mlle
Odette JARLAUD, professeur au Cours Complémentaire, ou suivant un cours de
cuisine avec Mme Renée ARMATTE-THIRIET
(promotion 1932-1935 de l’ENF de Dijon) ou achevant de peindre une toile de
fond à la salle de spectacle proche. Pendant ce temps, Mlle TISSOT (promotion 1931-1934) surveille
la confection de costumes en vue de la fête, alors que dans la fosse
d’orchestre M. Jean DUPUY (promotion
1933-1936) joue sa partition saxophone.
Inutile
de vous dire que le tournage des séquences beaunoises ne passe pas inaperçu et
que toute la ville en parle. Si, aujourd’hui, d’aucuns sont frappés d’amnésie
lorsqu’on leur demande d’évoquer leur contribution à « Jeannette
Bourgogne », nombreux sont ceux qui ne rougissent pas d’avoir figuré dans
les séquences ou d’avoir fourni une modeste aide matérielle.
Savigny-les-Beaune
en fête
Témoignage
de Mlle BOULEE, Directrice d’Ecole
honoraire de Savigny : « Le
scénario a pour centre l’école. C’est une maison bourgeoise donnée à la commune
en 1854, occupée par des religieuses puis laïcisée en 1903. C’est donc dans
cette demeure ancienne que tous, dirigeants, acteurs, techniciens avaient pied.
Comme souvenir très vivant, c’est aussi une image nette et en couleur d’une
foule d’élèves et de curieux dans la cour d’honneur applaudissant Jeannette
Bourgogne qui apparaissait au balcon de fer forgé du 1er étage. Je
revois aussi M. ORCEL, introduisant
Jeannette Bourgogne dans l’une de nos chambres du premier, côté Nord, répétant
sans arrêt cette phrase de bienvenue avec des intonations différentes :
« Jeannette, voici ta chambre… ». Pour donner du champ à la caméra,
il fallut abattre une cloison !... »
Après
la 3e « prise » du plan N°129, à Savigny-les-Beaune.
Assis, de gauche à droite, Mme S. HERBINNIERE-LEBERT, M. J. GOURGUET, en
compagnie de deux « Jeannette » : Mimi BERTHOLLE (à 7 ans) et
Huguette PAQUET (à 11 ans). Derrière, debout, de gauche à droite : Mlle
GUILLON, Mme et Mlle BOULEE, MM. COUHIER et HUGO.
Ouvrons
une parenthèse pour céder la place à M. GOURGUET :
« Je disposais d’un objectif de 28
mm. L’étroitesse de la pièce ne lui permettait pas d’embrasser toute la scène.
Alors, j’ai demandé à ce qu’on démolisse une cloison. Effarement de la
Directrice ! J’ai réitéré ma demande, bien que je sache que la chambre
avait été rénovée. Consulté, le Maire a donné son accord et les plans ont été
tournés ». Cette anecdote confirme bien qu’aucune scène d’intérieur,
où que ce soit, n’a été réalisée en studio. Seconde parenthèse. Primitivement,
un grand garçon doit tenir le rôle de l’amoureux. Comme l’actrice l’estime
vraiment niais, elle le récuse. M. Max
COUHIER, jamais à court de solutions rapides, propose au sémillant
Inspecteur primaire de Beaune, qui vient d’arriver sur les lieux, de donner la
réplique à Mlle BRUNOY. Arguant de sa
trentaine… celui-ci se dérobe, et l’on finit par se rabattre sur un jeune
amateur de cinéma.
Mais
revenons au témoignage de Mlle BOULEE :
« Mlle Blanchette BRUNOY était vraiment sympathique. Elle se régalait en
se désaltérant avec du cassis fait par ma mère. Elle accepta avec plaisir son
partenaire M. Francois LEGRAND [jeune
amateur jouant l’amoureux]. Dans la
nature, je revois toute l’équipe au Pont de Pernand, installée sur un talus de
vigne, attendant le retour du soleil pour agir ». Précisons que
Jeannette enfant est incarnée par Mimi
BERTHOLLE (à 7 ans) et Huguette
PAQUET (à 11 ans) : « Cette
dernière étant brune a dû être décolorée, car Mlle BRUNOY était blonde », rapporte
Mlle BOULEE. Grandeur et servitudes
du cinéma !
Devant
la mairie-école d’Aisy-sur-Thil, au printemps 1938. On reconnaît, à gauche, MM.
ORCEL et GOURGUET, au centre M. COUHIER, et, à l’extrême droite, Mme
HERBINIERE-LEBERT.
Les feux de la rampe !
Le scénario définitif…
Des kilomètres de
film enregistrés, M. Jean GOURGUET
monte une version conforme au scénario, remanié en fonction de suppressions et
d’ajouts nécessaires. A deux voix, MM. DUBREUIL
et ORCEL le présentent ainsi au
micro du Studio de Dijon, relayé par Lyon : « Le film commence avec l’arrivée de Jeannette, accompagnée de son
père qui vient l’installer dans le petit village d’Aisy, son premier poste
d’institutrice. Louis Bourgogne décharge le mobilier pendant que Jeannette qui
vient de demander les clés à M. le Maire, visite son école et prend possession
de son petit logement. Elle commence son installation. La voici qui tient à la
main la photographie de sa mère. Le père surprend son geste. Leurs pensées se
rejoignent… On évoque le passé. Jeannette n’avait pas deux ans quand sa mère
est morte. Il fallut remplacer la maman. Louis Bourgogne ne voulait pas se
séparer de sa fille. Il la confia à l’école maternelle.
Un soir de vendanges
chez les BOURGOGNE, à gauche M. le Maire.
A six ans, elle n’était pas bien solide. Elle partit pour
Gevrey, à la colonie de vacances des écoles maternelles. Puis, nous la
retrouvons à Savigny, chez ses grands-parents où s’écoulera toute son enfance
jusqu’à son entrée à l’Ecole Normale. C’est ici que se placent les vendanges en
Bourgogne. Puis Jeannette est envoyée, sur sa demande, comme surveillante de la
colonie de vacances de Coutivert. Elle prend une part active à la vie libre et
joyeuse des enfants. C’est à Coutivert qu’elle reçoit sa nomination.
Nous revenons à Aisy après le départ de son père. C’est
le soir, elle est seule dans sa petite chambre… Elle est lasse, un peu triste…
Elle rêve… Puis son regard se pose sur les objets qui l’environnent : le
registre d’appel, la boîte de la coopérative scolaire. Et, déjà, prise par
l’école, elle bâtit en rêve… A la place du modeste rayonnage, avec seulement
quelques livres, elle voit un meuble coquet, vitré, qu’une main mystérieuse
vient garnir d’ouvrages bien choisis : c’est la bibliothèque scolaire et
populaire. Sous un angle du préau, c’est une installation pittoresque, une
feuillère sur son support de bois, avec une couronne de robinets à la base. Ce
sera là son poste d’hygiène. Des plantes grimpantes, des fleurs en pots
orneront ses fenêtres. Elle pénètrera le milieu rural, elle lui apportera tout
son cœur, toute sa foi et sa jeune expérience. Et pendant qu’elle rêve, le
paisible village d’Aisy s’endort dans la nuit étoilée ».
… a été modifié
La copie 16 mm dont
dispose l’OROLEIS de Dijon (déjà cité) montre que, par exemple, la fin du
scénario a subi quelques retouches. Si effectivement Jeannette rêve dans sa
solitude d’Aisy la veille de la rentrée, elle revoie, en muet, la scène au
cours de laquelle François lui a fait une déclaration. De plus, nous assistons
à l’accueil des élèves dans l’école à classe unique d’Aisy. Jeannette découvre,
un peu à l’écart, la petite orpheline Raymonde en compagnie de son père. C’est
l’appel. Et chacun de présenter ses mains à la jeune institutrice, qui, une fois
les enfants installés, demande à ce qu’ils entonnent « La chanson du
pressoir », pendant que, près d’une fenêtre, elle regarde la campagne
ensoleillée.
Matin de rentrée à
Aisy-sous-Thil. Jeannette Bourgogne (Blanchette BRUNOY) accueille les élèves devant
l’entrée de la mairie-école.
Grande première à
Dijon
L’analytique de la
séance du Conseil municipal de Dijon le 15 octobre 1938 révèle que M. Robert JARDILLIER a assisté à deux
projections privées (le 25 septembre et le 2 octobre), préludant à la soirée de
Gala du vendredi 4 novembre. Celle-ci clôt la « Journée de
l’Enseignement » de la Foire gastronomique et confère donc à la
représentation de « Jeannette Bourgogne » un éclat certain. « La
Bourgogne républicaine » annonce plusieurs fois la « Première »,
spécifie qu’on refuse des places et publie un compte-rendu copieux ;
« Le Bien Public » et « Le Progrès de la Côte-d’Or »
demeurent muets…
Sabotage…
M. Jean GOURGUET se souvient d’un incident
qui faillit tout compromettre. Quelqu’un ne découvrit-il pas, au début de
l’après-midi du 4 novembre, que les circuits électriques de la cabine sont
saccagés. Aussitôt, on accuse les « adversaires » de la réalisation
d’être à l’origine de cet acte de malveillance. Les quelques membres de Comité
au courant de cet incident décident de se taire et font tout remettre en état.
Aujourd’hui encore, on en est réduit à de très fragiles hypothèses quant aux
mobiles et auteurs de ce méfait.
Musique et danse
Le programme de la
soirée est copieux. Dans la première partie, « Les Elfes », jeune
association d’Education physique des Cours complémentaires féminins de la
ville, se produisent dans deux ballets, conçus par Mme MORTIER et Mlle FOURNEAUX,
l’un intitulé « La dernière valse » sur une musique de Strauss,
l’autre « Tristesse », interprétation rythmique de la composition de
Chopin. Mme Simone MEZERAUD se
rappelle avoir participé à ces créations, mais pas que, ce soir-là, son père,
M. Max COUHIER, dirigeait
l’Orchestre universitaire.
Présentation du film
Après la musique et
la danse, M. Robert JARDILLIER,
ancien Ministre des P.T.T., Député-Maire de Dijon, préface « Jeannette
Bourgogne ». Comme une plaquette-souvenir a été spécialement éditée pour
ce gala, sa tâche s’en trouve simplifiée, d’autant mieux que, Jean ZAY, Ministre de l’Education nationale,
s’est fait projeter le film, l’a vivement apprécié et lui a réservé son haut
patronage. Après cette présentation, « Jeannette Bourgogne » commence
véritablement sa carrière.
Première réaction
M. Henri ANGER (journaliste-écrivain dit
Kerdaniel) note que le grand mérite de ce film « tient au fait qu’il est interprété, Blanchette BRUNOY mise à part, par des acteurs bénévoles, dont le
talent, la vérité d’expression, la simplicité sont admirables. (..)
« Jeannette Bourgogne » est une réussite exceptionnelle qui fait
honneur à ses créateurs, un film dont l’éloquence sobre, le pouvoir d’émotion,
le charme serviront, en France et hors de France, la richesse humaine de
l’Ecole ».
Quelques jeunes de
10-14 ans d’alors confient volontiers avoir bien reçu la réalisation. Telle
institutrice, fraîchement passée à l’honorariat, assure que le film l’a
confortée dans sa vocation, et tel PEGC (Professeur d’Enseignement Général des
Collèges), honoraire lui aussi, abonde dans le même sens. Ainsi, le Directeur
d’Études au Centre de Formation des PEGC garde le souvenir de son enfance :
« C’était rare d’effectuer le voyage
en autobus Nod-Châtillon-Nod, avec ses condisciples, sous la houlette de son
père, instituteur ». Pareillement, Maitre LAIBE, Avocat à la Cour, revient en arrière : « J’ai vu ce film avec grand plaisir en
1938. Il était projeté à « La Grande Taverne », à la fin d’une
réunion du syndicat des Instituteurs. J’étais avec mon père et j’ai appris là,
sans le savoir, une grande leçon qui m’a servi beaucoup plus tard ».
Ce que dit la presse
« Le
Progrès de Côte-d’Or » garde un silence total… « Le Bien
Public » du 21 novembre 1938, dans sa rubrique des films nouveaux titre
sur « Choc en mer » et
signale la réalisation bourguignonne par un discret : « Au même programme, le film « Jeannette Bourgogne »,
avec Blanchette BRUNOY et M. ORCEL ». « La Bourgogne
républicaine » qui a déjà publié une page complète le 5 novembre, récidive
le 25, avec d’abondantes illustrations. « Le Progrès de
Saône-et-Loire » publie un article critique enthousiaste impossible à
citer intégralement, voilà ce qu’écrit d’entrée de jeu M. Antoine MECHIN (4), qui
évoque longuement le scénario : « Un film ! Un document de
simplicité, de vérité et d’éducation. Un poème de tendresse, de grâce, de
savoir et de dévouement. La Grèce antique ne devait pas faire mieux. Et tous
ces paysages, ces monuments de la Côte-d’Or, ces constructions qui sont des
merveilles, ces vieilles maisons qui sont des refuges si doux, ces sous-bois
qui dégagent du rêve, ces ruisseaux qui vous entraînent , ces coins de ciel,
ces ponts, ces routes, ces visages qui nous appellent, et, là-haut, ces coteaux
générateurs des meilleurs vins de France. Et, d’un bout à l’autre, cette
musique qui vous prend, vous guide, vous conduit vers les milieux scolaires
dont elle est, en somme, une émanation profonde, puisqu’on y retrouve tous ces
airs folkloriques et imitatifs qui ont bercé notre jeunesse (accompagnement
musical d’une très belle qualité d’Edouard FLAMENT). Des scènes d’une
délicatesse infinie où rayonnent de l’amour, de la bonté, du sacrifice même,
font se mouiller parfois quelques paupières. Mais l’ensemble n’est pas triste,
et il y a tant de juvénilité, d’honnêteté et de dynamisme. On sort du spectacle
ravi, ému, amélioré, et, si l’on peut dire, purifié soi-même. C’est l’Ecole
Laïque ».
La semaine
« Jeannette Bourgogne »
Les scolaires de
Dijon bénéficient de séances spéciales, à tarif réduit, lors de la sortie du
film à « La Grande Taverne », dans la semaine du 23 au 29 novembre.
Bientôt, toutes les salles côte-d’oriennes équipées en format commercial
reçoivent des milliers et des milliers d’écoliers et de collégiens. La
Côte-d’Or et la Saône-et-Loire ne suffisent pas à assurer une carrière à « Jeannette Bourgogne ».
Echec
au Musée pédagogique
M. GOURGUET, dont la mémoire est
excellente, raconte que M. Léon DUBREUIL
estime indispensable le concours de ses collègues afin que « Jeannette Bourgogne » connaisse le succès en France. A
cet effet, il les convie tous à une projection au Musée pédagogique de la rue
d’Ulm, à Paris. C’est l’échec, cinq ou six sont présents et se montrent peu
empressés. Mais, aiguillonné par Mme HERBINIERE-HEBERT,
le Président du Comité de décide à frapper un grand coup.
Un
changement radical
Un
Gala à Paris réunit plus de 1 500 personnes Salle Pleyel. Si le Ministre
de l’Education nationale se décommande au dernier moment, des dizaines et des
dizaines de personnalités influentes du Ministère, du Parlement, de
l’Enseignement, de la Presse, des Arts et des grandes associations laïques assistent
à la manifestation (« Pourboire obligatoire : 1 franc ! »),
qui suit le schéma de la « Première ».
On
relève dans le « B.D.S » de mars 1939 que : « la première partie du programme, organisée par M. Maurice CHEVAIS, Inspecteur de la
musique dans les Ecoles de la Ville de Paris, est composée avec infiniment de
goût ». D’abord : « des
morceaux pour orchestre de Weber, Gluck et Beethoven, exécutés avec une rare
finesse par l’association Symphonique des membres de l’Enseignement public de
Paris, avec 70 exécutants, (..) deux chœurs rendus à la perfection par la
chorale des Normaliens de la Seine, avec 150 choristes (..), puis la
« Pavane de la clochette » (danse et chœur) et les « Contes de
ma Mère l’Oye » (évolution et danses), une réalisation de grand art, avec
115 élèves des Cours complémentaires parisiens ».
Ensuite,
« M. Julien DORCEL se fait longuement et chaudement applaudir dans deux
chansons à boire « L’épitaphe de Mathurin » et « La cave ».
Puis, M. BARRIER, Inspecteur
général, adjoint au Directeur de l’Enseignement du Premier degré, « dans une improvisation tantôt
enjouée, spirituelle, tantôt profonde et souvent émouvante », présente
le film en une quinzaine de minutes. Il retrace les étapes de « Jeannette
Bourgogne », loue et félicite les responsables de la réalisation dont il
souligne l’intérêt. Le B.D.S poursuit : « Il faut croire que la projection de « Jeannette
Bourgogne » ne déçoit pas les spectateurs qui viennent d’entendre toutes
ces étapes, car le film se déroule sans une seconde de fléchissement, dans une
atmosphère particulière que connaissent bien les habitués des salles lorsque le
public est conquis et que le silence semble « vibrer » dans un
rayonnement d’attention et de sympathie ».
Ainsi
« Jeannette Bourgogne » passe
avec succès son C.A.P. (Certificat d’Aptitude à la… Projection) à Paris et
semble promis à une aventure commerciale convenable.
Jusqu’à
l’usure…
Après
les 9 ans d’oubli causés par la guerre et l’Occupation et grâce au
« sauvetage » du négatif 35 mm et ses copies 16 mm, à partir de 1948,
à travers toute la France, des centaines de projections touchent des publics
très divers : élèves-maîtres et maîtresses, patronages, amicales,
coopératives,… Les Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education active et
les Francs et Franches-Camarades, par exemple, utilisent « Jeannette
Bourgogne » à l’occasion de stages. Mais, là encore, honnêtement, on
ignore tout de la portée réelle de telles séances. Certes, dans les écoles
Normales dijonnaises, « Jeannette Bourgogne » reçoit un très bon
accueil, mais qu’en est-il à Lille ou à Toulouse ? Alors, le fait que
toutes les copies 16 mm (sauf une gardée en « galettes » de 20
minutes) soient, à l’heure actuelle, réformées, pour cause d’usure, prouverait
un nombre élevé de passages.
Un document de
médiathèque
En replaçant « Jeannette Bourgogne » dans
le contexte cinématographique de 1938, le cinéphile constate que, cette
année-là, sont notamment produits : « La
Marseillaise » et « La bête
humaine » de Jean RENOIR, « Hôtel du Nord » de Marcel CARNE, « Les disparus de Saint-Agil » de Christian JACQUES et « Entrée
des artistes » d’ALLEGRET,
qui marquent le Cinéma. Mais ni les commanditaires, ni l’équipe réalisatrice du
« Film de nos Ecoles » n’ont prétendu concevoir un pur chef-d’œuvre.
Si l’on décortique le
film avec des critères audio-visuels d’aujourd’hui, on risque de commettre une
grave injustice. Des signes de vieillissement sont apparus qu’une réduction de
format, du format de 35 à 16 mm ont accentués. C’est pourquoi, en dépassant les
tentations d’une appréciation type ciné-club ou les agacements engendrés par
l’âge de la réalisation, on reconnaît en « Jeannette
Bourgogne » un document précieux sur
l’immédiate avant-guerre :
-
Un document sur quelques aspects de la Côte-d’Or.
-
Un document sur le rôle des Crèches, des Ecoles maternelles
et primaires, des Cours complémentaires et des Ecoles Normales et ceux qui les
fréquentaient.
-
Un document sur ceux et celles qui faisaient la classe et
qui, avec le même dévouement sans faille, bénévolement, animaient les œuvres
complétant et prolongeant l’action de l’Ecole publique.
-
Un document sur les activités péri et postscolaires du
département.
-
Un document sur le visage vivant de l’enseignement laïque qui
se modernisait sous l’impulsion de Jean ZAY.
Pour
toutes ces raisons, « Jeannette
Bourgogne » vaut d’être vu et revu. Parce que le négatif 35 mm a été
détruit lors de l’incendie de la Cinémathèque française, une copie en très bon
état a dû être conservée aux fins de tirage de contre-types. C’est cette
version rénovée et numérisée qui sera projetée en octobre 2026 à
Montceau-les-Mines. Voilà une pièce maîtresse pour la Médiathèque. En effet, « Jeannette Bourgogne » n’est-il
pas le premier film parlant authentiquement bourguignon qui ait impliqué, comme
le disait M. BARRIER, autant
d’acteurs communs, exerçant leur activité ordinaire, dans des scènes de leur
vie ordinaire ?
Le cinéaste Jean
GOURGUET
Propos et interview
recueillis par Jean GAY, 1983
Yeux vifs, visage
ouvert, cheveux ondulés à peine grisonnants, taille moyenne, M. Jean GOURGUET s’exprime avec volubilité
et chaleur. Je devine chez cet octogénaire natif de Sète, un sens aigu de ce
qu’on appelle aujourd’hui la convivialité : « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fasciné par le
cinématographe. Entre lui et moi existent des rapports… passionnels. En
voulez-vous la preuve ?... » Il m’invite à le suivre et je
découvre une minuscule salle de projection « rétro ». Rideaux,
éclairages indirects, jeux de lumières, pancartes, bar, affiches de films
signés J. GOURGUET et de
confortables fauteuils venus de « l’Escurial », tout surprend dans ce qui
fut une… écurie. Rien n’a été oublié ! Et, dans la cabine, éclipsant un
« 16 », trône un « 35 » très racé. « Une pièce unique », confie M. Jean GOURGUET, qui remue une foule de souvenirs dans cette fermette
de Jours-en-Vaux (21), venue de sa femme (5), née Michèle DARVAUX (promotion 1936-1939 de l’EN de Dijon) quelque
temps après le tournage de… « Jeannette
Bourgogne ».
Cela explique son
fort attachement sentimental au « Film de nos Ecoles », tourné, ainsi
qu’il se plaît à souligner, « dans
une atmosphère très détendue, avec des militants dont l’espèce s’éteint ».
Les acteurs ? « Tous parfaits,
dociles et sympathiques. Parfois, j’ai dû multiplier les prises, notamment avec
M. DUBREUIL, dans ses propres
fonctions. Celui-ci n’a cependant pas battu le record de Tino ROSSI que j’ai fait débuter au cinéma dans « L’Affaire
Coquelet » (un très mauvais film) et qui recommença plusieurs scènes
jusqu’à 17 fois ! »
Quand M. Jean GOURGUET est-il venu au
cinéma ? Il y a songé dès l’âge de 7 ans, en fréquentant assidument les
salles obscures. Lorsqu’il poursuivait ses études au Lycée Henri IV, il
écrivait des feuilletons du style Judex, et tout lecteur lui remettait un sou.
Les lecteurs le pressaient de rédiger une suite. Mais comment « faire du
cinéma » ? Bien qu’il ait tourné avec Rigadin (personnage central
d’une série se voulant le rival de Max Linder) et se soit essayé à la
composition de sketches pour les entractes, M. Jean GOURGUET n’avait pas confiance en son physique. A 15-16 ans,
il prit le pseudonyme de Rame de Brandy et créa « Le Théâtre de
l’Obscurité ». Rien ne se déroulait sur la scène pour les spectateurs,
car, pendant que la lune passait dans les branches, les acteurs jouaient dans
le noir. A l’évidence, le besoin de créer s’était emparé du jeune GOURGUET.
Cela le conduisit à
travailler comme pigiste à « Paris-Midi », dirigé par M. LOUCHEUR, et au « Journal »
pour lequel il interviewe POINCARE
et assiste aux obsèques de Sarah
BERNHARDT. Avec son frère, il réalise des films 9,5 mm (format amateur
éliminé pratiquement par le 8 mm américain) dont un « Paris se vide », brouillon d’« Un rayon de soleil » (un an plus tard, CARNE réalisera « Nogent » sur le même thème. Parce qu’il était devenu
vendeur d’automobiles, il avait pu se constituer un pécule qui, ajouté aux
sommes prêtées par des amis, lui assurait une autonomie financière pour
produire son premier film commercial. Satisfait du rendement de ce moyen
métrage, le distributeur lui fit des promesses qu’il ne devait pas tenir. Et
pour cause ! Le « parlant » était là. Comme la plupart des
cinéastes du « muet », il ne saisit pas immédiatement
l’irréversibilité de la situation. Aussi éprouva-t-il quelque mal à s’adapter
et à s’imposer. Il connut des périodes d’abattement : « Dans ces moments-là, personne ne vous aide », dit-il, « mais que vous refassiez surface, alors vous
êtes de nouveau très entouré. C’est un métier terrible ».
Son
épouse devint sa plus fidèle collaboratrice. « Elle a corrigé tout mon côté brouillon, parce qu’elle est très
méthodique », avoue-t-il, alors qu’elle, en réponse, observe : « J’ai suivi toutes les étapes de la
filière dans cette jungle où les femmes doivent faire leurs preuves pour être
acceptées. J’ai été la première assistante de Jean, bien après Maurice CLOCHE et René CLEMENT, par exemple… ». Qui donc affirmait qu’un
instituteur ou une institutrice, hors leur classe, étaient incapables de faire
quoi que ce soit ? La Normalienne des années 1938, elle, le dément…
En
rupture avec le milieu bourgeois dont il était issu, « Quand on est riche, on n’est pas intéressant », note-t-il
au passage, M. Jean GOURGUET décida
de réaliser des films destinés à un public populaire. « Cela ne m’a pas mal réussi, J’ai été et je suis résolument
populiste et je n’en rougis pas. Ayant tâté de la misère dans ma jeunesse, je
pouvais comprendre la masse des démunis. Quand la télévision s’est répandue, le
public pour lequel je travaillais s’est détourné de moi. Alors, je me suis
cantonné dans l’exploitation du cinéma « L’Escurial ».
Un
jour, il lui fallut songer à la retraite, la maladie était là. Seulement, ceux
qui désirait louer la salle voulaient installer une grande surface. « Pas question ! ». Et M.
GOURGUET céda aux sollicitations de
cinq jeunes « cinglés de cinéma,
très sympathiques, riches d’idées », qui gérèrent collectivement la
salle. En 1982, ils ont même réussi à acheter le fonds et à effectuer des
transformations (6). M. et Mme Jean
GOURGUET sont heureux : « L’Escurial » reste un cinéma, un
vrai cinéma, pas « un coin de
télé » ! Et tous deux, d’un air entendu, parlent du roman
autobiographique d’un amoureux de cinéma, couvrant 1917 à nos jours…
Remerciements à M.
BREUIL, Président de l’Amicale des Anciens Normaliens de Côte-d’Or pour la mise
à disposition des archives de l’Amicale.
Patrick
PLUCHOT
(1) : « La Maternelle » :
Cliquez ici pour voir la vidéo
(2) : « La vie est à nous » de Jean RENOIR : un document historique édifiant :
Cliquez ici
pour voir le pilote du film
(3) : exécution de Pierre
Vieillard, le 7 mars 1942 (Archives départementales de Côte-d’Or) : https://archives.cotedor.fr/v2/console/visualiseuroai/FRAD021_000000011/de-344
(4) : Revoir l’article Antoine Méchin, instituteur à Sanvignes, musicien et
poète (promotion 1884-1887) : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/search?q=antoine+m%C3%A9chin
(5) : revoir l’article Jeannette Bourgogne, le film. Hymne à l’école publique au
temps du front populaire : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2026/06/jeannette-bourgogne-hymne-lecole.html#more
(6) : L’Escurial :
L'ESCURIAL, qui a pris le nom, dans les
années 1980, d'ESCURIAL PANORAMA, est une ancienne salle de quartier qui a
retrouvé une seconde jeunesse. L'origine de ce cinéma remonte au début du
siècle, en 1911, à l'époque où un homme décide de construire, dans un hangar
situé sur un terrain vague, traversé par la Bièvre, un cinéma : Le Royal. A
l'époque du passage du cinéma muet au cinéma parlant, le cinéma change de
propriétaire. Le nouveau propriétaire, se rappelant un très beau cinéma de la
côte d'azur (à Nice), lui donne, en souvenir, le nom d’Escurial. La salle
dispose de 550 places ainsi que, comme souvent à l'époque, d'un balcon. L'apparition
du Cinémascope, au début des années 50, nécessitant des frais importants pour rendre
la cabine de projection apte à projeter des films en Cinémascope amène les propriétaires
à vendre, et c'est le cinéaste Jean Gourguet qui, cherchant une salle à
racheter suite au succès de son film « Maternité
clandestine » (avec Michel Roux et
Dany Carrel), jette son dévolu, en 1953, sur cette salle. A partir de cette
date et pendant une trentaine d'années, la salle vécut sa vie de salle de
quartier, mais l'érosion de la fréquentation, en fin de période, risquant
d'amener sa fermeture et sa destruction, c'est une équipe de jeunes passionnés
de cinéma qui convainquit Jean Gourguet, en 1981, de lui céder l'Escurial. L'Escurial
devient l'Escurial Panorama et une deuxième salle est construite dans l'ancien balcon
(que l'ancien propriétaire s'était réservé, à titre privé, pour descendre en
pyjama y voir les films de son choix). La grande salle, au rez-de-chaussée,
dispose de 260 places et d'un écran panoramique incurvé de 11 mètres de large. La
petite salle, quant à elle, dispose de 85 places.



























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