samedi 14 janvier 2017

Les petits aussi


« Petite histoire d’un écolier d’autrefois  expliquée aux enfants d'aujourd’hui »

Rentrée à la salle d'asile (document musée)


CHAPITRE III
« Les petits aussi »


Muni de son équipement, évidemment bien moins lourd que le pesant fardeau que véhiculent les enfants d’aujourd’hui, Jules cheminait jusqu’à l’école… à pied, bien sûr. Comme il était le plus âgé, il passait de maison en maison tous les matins, ramassant au passage les plus jeunes afin de les conduire à l’école maternelle. En effet, depuis 1837, c'est dans les salles d'asile, établissements charitables, qu'étaient réunis les petits enfants du peuple que leurs mères ne pouvaient garder au foyer. 


C’est l'Ordonnance du 22 décembre 1837 qui institue ces classes qui portent le nom de "salles d'asile" pour les enfants de moins de 6 ans. Le personnel qui prend en charge les enfants échappe à toute formation et à tout contrôle officiel, il peut être  religieux, comme ce fut le cas à Montceau-les-Mines dans le système scolaire patronal de la Mine, ou bien laïque : "Que n'est-il pas donné à toutes les communes d'être dotées comme vient de l'être Plombières! Dans un village obscur, une fille modeste, touchée de voir tant de mères gémir de la douloureuse alternative de renoncer au travail des champs et de la fabrique ou à la garde de leurs enfants, Louise Cheppler offrit à son vénérable maître, le pasteur du Ban de la Roche, de s'en charger elle-même s'il voulait lui bâtir un abri pour les recevoir. Les larmes aux yeux, Oberlin écouta ce que la charité lui inspirait : il éleva le refuge et ouvrit, sous le patronage de cette femme excellente, un asile qui réunissait encore plus d'un demi-siècle après, les petits enfants d'une commune voisine de l'arrondissement de Saint-Dié, sous sa garde tutélaire... L'Académie Française décerna en 1829, le prix des bonnes actions à cette simple villageoise qui avait trouvé dans son cœur la pensée des asiles". (Extrait d'un discours prononcé par Monsieur Malgras, Inspecteur d'Académie, lors de l'ouverture d'une salle d'asile à Plombières, le 29 octobre 1860.)


Une salle d'asile parisienne (document musée)


La loi du 30 octobre 1886 met ces classes au rang d'établissement d'enseignement primaire et elles prennent le nom "d'écoles maternelles". Le rôle de ces écoles est ainsi défini : ce sont "des établissements de première éducation où les enfants des deux sexes reçoivent en commun les soins que réclame leur développement physique, moral et intellectuel". Elles ne sont pas obligatoires et accueillent les élèves à partir de 2 ans. Les classes enfantines, d’autre part, sont des classes annexées à une école primaire de par la faiblesse de leurs effectifs. "Dès que l'Etat prend des enfants sous sa tutelle, il leur doit plus qu'un abri, il leur doit une éducation." (P.Kergomard, 1848).


Premières écoles maternelles, le repas : la boisson ? Du vin avec de l'eau ! (collection musée)

Premières écoles maternelles, la cantine (collection musée)


 Les écoles maternelles peuvent être ouvertes, à l'origine, dans les communes d'au moins 2000 habitants et le bâtiment doit comprendre :
- un vestibule d'entrée formant salle d'attente pour les parents qui sont obligés de venir chercher leurs enfants à l'école,
- un ou plusieurs vestiaires,
- une salle de récréation,
- une salle de repos séparée des classes par une cloison vitrée permettant la surveillance, munie de lits pliants et de chaises de repos,
- un petit local d'isolement couvert avec des sanitaires à la taille des jeunes enfants,
- une ou plusieurs salles de classe,
- un préau accessible à partir des classes par un passage abrité et muni d'une armoire pour les jouets et d'une fontaine d'eau potable,
- une auge à sable et des bancs en bois.
Le mobilier devait comporter :
- des petites chaises en bois et à dossier,
- des tables individuelles adaptées à la taille des enfants,
- de grandes tables arrondies pour 4 ou 5 enfants,
- une collection de jouets.
Aucun animal domestique ne doit être en contact avec les enfants et "l'école sera tenue dans un état de salubrité et de propreté". Pour l'admission de leurs enfants, les parents doivent présenter un certificat constatant que l'enfant n'est atteint d'aucune maladie contagieuse et qu'il est vacciné. Un enfant malade n'est pas reçu. "L'école maternelle est un abri destiné à sauver les enfants des dangers de la rue, comme des dangers de la solitude dans un logis malsain. (..) Tous les exercices de l'école maternelle doivent aider au développement des diverses facultés de l'enfant sans fatigue, sans contrainte, sans excès d'application".
Les programmes comprennent, par ordre d'importance : des jeux, des mouvements gradués accompagnés de chants, des exercices manuels, les premiers principes d'éducation morale, les connaissances usuelles, des exercices de langage, des récits, des contes, les premiers éléments du calcul, du dessin et de l'écriture, de la lecture pour les enfants de plus de 5 ans. "Un exercice très profitable à l'enfant, c'est la lecture d'images, lecture qui le fera pénétrer dans le monde des idées. Cette lecture doit avoir pour objet d'attirer l'attention des enfants sur les scènes présentées, sur les faits et gestes des personnages et les sentiments que trahit la pose de chacun : on fait appel à la réflexion et à l'imagination. Il faut toujours que le bon goût préside au choix des images, au choix des couleurs..." Extrait de la conférence faite à l'Ecole Normale de Mâcon, le 3 juillet 1906, par Mademoiselle Brès, Inspectrice Générale des écoles maternelles. (Bulletin de l'Instruction Primaire n. 296, septembre 1906).


La salle de jeux (collection musée)

La salle de jeux (collection musée)

La cour de récréation (collection musée)

Le goûter (collection musée)


A suivre…

P.P








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