vendredi 25 septembre 2026

Le retour de Jeannette

 

Le retour de Jeannette

Grâce à nos amis de la Physiophile, projection sur grand écran le 16 octobre 2026

La « vraie » histoire du film (Deuxième partie)

Jeannette Bourgogne

Voir ou revoir cette œuvre singulière, à la frontière entre la fiction romanesque et le documentaire pédagogique. Ce film, porté par la lumineuse Blanchette Brunoy, offre un témoignage précieux sur l’institution scolaire française de l’entre-deux-guerres. Tout sur les coulisses du film dans cet article. Rendez-vous le 16 octobre, à 18 heures, aux Ateliers du jour de Montceau. 

La Saga de « Jeannette » ou l’épopée d’un film populaire

(D’après les travaux et le témoignage, en 1983, de Jean Gay, promotion 1943-47, EN de Dijon) 

 « Les miracles n’ont lieu qu’une fois »

Les initiés savent bien que le titre de ce dossier n’annonce aucun miracle de Lourdes. En effet, quarante-quatre ans après la fin de son tournage, le film « Jeannette Bourgogne », revenu sur l’écran du Cercle Laïque Dijonnais en 1982, s’apprêtait à circuler dans les très nombreuses associations laïques culturelles de Côte-d’Or, et, sans nul doute de Bourgogne. Sa réapparition en 2026 ravive le souvenir du Front populaire et son 90e anniversaire.

Deux fois oublié

Neuf ans d’oubli

Après sa sortie, le film fut oublié de 1940 à 1948. 9 ans d’oubli pour cause de guerre et d’Occupation, les bobines furent reléguées dans les placards. Le Régime de Vichy ne tolérait pas que soient vantés les mérites de l’Ecole laïque et républicaine. D’ailleurs, n’accusa-t-il pas, à la fois, « Quai des brumes » de Marcel CARNE, et les Instituteurs d’endosser une très large part de responsabilité dans la défaite de 1940 ? On ne s’étonnera donc pas que « Le film de nos écoles » fasse partie de ces œuvres subversives et que sa diffusion s’arrête dès 1940.

Toutefois, on sauva le négatif 35 mm et on le conserva à l’abri jusqu’en 1948. Qui fut ce « on » ? Mystère. Toujours est-il que M. Henri MARQUET (promotion 1913-1916 de l’EN de Dijon), l’un de ces pionniers du cinéma éducateur qui avait discrètement et efficacement prêté son concours pendant le tournage de « Jeannette », créa l’Office  régional du Cinéma éducateur de Dijon, en 1946, en abrégé : O.R.C.E.L qui deviendra O.R.O.L.E.I.S. (Office régional des œuvres laïques d’éducation par l’image et le son), au sein de l’U.F.O.L.E.I.S. (Union française des œuvres laïques d’éducation par l’image et le son). M. MARQUET commença à organiser la distribution de courts et de longs métrages, à la fois pour la Ligue française de l’Enseignement et pour le Ministère de l’Education nationale. Sur son initiative en 1948, des copies 16 mm de « Jeannette Bourgogne » furent tirées pour chaque « office ». M. Jean RAMELET, successeur d’Henri MARQUET, est alors formel dans ses rapports : l’office de Dijon possédait bien les droits d’exploitation de « Jeannette Bourgogne » pour deux copies.

Nouvel oubli

L’exploitation des copies 16 mm s’essouffle à son tour au début des années 1950. Le film et ses quelques copies disparaîtront à nouveau pour une trentaine d’années. Que sont devenues les copies 16 mm ? Pas de témoignage, si ce n’est une copie VHS de piètre qualité, numérisée à son tour, dont le Musée de la Maison d’École possède un exemplaire, grâce à la diligence de M. Breuil, président de l’amicale des anciens élèves de l’E.N de Dijon.

Pourquoi ce retour en 1982 ?

Trois facteurs sont intervenus dans cette reprise cinématographique. D’abord, l’Office Régional des Œuvres Laïques d’Éducation par l’Image et le Son (OROLEIS) de Dijon possède une dernière copie 16 mm en bon état. Ensuite, les animateurs du Cercle veulent projeter à nouveau cette production, la Société d’Emulation de Beaune en ayant fait autant le 2 décembre 1982. Enfin, le Centenaire des lois laïques se doit d’être célébré avec quelque éclat : « Jeannette Bourgogne », destiné à magnifier l’Ecole laïque et ses œuvres annexes, peut constituer le centre d’une manifestation.

Le 1er octobre évidemment

Toutefois, c’est prendre le risque de rebuter l’assemblée si un lien n’est pas établi entre elle et la réalisation. Alors naît l’idée de concevoir un programme souvenir et une exposition double « Au temps de Jeannette Bourgogne » (le contexte) et « Jeannette Bourgogne » des documents sur le film. Mais quelle date retenir ? Les rebondissements des recherches modifient à plusieurs reprises le calendrier : pas moins de quatre soirées sont envisagées entre octobre 1981 et mai 1982, mois au cours duquel on arrête définitivement le 1er octobre. C’est une date symbolique. En effet, pendant des décennies les écoliers « rentrèrent » en principe ce jour-là. Or, en 1938, les tensions en Europe conduisent les autorités à considérer le 1er octobre comme « rentrée libre » et le 10 comme « rentrée effective ». Qu’importe ! Jeannette Bourgogne est censée enseigner le premier du mois.

De patientes recherches

Pour garnir des panneaux d’exposition et nourrir une brève présentation, des matériaux sont indispensables. Mais où les trouver ? Un visionnement préalable du film permet quelques contacts. M. Jean GOURGUET, retrouvé grâce à un article intitulé « Les mousquetaires de l’Escurial » paru dans « Le Nouvel Observateur » du 15 août 1981, fournit de précieux éléments lors d’une rencontre à Jours-en-Vaux. Le secrétaire du Conseil général de la Côte-d’Or, M. GRAS, Conservateur de la bibliothèque de Dijon, Mlle DEGROIZE, Conservateur des Archives municipales de Dijon, prêtent leur concours. Et, plus que les collections du « Bien Public » et du « Progrès de la Côte-d’Or », celle de « La Bourgogne républicaine » se révèle une mine de renseignement qui viennent compléter d’autres publications et témoignages. Le dossier « Jeannette Bourgogne » est ouvert : il ne demande qu’à s’enrichir.

2013 : dernier soubresaut

 

Le film ne réapparaît ensuite, et pour la dernière fois, qu’en septembre 2013, découvert, au hasard de recherches, par Lionel Julienne, maire de Précy-sous-Thil (lieu de tournage). Très peu de copies en avaient été faites et il y en avait bien une à la Bibliothèque nationale à Paris… seulement consultable sur place. Grâce à l’autorisation de Geneviève Costovici-Gourguet et de son frère, ayants-droits sur l’œuvre de Jean Gourguet, Lionel Julienne organisa deux projections, les 21 et 25 septembre 2013, ainsi qu’une exposition sur le film et la vie du cinéaste. Treize ans se sont écoulés et ce film d’anthologie sera de retour en Bourgogne pour une projection unique le 16 octobre 2026, à Montceau-les-Mines, dans le cadre du colloque 2026 de l’Association Bourguignonne des Sociétés Savantes de Bourgogne dont le thème sera « Enfance et éducation en Bourgogne ».

 

Une réédition de dernière minute

Bonne nouvelle : le film est commercialisé à nouveau depuis 14 avril 2026 sous forme de DVD par LCJ Éditions.

La genèse du film

Au commencement était COUTIVERT

La tradition orale veut que l’idée de tourner un film montrant l’apport de l’Ecole laïque ait germé à COUTIVERT (21). Ce serait lors d’une conversation entre M. Léon DUBREUIL, Inspecteur d’Académie et Président de l’Œuvre des pupilles de la Côte-d’Or (OPEP) et Mme HERBINIERE-LEBERT, jeune inspectrice des Ecoles maternelles de la Côte-d’Or et de la Saône-et-Loire, que l’argument aurait été arrêté. M. Henri ANGER, le premier rédacteur en chef de « La Bourgogne républicaine », précise même : « sous les frais ombrages du parc », détail qui, pour poétique qu’il soit, sert à placer l’entretien soit à la fin du printemps, soit au début de l’été 1937. En effet, la parution au « Journal officiel » des 22 et 23 novembre 1937 de la déclaration du « Comité du film « Jeannette Bourgogne » suppose un énorme travail administratif, des réunions fréquentes et des rapports individuels, tant à l’échelon départemental que sur le plan national. La préexistence de circonstances favorables élimine toute improvisation dans la phase préparatoire.

« Il sait diriger des singes… »

En relatant son propre itinéraire, M. Jean GOURGUET le confirme indirectement. A cette époque, le Ministère de l’Education nationale se plaît à encourager la production de films depuis l’incontestable réussite de « La Maternelle » de M. Pierre BENOIT-LEVY et Mme Marie EPSTEIN (1932) (1), d’après Léon FRAPIE. Toutefois, M. BENOIT-LEVY abandonne, pour diverses raisons, son quasi monopole sur la production des courts-métrages commandés par le Ministère.




Madeleine Renaud dans La Maternelle

On cherche alors de jeunes réalisateurs. M. BARRIER, Directeur adjoint de l’Enseignement du 1er degré, s’occupe du secteur cinématographique en liaison avec M. Marcel-Charles LEBRUN, Directeur du Musée pédagogique de la rue d’Ulm (ancêtre du CNDP, futur MUNAE). A cette époque, Mlle GERAULT, Inspectrice générale des Ecoles maternelles, désire le tournage d’un film sur les écoles maternelles, dont la pédagogie les distingue singulièrement des « garderies ». Comme le cinéaste Jean GOURGUET vient de se signaler à l’attention avec « La grande pastorale » (un classique de la transhumance) et « Les animaux du zoo », on envisage de le faire travailler. M. LEBRUN, qui ne donne pas spécialement dans la nuance, juge le choix du réalisateur malheureux : « S’il sait faire jouer des singes, cela ne prouve pas qu’il saura diriger des enfants ! ». L’Inspectrice générale ne capitule  pas et confie à Mme HERBINIERE-LEBERT le soin de veiller à la conception du film. C’est ainsi que le moyen métrage « Les moins de sept ans » est tourné à Dijon par M. Jean GOURGUET : on le sélectionne même pour représenter la France à l’exposition universelle de Paris 1937.

Une idée qui progresse

Ce retour en arrière permet de situer, à la fois, la genèse de « Jeannette Bourgogne » et la part de chacun dans l’idée de réaliser ce film : Mme HERBINIERE-LEBERT est donc la subordonnée de M. Léon DUBREUIL. La situation financière de l’OPEP préoccupe celui-ci. En effet, l’œuvre a acquis le château de Coutivert, ses dépendances et quelques neuf hectares en 1933, à charge à elle d’en assurer le fonctionnement, il faut trouver des fonds. M. BARRIER déclarera plus tard, Salle Playel à Paris le 24 février 1939, dans son discours lors de la projection de « Jeannette » : « Homme riche en idées fécondes, et qui avait du reste collaboré avec son entourage à l’élaboration du film « Les moins de sept ans », M. Léon DUBREUIL a pensé que le cinéma, ce pactole, pouvait procurer aux pupilles une partie de l’argent dont ils ont besoin. » 

 Quel sujet choisir ?

Les administrateurs de l’OPEP partagent l’enthousiasme de leur Président et donnent leur accord pour un film de propagande en faveur de l’Ecole laïque dans le cadre départemental. Ils soulignent « l’importance de l’action éducatrice, morale et sociale de l’Ecole et des Œuvres postscolaires particulièrement florissantes en Côte-d’Or. De plus, il mettra en valeur les beautés des sites côte-d’oriens et les richesses du terroir bourguignon » (Bulletin de la Fédération des Associations de l’OPEP, N°2, 1938). Si le but est assigné, le flou demeure pendant des semaines. Certes, les militants ont l’imagination fertile, mais ils ne parviennent pas à cerner le public à qui s’adresser : « Ils me fournissent des matériaux  pour un film de 6 à 9 heures, mais comme ils ne déterminent pas la « cible », dès le début, « Jeannette Bourgogne » en pâtira », déclare M. Jean GOURGUET. Cependant, peu à peu, le scénario prend tournure. M. Léon DUBREUIL arrête l’argument : l’histoire d’une petite orpheline, de la crèche à son poste d’institutrice, constitue le fil conducteur, et Mme HERBINIERE-LEBERT, MM. Max COUHIER (premier Directeur de l’école de garçons de la Maladière inaugurée le 13 novembre 1932, membre du SNI) et Julien ORCEL (Secrétaire de l’Inspection académique), conçoivent le scénario et les dialogues, en étroite collaboration avec M. Jean GOURGUET qui se charge de l’adaptation pour l’écran et du découpage technique.

Le synopsis du film

Si rien ne reste du travail écrit original de l’équipe créatrice, en revanche, subsiste le texte du scénario de départ. Le Bulletin de la Fédération des Associations de l’OPEP le rapporte intégralement : « Une fillette naîtra dans un milieu modeste. Elle fréquentera les consultations médicales, la crèche, l’école maternelle et passera ses vacances à la colonie de Gevrey-Chambertin. A la suite de péripéties, nullement romanesques, elle sera envoyée, vers l’âge de six ans, chez ses grands-parents, à la campagne. Elle vivra la vie de ses camarades, s’occupera de la coopérative scolaire, adhérera à la section d’éducation physique et prendra part aux fêtes, aux excursions et voyages, ainsi qu’aux concours de diction organisés par la Ligue de l’Enseignement. Un peu affaiblie vers sa 10e année, elle sera envoyée à l’école de plein-air de Coutivert pour quelques mois. Revenue dans son école, elle y prépare le Certificat d’Etudes Primaires. Reçue, elle fera à bicyclette le court trajet qui sépare son village du Cours complémentaire voisin, où elle recevra l’enseignement ménager en même temps que l’enseignement général ; elle travaillera au trousseau d’enfants déshérités et prendra part à la Grande Fête annuelle du Parc de Dijon. Ce sera pour nous l’occasion de montrer les groupes (garçons ou filles) partant chacun de leur ville ou village pour venir participer à cette Fête de la jeunesse. Admise à l’Ecole Normale d’Institutrices, elle rejoindra un poste à la campagne où elle s’efforcera de rendre à la collectivité, c’est-à-dire aux enfants qui lui sont confiés, aux familles, au milieu rural, les bienfaits qu’elle doit à l’Ecole laïque ».

Par ailleurs, le Comité, officiellement créé, fixe les limites de la réalisation à ceux qui en assume la responsabilité : « Toutes ces manifestations scolaires fourniront l’occasion de présenter à l’écran les divers aspects géographiques et économiques du département, ses sites les plus pittoresques, ses richesses touristiques et artistiques, ses traditions et ses coutumes, et jusqu’au savoureux patois bourguignon, tout en laissant au scénario sa valeur de premier plan. La difficulté que saura résoudre le jeune et distingué cinéaste qu’est M. GOURGUET, sera, précisément, d’éviter au film un caractère trop documentaire en présentant le « paysage » ou le « document » comme cadre au scénario ». Aujourd’hui, M. Jean GOURGUET estime qu’« il faut essayer de situer cette production entre le documentaire, le reportage et la fiction ». Fin octobre-début novembre 1937, on a réuni tous les éléments pour passer à l’action.

Un producteur pour le moins inattendu

 Pour que le film devienne une réalité, collecter des fonds se révèle indispensable, urgent. Le « Comité du film » « Jeannette Bourgogne  (Le film de nos écoles) » a tout prévu. Sept articles sous-titrés « but, administration, moyens, garanties, exploitation et remboursement, liquidation », montrent que les artisans de l’œuvre n’ont rien laissé au hasard. Le Comité, « constitué pour une durée indéterminée », est placé sous le patronage de l’OPEP, siège à l’Inspection académique de Côte-d’Or et s’assigne comme objectif, la réalisation d’un film. M. Léon DUBREUIL le préside, assisté de MM. COUHIER et CHARLOT, secrétaires (ce dernier s’occupa longtemps de l’Office Central de Coopération à l’Ecole-OCCE et fut le directeur d’ « Amis-Coop »), M. MARILLIER, trésorier, « ainsi que des membres choisis parmi le personnel enseignant du département » dont Mme HERBINIERE-LEBERT et Mlle BOULEE, institutrice à Savigny-les-Beaune. En outre, il leur est adjoint un technicien cinéaste, c’est-à-dire M. GOURGUET.

Le budget prévisionnel évalue la dépense entre 150 000 et 200 000 francs. Budget insignifiant par rapport aux habituelles productions commerciales : « Ce capital sera réalisé par l’émission de 6 000 obligations de 25 francs chacune, ne portant pas intérêt et dont le remboursement ne pourra être exigé avant un délai de trois ans ; par des dons, legs ou subventions, de particuliers ou de collectivités ; par le produit de séances récréatives, de tombolas, de collectes, de ventes d’insignes et de vignettes, et d’autres initiatives dans le cadre scolaire et périscolaire ».


Des exemples contagieux

En lançant une telle opération, les militants ne manquent pas de témérité. Il est vrai que, sur le plan national, « La Marseillaise » ou « La vie est à nous » (2) de Jean RENOIR sont nés grâce à une souscription d’actions ou d’obligations. De plus, le 1er janvier 1937, « La Bourgogne Républicaine » sort des presses de l’avenue Jean Jaurès à Dijon, et vit avec les milliers d’actions de 100 francs acquises par des républicains, attachés à l’idéal laïque. Les instituteurs et institutrices côte-d’oriens ne ménagent ni leur temps, ni leur peine pour propager ce quotidien. Aussi, fort, à la fois de l’exemple parisien pour un film et de leur expérience pour la naissance d’un journal, trouvent-ils toutes les raisons de tenter avec enthousiasme l’aventure « Jeannette Bourgogne ».

Tous mobilisés !

Des instructions ne se font pas attendre. Par circulaire du 12 décembre 1937, l’Inspecteur d’Académie s’adresse aux chefs d’établissements primaires, aux instituteurs des chefs-lieux de canton, aux instituteurs des communes rurales. Minutieusement, sont exposées les modalités de placement des obligations et de la tenue des pièces comptables, susceptibles d’être contrôlées par le fisc chaque trimestre. Maîtresses et maîtres se sentent concernés et recueillent des fonds et leurs élèves, qui ont une claire conscience de l’enjeu, aident l’OPEP. Témoignage de Mme Charlotte MIELLE-MOUTARDIER, commerçante retraitée qui fréquente alors le Cours Complémentaire de filles Turgot : « Mlle ARNOLD, directrice, nous demande de nos associer par l’achat de timbres, par des dons à une souscription destinée à un film. Les bénéfices iront à un solarium pour enfants déficients, dans une contrée merveilleuse, où il y a toujours du soleil, province bien lointaine pour nous, nous avions 15 ans, en l’occurrence les Pyrénées. Pays aux antipodes, à notre sens, et qui nous faisait rêver. Il faut dire qu’à cette époque Plombière ou Talant étaient notre vaste horizon et qu’Odeillo (première réalisation de l’OPEP dans les Pyrénées Orientales, suivie de Coutivert) représentait l’équivalent du… Grand Nord ».

Mlle Odette JARLAUD de la promotion de l’EN de Dijon 1926-1929, Vice-présidente des Délégués départementaux de l’éducation nationale, assure que personne ne demanderait le remboursement des obligations : « à fonds et intérêts perdus, c’était convenu ». À cet égard, en 1942, année d’échéance, personne ne songe à rembourser ou se faire rembourser les parts.

Les collectivités souscrivent et subventionnent

Si les particuliers apportent massivement leur obole, du don modeste au « geste anonyme très généreux », dans leur majorité, les collectivités locales, toutes sollicitées, répondent favorablement. Deux exemples valent d’être cités : le 5 mai 1938, le Conseil général de la Côte-d’Or, présidé par le Docteur CHAUVEAU, octroie, sans débat, une subvention de 5 000 francs : « Tous les maires du département et chacun de nous, à titre individuel, ont reçu de M. l’Inspecteur d’Académie un appel en vue de participer à la réalisation d’un film consacré à la vie de nos écoles et des œuvres postscolaires, et intitulé « Jeannette Bourgogne ». D’autre part, le Conseil municipal de Dijon, réunit le 18 mai 1938, entérine la proposition de M. BROUSSARD (promotion de l’EN de Dijon 1916-1919), rapporteur de la commission des Vœux et des finances, qui souhaite la souscription de 20 obligations. 1 500 francs seront votés ultérieurement sans problème.


Silence on tourne !

Un calendrier imprécis

Le metteur en scène, homme méticuleux et ordonné s’il en est, victime de déménagements successifs, ne retrouve pas présentement les dates exactes de début et de fin de tournage du film. Mais, comme les participants interrogés, il affirme qu’images et sons ont été emmagasinés du printemps à l’automne 1938. Mme RACINE-CARRON (promotion 1935-1938) rapporte que l’Ecole Normale d’Institutrices voit opérer les cinéastes en mai, au moment de la préparation du Brevet Supérieur, 3e partie (témoignage dans Le Normalien Dijonnais, N°185, 1982). Une séquence montre trois groupes affichés avec la mention « 18 juin ». D’autres séquences fournissent d’autres repères : la Colonie de vacances de Coutivert reçoit 430 enfants entre le 26 juin et le 18 septembre, la Fête de la Jeunesse se déroule au parc de la Colombière le 12 juin et les vendanges débutent dans la Côte beaunoise peu avant le 30 septembre.


Une vedette

Bien avant le commencement du tournage, les membres du Comité sont convenus de rendre la réalisation attractive en priant M. GOURGUET d’engager une actrice cotée dont le cachet ne soit pas exorbitant. Le cinéaste obtient d’un impresario « le prêt » d’une jeune comédienne, Mlle Blanchette BRUNOY, star en puissance. Au physique, la vedette plaît «(.. ) jeune, fraîche, toute en rondeur et blondeur, avec de beaux yeux clairs, petite, gracieuse, avec un élégant sourire plein de charme », note Mme RACINE-CARRON (dans Le Normalien Dijonnais déjà cité). Sa gentillesse et sa simplicité demeurent dans la mémoire de ceux qui l’ont approchée ou qui ont joué avec elle. Quant au réalisateur, il apprécie sa conscience professionnelle, sa patience et sa grande faculté d’adaptation. Alors, va pour Mlle Blanchette BRUNOY, alias Jeannette Bourgogne ! Autour d’elle, une foule de participants actifs, tels M. ORCEL (Louis Bourgogne), M. COUHIER, M. DUBREUIL, les comédiens du Cercle.


Louis Bourgogne, rôle joué par M. ORCEL, secrétaire de l’Inspection académique de Côte-d’Or (capture d’écran)

Les temps forts à Dijon

Fidèle à ses engagements, M. GOURGUET plante ses caméras dans les rues dijonnaises ou en des lieux connus, si bien qu’à grands traits il présente le Dijon de 1938. Voici Louis Bourgogne qui conduit Jeannette à la crèche de la Maladière, dirigée par Mme RIVIERE-BARABANT (fille de M. Charles BARABANT, ancien maire de Dijon, qui, notons au passage, introduisit comme vin d’honneur municipal le vin blanc-cassis, avant le chanoine Kir… Lucien HERARD a écrit des choses définitives sur ce sujet). Plus tard Jeannette entre à la maternelle du même quartier, dirigée par Mlle GUILLON, celle-ci confie : « le travail des cinéastes ne gêne nullement celui des institutrices. Les enfants sont intrigués et émerveillés. Ils s’amusent beaucoup mais nous tirons parti du tournage dans le domaine pédagogique ». Nicole GOBILLOT, choisie pour incarner Jeannette petite, se révèle une bonne interprète.


A l’Ecole maternelle de la Maladière. Assis sur le chariot de travelling, de gauche à droite, MM. Jean GOURGUET, Léon DUBREUIL et Mme Suzanne HERNINIERE-LEBERT qui devisent avec Mlle GUILLON et Mme JEANNET.

Le magasin Sigrand accepte qu’une séquence soit tournée chez lui, lors d’achats vestimentaires pour Jeannette. C’est l’occasion d’une échappée sur la place Darcy, mais, auparavant, la place François Rude, Saint-Michel, les gargouilles de Notre-Dame, le coin du Miroir, la Tour Philippe le Bon et Saint-Jean montrent l’environnement « classique ». Avec l’Hôtel de Voguë se termine le rapide inventaire monumental dijonnais.

L’Ecole Normale d’Institutrices ? Mme RACINE-CARRON les ayant narrées par le menu dans Le Normalien Dijonnais déjà cité, évoquer toutes les scènes enregistrées dans ce vénérable établissement serait superflu. Aussi les propos de M. GOURGUET méritent-ils qu’on s’y arrête : « Je garde de Mme ECHARD, la Directrice, un excellent souvenir. Elle fut toujours attentive à nos problèmes, facilitant notre tâche, au prix de désagréments subis par elle, ses collaboratrices et ses élèves. Grâce à elle, je découvris ce qu’était la formation de futures institutrices. Avant le tournage, j’étais loin, très loin d’imaginer ces Normaliennes aussi studieuses, instruites, cultivées, sachant cuisiner, coudre, langer les bébés, ou… valser à la perfection !... ». Certes, on embellit quelque peu la réalité quand les jeunes filles se présentent, en compagnie de Mlle Blanchette BRUNOY, au service de médecine infantile de l’hôpital de Dijon ? Toutefois, une scène retient l’attention, celle au cours de laquelle la star dialogue et joue avec un enfant malade particulièrement éveillé et affectueux. Il y a là quelques dizaines de secondes chargées d’une grande tendresse parce que tout est spontané.


Jeannette Bourgogne (Blanchette BRUNOY) est très entourée lors d’une récréation dans le parc de l’Ecole Normale de filles de Dijon.

La Fête de la Jeunesse, au bois du Parc, est un grand moment qui va dans le sens voulu par le comité. Cette manifestation de masse rassemble toutes les Ecoles publiques et plusieurs milliers de spectateurs. Les caméras enregistrent le défilé dans les allées du Parc (non retenu au montage), une partie du spectacle, la musique du 27e R.I dirigée par le Capitaine MARTENOT et les réactions du public. Un plan très court, émeut les « anciens » : un jeune figurant souriant, à la chevelure ondulée marquée d’une mèche blanche applaudit vigoureusement les enfants dont certains passeront leurs vacances à Coutivert, c’est Pierre VIEILLARD, Normalien de Dijon , qui sera fusillé le 7 mars 1942 par l’occupant… (3)

Mme LOEW, commerçante, se rappelle l’animation régnant Place de la République pour le départ à la « colo » de Coutivert. Les « prises » se multiplient. On se groupe : Mme LOEW répond à l’appel de son nom, Jeannette Bourgogne la prend par la main, affectueusement, la fait monter dans l’un des Rapides bleus en attente… Puis, tout est à recommencer une fois, deux fois, trois fois… Ouf ! Les colons s’installent dans les cars. Mais la scène se répète une fois, deux fois, trois fois… Personne ne se plaint de la fatigue parce que chacun n’a d’yeux que pour Mlle Blanchette BRUNOY, auréolée de gloire, qui sourit et ne montre aucun signe de nervosité. Décidément, le cinéma n’est pas ce que les gosses s’imaginaient.

Beaune, toute la ville en parle

A Beaune, où l’on met l’accent sur le Cours complémentaire féminin tout neuf, orgueil de la Cité, « Les filles sont déçues par la simplicité de Mlle Blanchette BRUNOY car elles se faisaient d’une vedette une idée prestigieuse », note Mlle G. TISSOT, professeur au Cours complémentaire. Cela ne les empêche pas de jouer le jeu, sous la houlette de Mme BISCH, la Directrice.


Scène du film, cours de sciences au collège, Odette Jarlaud dans son propre rôle surveillant ses élèves (capture d’écran)

 

On filme Jeannette Bourgogne, qui, interrogée, termine un croquis d’Histoire naturelle sous l’œil vigilant de Mlle Odette JARLAUD, professeur au Cours Complémentaire, ou suivant un cours de cuisine avec Mme Renée ARMATTE-THIRIET (promotion 1932-1935 de l’ENF de Dijon) ou achevant de peindre une toile de fond à la salle de spectacle proche. Pendant ce temps, Mlle TISSOT (promotion 1931-1934) surveille la confection de costumes en vue de la fête, alors que dans la fosse d’orchestre M. Jean DUPUY (promotion 1933-1936) joue sa partition saxophone.

Inutile de vous dire que le tournage des séquences beaunoises ne passe pas inaperçu et que toute la ville en parle. Si, aujourd’hui, d’aucuns sont frappés d’amnésie lorsqu’on leur demande d’évoquer leur contribution à « Jeannette Bourgogne », nombreux sont ceux qui ne rougissent pas d’avoir figuré dans les séquences ou d’avoir fourni une modeste aide matérielle.

 Savigny-les-Beaune en fête

Témoignage de Mlle BOULEE, Directrice d’Ecole honoraire de Savigny : « Le scénario a pour centre l’école. C’est une maison bourgeoise donnée à la commune en 1854, occupée par des religieuses puis laïcisée en 1903. C’est donc dans cette demeure ancienne que tous, dirigeants, acteurs, techniciens avaient pied. Comme souvenir très vivant, c’est aussi une image nette et en couleur d’une foule d’élèves et de curieux dans la cour d’honneur applaudissant Jeannette Bourgogne qui apparaissait au balcon de fer forgé du 1er étage. Je revois aussi M. ORCEL, introduisant Jeannette Bourgogne dans l’une de nos chambres du premier, côté Nord, répétant sans arrêt cette phrase de bienvenue avec des intonations différentes : « Jeannette, voici ta chambre… ». Pour donner du champ à la caméra, il fallut abattre une cloison !... »


Après la 3e « prise » du plan N°129, à Savigny-les-Beaune. Assis, de gauche à droite, Mme S. HERBINNIERE-LEBERT, M. J. GOURGUET, en compagnie de deux « Jeannette » : Mimi BERTHOLLE (à 7 ans) et Huguette PAQUET (à 11 ans). Derrière, debout, de gauche à droite : Mlle GUILLON, Mme et Mlle BOULEE, MM. COUHIER et HUGO.

Ouvrons une parenthèse pour céder la place à M. GOURGUET : « Je disposais d’un objectif de 28 mm. L’étroitesse de la pièce ne lui permettait pas d’embrasser toute la scène. Alors, j’ai demandé à ce qu’on démolisse une cloison. Effarement de la Directrice ! J’ai réitéré ma demande, bien que je sache que la chambre avait été rénovée. Consulté, le Maire a donné son accord et les plans ont été tournés ». Cette anecdote confirme bien qu’aucune scène d’intérieur, où que ce soit, n’a été réalisée en studio. Seconde parenthèse. Primitivement, un grand garçon doit tenir le rôle de l’amoureux. Comme l’actrice l’estime vraiment niais, elle le récuse. M. Max COUHIER, jamais à court de solutions rapides, propose au sémillant Inspecteur primaire de Beaune, qui vient d’arriver sur les lieux, de donner la réplique à Mlle BRUNOY. Arguant de sa trentaine… celui-ci se dérobe, et l’on finit par se rabattre sur un jeune amateur de cinéma.

Mais revenons au témoignage de Mlle BOULEE : « Mlle Blanchette BRUNOY était vraiment sympathique. Elle se régalait en se désaltérant avec du cassis fait par ma mère. Elle accepta avec plaisir son partenaire M. Francois LEGRAND [jeune amateur jouant l’amoureux]. Dans la nature, je revois toute l’équipe au Pont de Pernand, installée sur un talus de vigne, attendant le retour du soleil pour agir ». Précisons que Jeannette enfant est incarnée par Mimi BERTHOLLE (à 7 ans) et Huguette PAQUET (à 11 ans) : « Cette dernière étant brune a dû être décolorée, car Mlle BRUNOY était blonde », rapporte Mlle BOULEE. Grandeur et servitudes du cinéma !


Devant la mairie-école d’Aisy-sur-Thil, au printemps 1938. On reconnaît, à gauche, MM. ORCEL et GOURGUET, au centre M. COUHIER, et, à l’extrême droite, Mme HERBINIERE-LEBERT.

Les feux de la rampe !

Le scénario définitif…

Des kilomètres de film enregistrés, M. Jean GOURGUET monte une version conforme au scénario, remanié en fonction de suppressions et d’ajouts nécessaires. A deux voix, MM. DUBREUIL et ORCEL le présentent ainsi au micro du Studio de Dijon, relayé par Lyon : « Le film commence avec l’arrivée de Jeannette, accompagnée de son père qui vient l’installer dans le petit village d’Aisy, son premier poste d’institutrice. Louis Bourgogne décharge le mobilier pendant que Jeannette qui vient de demander les clés à M. le Maire, visite son école et prend possession de son petit logement. Elle commence son installation. La voici qui tient à la main la photographie de sa mère. Le père surprend son geste. Leurs pensées se rejoignent… On évoque le passé. Jeannette n’avait pas deux ans quand sa mère est morte. Il fallut remplacer la maman. Louis Bourgogne ne voulait pas se séparer de sa fille. Il la confia à l’école maternelle.


Un soir de vendanges chez les BOURGOGNE, à gauche M. le Maire.

A six ans, elle n’était pas bien solide. Elle partit pour Gevrey, à la colonie de vacances des écoles maternelles. Puis, nous la retrouvons à Savigny, chez ses grands-parents où s’écoulera toute son enfance jusqu’à son entrée à l’Ecole Normale. C’est ici que se placent les vendanges en Bourgogne. Puis Jeannette est envoyée, sur sa demande, comme surveillante de la colonie de vacances de Coutivert. Elle prend une part active à la vie libre et joyeuse des enfants. C’est à Coutivert qu’elle reçoit sa nomination.


Nous revenons à Aisy après le départ de son père. C’est le soir, elle est seule dans sa petite chambre… Elle est lasse, un peu triste… Elle rêve… Puis son regard se pose sur les objets qui l’environnent : le registre d’appel, la boîte de la coopérative scolaire. Et, déjà, prise par l’école, elle bâtit en rêve… A la place du modeste rayonnage, avec seulement quelques livres, elle voit un meuble coquet, vitré, qu’une main mystérieuse vient garnir d’ouvrages bien choisis : c’est la bibliothèque scolaire et populaire. Sous un angle du préau, c’est une installation pittoresque, une feuillère sur son support de bois, avec une couronne de robinets à la base. Ce sera là son poste d’hygiène. Des plantes grimpantes, des fleurs en pots orneront ses fenêtres. Elle pénètrera le milieu rural, elle lui apportera tout son cœur, toute sa foi et sa jeune expérience. Et pendant qu’elle rêve, le paisible village d’Aisy s’endort dans la nuit étoilée ».

… a été modifié

La copie 16 mm dont dispose l’OROLEIS de Dijon (déjà cité) montre que, par exemple, la fin du scénario a subi quelques retouches. Si effectivement Jeannette rêve dans sa solitude d’Aisy la veille de la rentrée, elle revoie, en muet, la scène au cours de laquelle François lui a fait une déclaration. De plus, nous assistons à l’accueil des élèves dans l’école à classe unique d’Aisy. Jeannette découvre, un peu à l’écart, la petite orpheline Raymonde en compagnie de son père. C’est l’appel. Et chacun de présenter ses mains à la jeune institutrice, qui, une fois les enfants installés, demande à ce qu’ils entonnent « La chanson du pressoir », pendant que, près d’une fenêtre, elle regarde la campagne ensoleillée.


Matin de rentrée à Aisy-sous-Thil. Jeannette Bourgogne (Blanchette BRUNOY) accueille les élèves devant l’entrée de la mairie-école.

Grande première à Dijon

L’analytique de la séance du Conseil municipal de Dijon le 15 octobre 1938 révèle que M. Robert JARDILLIER a assisté à deux projections privées (le 25 septembre et le 2 octobre), préludant à la soirée de Gala du vendredi 4 novembre. Celle-ci clôt la « Journée de l’Enseignement » de la Foire gastronomique et confère donc à la représentation de « Jeannette Bourgogne » un éclat certain. « La Bourgogne républicaine » annonce plusieurs fois la « Première », spécifie qu’on refuse des places et publie un compte-rendu copieux ; « Le Bien Public » et « Le Progrès de la Côte-d’Or » demeurent muets…

Sabotage…

M. Jean GOURGUET se souvient d’un incident qui faillit tout compromettre. Quelqu’un ne découvrit-il pas, au début de l’après-midi du 4 novembre, que les circuits électriques de la cabine sont saccagés. Aussitôt, on accuse les « adversaires » de la réalisation d’être à l’origine de cet acte de malveillance. Les quelques membres de Comité au courant de cet incident décident de se taire et font tout remettre en état. Aujourd’hui encore, on en est réduit à de très fragiles hypothèses quant aux mobiles et auteurs de ce méfait.

Musique et danse

Le programme de la soirée est copieux. Dans la première partie, « Les Elfes », jeune association d’Education physique des Cours complémentaires féminins de la ville, se produisent dans deux ballets, conçus par Mme MORTIER et Mlle FOURNEAUX, l’un intitulé « La dernière valse » sur une musique de Strauss, l’autre « Tristesse », interprétation rythmique de la composition de Chopin. Mme Simone MEZERAUD se rappelle avoir participé à ces créations, mais pas que, ce soir-là, son père, M. Max COUHIER, dirigeait l’Orchestre universitaire.

Présentation du film

Après la musique et la danse, M. Robert JARDILLIER, ancien Ministre des P.T.T., Député-Maire de Dijon, préface « Jeannette Bourgogne ». Comme une plaquette-souvenir a été spécialement éditée pour ce gala, sa tâche s’en trouve simplifiée, d’autant mieux que, Jean ZAY, Ministre de l’Education nationale, s’est fait projeter le film, l’a vivement apprécié et lui a réservé son haut patronage. Après cette présentation, « Jeannette Bourgogne » commence véritablement sa carrière.

Première réaction

M. Henri ANGER (journaliste-écrivain dit Kerdaniel) note que le grand mérite de ce film « tient au fait qu’il est interprété, Blanchette BRUNOY mise à part, par des acteurs bénévoles, dont le talent, la vérité d’expression, la simplicité sont admirables. (..) « Jeannette Bourgogne » est une réussite exceptionnelle qui fait honneur à ses créateurs, un film dont l’éloquence sobre, le pouvoir d’émotion, le charme serviront, en France et hors de France, la richesse humaine de l’Ecole ».

Quelques jeunes de 10-14 ans d’alors confient volontiers avoir bien reçu la réalisation. Telle institutrice, fraîchement passée à l’honorariat, assure que le film l’a confortée dans sa vocation, et tel PEGC (Professeur d’Enseignement Général des Collèges), honoraire lui aussi, abonde dans le même sens. Ainsi, le Directeur d’Études au Centre de Formation des PEGC garde le souvenir de son enfance : « C’était rare d’effectuer le voyage en autobus Nod-Châtillon-Nod, avec ses condisciples, sous la houlette de son père, instituteur ». Pareillement, Maitre LAIBE, Avocat à la Cour, revient en arrière : « J’ai vu ce film avec grand plaisir en 1938. Il était projeté à « La Grande Taverne », à la fin d’une réunion du syndicat des Instituteurs. J’étais avec mon père et j’ai appris là, sans le savoir, une grande leçon qui m’a servi beaucoup plus tard ».

Ce que dit la presse

   « Le Progrès de Côte-d’Or » garde un silence total… « Le Bien Public » du 21 novembre 1938, dans sa rubrique des films nouveaux titre sur « Choc en mer » et signale la réalisation bourguignonne par un discret : « Au même programme, le film « Jeannette Bourgogne », avec Blanchette BRUNOY et M. ORCEL ». « La Bourgogne républicaine » qui a déjà publié une page complète le 5 novembre, récidive le 25, avec d’abondantes illustrations. « Le Progrès de Saône-et-Loire » publie un article critique enthousiaste impossible à citer intégralement, voilà ce qu’écrit d’entrée de jeu M. Antoine MECHIN (4), qui évoque longuement le scénario : « Un film ! Un document de simplicité, de vérité et d’éducation. Un poème de tendresse, de grâce, de savoir et de dévouement. La Grèce antique ne devait pas faire mieux. Et tous ces paysages, ces monuments de la Côte-d’Or, ces constructions qui sont des merveilles, ces vieilles maisons qui sont des refuges si doux, ces sous-bois qui dégagent du rêve, ces ruisseaux qui vous entraînent , ces coins de ciel, ces ponts, ces routes, ces visages qui nous appellent, et, là-haut, ces coteaux générateurs des meilleurs vins de France. Et, d’un bout à l’autre, cette musique qui vous prend, vous guide, vous conduit vers les milieux scolaires dont elle est, en somme, une émanation profonde, puisqu’on y retrouve tous ces airs folkloriques et imitatifs qui ont bercé notre jeunesse (accompagnement musical d’une très belle qualité d’Edouard FLAMENT). Des scènes d’une délicatesse infinie où rayonnent de l’amour, de la bonté, du sacrifice même, font se mouiller parfois quelques paupières. Mais l’ensemble n’est pas triste, et il y a tant de juvénilité, d’honnêteté et de dynamisme. On sort du spectacle ravi, ému, amélioré, et, si l’on peut dire, purifié soi-même. C’est l’Ecole Laïque ».

La semaine « Jeannette Bourgogne »

Les scolaires de Dijon bénéficient de séances spéciales, à tarif réduit, lors de la sortie du film à « La Grande Taverne », dans la semaine du 23 au 29 novembre. Bientôt, toutes les salles côte-d’oriennes équipées en format commercial reçoivent des milliers et des milliers d’écoliers et de collégiens. La Côte-d’Or et la Saône-et-Loire ne suffisent pas à assurer une carrière à « Jeannette Bourgogne ».

Echec au Musée pédagogique

M. GOURGUET, dont la mémoire est excellente, raconte que M. Léon DUBREUIL estime indispensable le concours de ses collègues afin que « Jeannette Bourgogne » connaisse le succès en France. A cet effet, il les convie tous à une projection au Musée pédagogique de la rue d’Ulm, à Paris. C’est l’échec, cinq ou six sont présents et se montrent peu empressés. Mais, aiguillonné par Mme HERBINIERE-HEBERT, le Président du Comité de décide à frapper un grand coup.

Un changement radical

Un Gala à Paris réunit plus de 1 500 personnes Salle Pleyel. Si le Ministre de l’Education nationale se décommande au dernier moment, des dizaines et des dizaines de personnalités influentes du Ministère, du Parlement, de l’Enseignement, de la Presse, des Arts et des grandes associations laïques assistent à la manifestation (« Pourboire obligatoire : 1 franc ! »), qui suit le schéma de la « Première ».

On relève dans le « B.D.S » de mars 1939 que : « la première partie du programme, organisée par M. Maurice CHEVAIS, Inspecteur de la musique dans les Ecoles de la Ville de Paris, est composée avec infiniment de goût ». D’abord : « des morceaux pour orchestre de Weber, Gluck et Beethoven, exécutés avec une rare finesse par l’association Symphonique des membres de l’Enseignement public de Paris, avec 70 exécutants, (..) deux chœurs rendus à la perfection par la chorale des Normaliens de la Seine, avec 150 choristes (..), puis la « Pavane de la clochette » (danse et chœur) et les « Contes de ma Mère l’Oye » (évolution et danses), une réalisation de grand art, avec 115 élèves des Cours complémentaires parisiens ».

Ensuite, « M. Julien DORCEL se fait longuement et chaudement applaudir dans deux chansons à boire « L’épitaphe de Mathurin » et « La cave ». Puis, M. BARRIER, Inspecteur général, adjoint au Directeur de l’Enseignement du Premier degré, « dans une improvisation tantôt enjouée, spirituelle, tantôt profonde et souvent émouvante », présente le film en une quinzaine de minutes. Il retrace les étapes de « Jeannette Bourgogne », loue et félicite les responsables de la réalisation dont il souligne l’intérêt. Le B.D.S poursuit : « Il faut croire que la projection de « Jeannette Bourgogne » ne déçoit pas les spectateurs qui viennent d’entendre toutes ces étapes, car le film se déroule sans une seconde de fléchissement, dans une atmosphère particulière que connaissent bien les habitués des salles lorsque le public est conquis et que le silence semble « vibrer » dans un rayonnement d’attention et de sympathie ».

Ainsi « Jeannette Bourgogne » passe avec succès son C.A.P. (Certificat d’Aptitude à la… Projection) à Paris et semble promis à une aventure commerciale convenable.

Jusqu’à l’usure…

Après les 9 ans d’oubli causés par la guerre et l’Occupation et grâce au « sauvetage » du négatif 35 mm et ses copies 16 mm, à partir de 1948, à travers toute la France, des centaines de projections touchent des publics très divers : élèves-maîtres et maîtresses, patronages, amicales, coopératives,… Les Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education active et les Francs et Franches-Camarades, par exemple, utilisent « Jeannette Bourgogne » à l’occasion de stages. Mais, là encore, honnêtement, on ignore tout de la portée réelle de telles séances. Certes, dans les écoles Normales dijonnaises, « Jeannette Bourgogne » reçoit un très bon accueil, mais qu’en est-il à Lille ou à Toulouse ? Alors, le fait que toutes les copies 16 mm (sauf une gardée en « galettes » de 20 minutes) soient, à l’heure actuelle, réformées, pour cause d’usure, prouverait un nombre élevé de passages.

Un document de médiathèque

En replaçant « Jeannette Bourgogne » dans le contexte cinématographique de 1938, le cinéphile constate que, cette année-là, sont notamment produits : « La Marseillaise » et « La bête humaine » de Jean RENOIR, « Hôtel du Nord » de Marcel CARNE, « Les disparus de Saint-Agil » de Christian JACQUES et « Entrée des artistes » d’ALLEGRET, qui marquent le Cinéma. Mais ni les commanditaires, ni l’équipe réalisatrice du « Film de nos Ecoles » n’ont prétendu concevoir un pur chef-d’œuvre.

Si l’on décortique le film avec des critères audio-visuels d’aujourd’hui, on risque de commettre une grave injustice. Des signes de vieillissement sont apparus qu’une réduction de format, du format de 35 à 16 mm ont accentués. C’est pourquoi, en dépassant les tentations d’une appréciation type ciné-club ou les agacements engendrés par l’âge de la réalisation, on reconnaît en « Jeannette Bourgogne » un document précieux sur l’immédiate avant-guerre :

-       Un document sur quelques aspects de la Côte-d’Or.

-       Un document sur le rôle des Crèches, des Ecoles maternelles et primaires, des Cours complémentaires et des Ecoles Normales et ceux qui les fréquentaient.

-       Un document sur ceux et celles qui faisaient la classe et qui, avec le même dévouement sans faille, bénévolement, animaient les œuvres complétant et prolongeant l’action de l’Ecole publique.

-       Un document sur les activités péri et postscolaires du département.

-       Un document sur le visage vivant de l’enseignement laïque qui se modernisait sous l’impulsion de Jean ZAY.

Pour toutes ces raisons, « Jeannette Bourgogne » vaut d’être vu et revu. Parce que le négatif 35 mm a été détruit lors de l’incendie de la Cinémathèque française, une copie en très bon état a dû être conservée aux fins de tirage de contre-types. C’est cette version rénovée et numérisée qui sera projetée en octobre 2026 à Montceau-les-Mines. Voilà une pièce maîtresse pour la Médiathèque. En effet, « Jeannette Bourgogne » n’est-il pas le premier film parlant authentiquement bourguignon qui ait impliqué, comme le disait M. BARRIER, autant d’acteurs communs, exerçant leur activité ordinaire, dans des scènes de leur vie ordinaire ?  

Le cinéaste Jean GOURGUET

Propos et interview recueillis par Jean GAY, 1983

Yeux vifs, visage ouvert, cheveux ondulés à peine grisonnants, taille moyenne, M. Jean GOURGUET s’exprime avec volubilité et chaleur. Je devine chez cet octogénaire natif de Sète, un sens aigu de ce qu’on appelle aujourd’hui la convivialité : « Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fasciné par le cinématographe. Entre lui et moi existent des rapports… passionnels. En voulez-vous la preuve ?... » Il m’invite à le suivre et je découvre une minuscule salle de projection « rétro ». Rideaux, éclairages indirects, jeux de lumières, pancartes, bar, affiches de films signés J. GOURGUET et de confortables fauteuils venus de « l’Escurial », tout surprend dans ce qui fut une… écurie. Rien n’a été oublié ! Et, dans la cabine, éclipsant un « 16 », trône un « 35 » très racé. « Une pièce unique », confie M. Jean GOURGUET, qui remue une foule de souvenirs dans cette fermette de Jours-en-Vaux (21), venue de sa femme (5), née Michèle DARVAUX (promotion 1936-1939 de l’EN de Dijon) quelque temps après le tournage de… « Jeannette Bourgogne ».

Cela explique son fort attachement sentimental au « Film de nos Ecoles », tourné, ainsi qu’il se plaît à souligner, « dans une atmosphère très détendue, avec des militants dont l’espèce s’éteint ». Les acteurs ? « Tous parfaits, dociles et sympathiques. Parfois, j’ai dû multiplier les prises, notamment avec M. DUBREUIL, dans ses propres fonctions. Celui-ci n’a cependant pas battu le record de Tino ROSSI que j’ai fait débuter au cinéma dans « L’Affaire Coquelet » (un très mauvais film) et qui recommença plusieurs scènes jusqu’à 17 fois ! »

Quand M. Jean GOURGUET est-il venu au cinéma ? Il y a songé dès l’âge de 7 ans, en fréquentant assidument les salles obscures. Lorsqu’il poursuivait ses études au Lycée Henri IV, il écrivait des feuilletons du style Judex, et tout lecteur lui remettait un sou. Les lecteurs le pressaient de rédiger une suite. Mais comment « faire du cinéma » ? Bien qu’il ait tourné avec Rigadin (personnage central d’une série se voulant le rival de Max Linder) et se soit essayé à la composition de sketches pour les entractes, M. Jean GOURGUET n’avait pas confiance en son physique. A 15-16 ans, il prit le pseudonyme de Rame de Brandy et créa « Le Théâtre de l’Obscurité ». Rien ne se déroulait sur la scène pour les spectateurs, car, pendant que la lune passait dans les branches, les acteurs jouaient dans le noir. A l’évidence, le besoin de créer s’était emparé du jeune GOURGUET.

Cela le conduisit à travailler comme pigiste à « Paris-Midi », dirigé par M. LOUCHEUR, et au « Journal » pour lequel il interviewe POINCARE et assiste aux obsèques de Sarah BERNHARDT. Avec son frère, il réalise des films 9,5 mm (format amateur éliminé pratiquement par le 8 mm américain) dont un « Paris se vide », brouillon d’« Un rayon de soleil » (un an plus tard, CARNE réalisera « Nogent » sur le même thème. Parce qu’il était devenu vendeur d’automobiles, il avait pu se constituer un pécule qui, ajouté aux sommes prêtées par des amis, lui assurait une autonomie financière pour produire son premier film commercial. Satisfait du rendement de ce moyen métrage, le distributeur lui fit des promesses qu’il ne devait pas tenir. Et pour cause ! Le « parlant » était là. Comme la plupart des cinéastes du « muet », il ne saisit pas immédiatement l’irréversibilité de la situation. Aussi éprouva-t-il quelque mal à s’adapter et à s’imposer. Il connut des périodes d’abattement : « Dans ces moments-là, personne ne vous aide », dit-il, « mais que vous refassiez surface, alors vous êtes de nouveau très entouré. C’est un métier terrible ».

Son épouse devint sa plus fidèle collaboratrice. « Elle a corrigé tout mon côté brouillon, parce qu’elle est très méthodique », avoue-t-il, alors qu’elle, en réponse, observe : « J’ai suivi toutes les étapes de la filière dans cette jungle où les femmes doivent faire leurs preuves pour être acceptées. J’ai été la première assistante de Jean, bien après Maurice CLOCHE et René CLEMENT, par exemple… ». Qui donc affirmait qu’un instituteur ou une institutrice, hors leur classe, étaient incapables de faire quoi que ce soit ? La Normalienne des années 1938, elle, le dément…

En rupture avec le milieu bourgeois dont il était issu, « Quand on est riche, on n’est pas intéressant », note-t-il au passage, M. Jean GOURGUET décida de réaliser des films destinés à un public populaire. « Cela ne m’a pas mal réussi, J’ai été et je suis résolument populiste et je n’en rougis pas. Ayant tâté de la misère dans ma jeunesse, je pouvais comprendre la masse des démunis. Quand la télévision s’est répandue, le public pour lequel je travaillais s’est détourné de moi. Alors, je me suis cantonné dans l’exploitation du cinéma « L’Escurial ».


Un jour, il lui fallut songer à la retraite, la maladie était là. Seulement, ceux qui désirait louer la salle voulaient installer une grande surface. « Pas question ! ». Et M. GOURGUET céda aux sollicitations de cinq jeunes « cinglés de cinéma, très sympathiques, riches d’idées », qui gérèrent collectivement la salle. En 1982, ils ont même réussi à acheter le fonds et à effectuer des transformations (6). M. et Mme Jean GOURGUET sont heureux : « L’Escurial » reste un cinéma, un vrai cinéma, pas « un coin de télé » ! Et tous deux, d’un air entendu, parlent du roman autobiographique d’un amoureux de cinéma, couvrant 1917 à nos jours…



Remerciements à M. BREUIL, Président de l’Amicale des Anciens Normaliens de Côte-d’Or pour la mise à disposition des archives de l’Amicale.

Patrick PLUCHOT

 

(1) : « La Maternelle » :




Cliquez ici pour voir la vidéo

(2) : « La vie est à nous » de Jean RENOIR : un document historique édifiant :


Cliquez ici pour voir le pilote du film


(3) : exécution de Pierre Vieillard, le 7 mars 1942 (Archives départementales de Côte-d’Or) : https://archives.cotedor.fr/v2/console/visualiseuroai/FRAD021_000000011/de-344




(4) : Revoir l’article Antoine Méchin, instituteur à Sanvignes, musicien et poète (promotion 1884-1887) : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/search?q=antoine+m%C3%A9chin

(5) : revoir l’article Jeannette Bourgogne, le film. Hymne à l’école publique au temps du front populaire : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2026/06/jeannette-bourgogne-hymne-lecole.html#more

(6) : L’Escurial :

L'ESCURIAL, qui a pris le nom, dans les années 1980, d'ESCURIAL PANORAMA, est une ancienne salle de quartier qui a retrouvé une seconde jeunesse. L'origine de ce cinéma remonte au début du siècle, en 1911, à l'époque où un homme décide de construire, dans un hangar situé sur un terrain vague, traversé par la Bièvre, un cinéma : Le Royal. A l'époque du passage du cinéma muet au cinéma parlant, le cinéma change de propriétaire. Le nouveau propriétaire, se rappelant un très beau cinéma de la côte d'azur (à Nice), lui donne, en souvenir, le nom d’Escurial. La salle dispose de 550 places ainsi que, comme souvent à l'époque, d'un balcon. L'apparition du Cinémascope, au début des années 50, nécessitant des frais importants pour rendre la cabine de projection apte à projeter des films en Cinémascope amène les propriétaires à vendre, et c'est le cinéaste Jean Gourguet qui, cherchant une salle à racheter suite au succès de son film « Maternité clandestine » (avec Michel Roux et Dany Carrel), jette son dévolu, en 1953, sur cette salle. A partir de cette date et pendant une trentaine d'années, la salle vécut sa vie de salle de quartier, mais l'érosion de la fréquentation, en fin de période, risquant d'amener sa fermeture et sa destruction, c'est une équipe de jeunes passionnés de cinéma qui convainquit Jean Gourguet, en 1981, de lui céder l'Escurial. L'Escurial devient l'Escurial Panorama et une deuxième salle est construite dans l'ancien balcon (que l'ancien propriétaire s'était réservé, à titre privé, pour descendre en pyjama y voir les films de son choix). La grande salle, au rez-de-chaussée, dispose de 260 places et d'un écran panoramique incurvé de 11 mètres de large. La petite salle, quant à elle, dispose de 85 places.

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