vendredi 13 mars 2020

Les écoles de Gourdon (71)



Naissance de l’école communale
 de Gourdon (71)

Projet d’une école de hameau à la Beluze, élévation postérieure, dessin de M. G. Rotival, architecte, 1887, approuvé et paraphé par le Préfet à Mâcon le 24 janvier 1889  (collection musée)


Une école communale à Gourdon avant 1850 ?


La présence de François Bourgogne, instituteur public à Gourdon est avérée au moins depuis 1832 (Voir article précédent). Etant donnée sa nomination « officielle », bien que provisoire par les autorités académiques, il devait vraisemblablement exercer dans un local communal et être rétribué, en partie du moins, par la commune. Mais dans quel lieu ?



Le contexte historique


Les Trois Glorieuses, la révolte parisienne de juillet 1830, l’abdication de Charles X et l’arrivée de Louis-Philippe 1er scellent l’avènement d’un régime nouveau : la Monarchie de Juillet. Il est fondé sur la Charte, pacte entre la nation et le roi. Le drapeau tricolore est définitivement adopté et, fait qui aura son importance dans le développement du système scolaire, le catholicisme n’est plus religion d’Etat.

Ces nouveaux « libéraux » à l’esprit voltairien gardent le souvenir vif des persécutions infligées par l’Eglise aux écoles mutuelles et contestent ouvertement les écoles congréganistes. Victor de Broglie, ministre de l’Instruction publique et des cultes, diminue les subventions allouées à ces dernières. On assiste, dans de nombreuses régions, à un abandon par les conseils municipaux des subventions aux écoles des Frères (octroyées par la Restauration) et à un soutien de ces mêmes conseils aux écoles communales laïques. Le régime reste cependant attaché à la liberté d’enseignement et toutes les lois scolaires nouvelles proposées par la Charte seront repoussées jusqu’au décès de Casimir Perrier et la nomination de Guizot.

François Guizot partage les idées libérales mais, en chrétien convaincu que la religion « est encore plus nécessaire au salut de l’homme que l’Etat », il entend bien fonder l’instruction primaire sur l’action prépondérante et unie de l’Etat et de l’Eglise… Il rétablit de facto les subventions à l’Institut des Frères en 1833 et exempte les maîtres-adjoints des congréganistes de l’obligation du brevet.

Malgré tout, homme de compromis, Guizot, dans la loi du 28 juin 1833, mêlera esprit libéral et esprit chrétien dans un projet important de structuration de l’instruction primaire (1). Si la loi institue un traitement fixe minimum de 200 francs mensuels pour les instituteurs, cette rétribution reste cependant au bon vouloir des conseils municipaux qui sont plus prompts à dresser la liste des indigents admis gratuitement à l’école. Les enseignants, pour vivre sont souvent dans l’obligation d’exercer d’autres fonctions, notamment le secrétariat de mairie ou être le chantre de la paroisse.


Lorain, Tableau de l’instruction primaire en France, 1837 (BNF)



La loi impose aux communes la charge du local de l’école (qui sera le plus souvent en mauvais état) mais n’impose pas la fourniture du mobilier scolaire qui reste à la charge de l’instituteur. Le maître reste mal considéré et vu comme un employé de la commune au même titre que le garde-champêtre. De plus les prêtres sont souvent hostiles à leur implantation et souhaitent plutôt l’arrivée de frères et de sœurs pour une école, annexe de l’église, qui prônerait l’enseignement de la religion.

Une école au bourg de Gourdon

Registre matricule de l’école de garçons du Bourg,  période 1er octobre 1919-15 septembre 1967, année de fermeture (collection musée)


Il semble que François Bourgogne et ses successeurs aient bien bénéficié d’un local loué par la commune, il s’agissait d’une petite habitation située à l’est du bourg. On note à ce sujet, le renouvellement d’un bail, après délibération, le 3 août 1854,  de la dite habitation appartenant au sieur Jean-Marie Lagrange au motif suivant « en attendant que l’autorité supérieure eût statué sur celle que la commune a acquise du sieur Jean Charolais et qu’elle soit appropriée à sa destination ». L’inspecteur primaire de Chalon donna son avis dans une lettre en date du 25 octobre 1854, exprimant quelques réserves, le bâtiment étant « loin d’être convenable ».

Auparavant, un projet de construction d’une maison commune avait bien été envisagé sur un terrain en contre-bas de la « maison Lagrange ». Le lot envisagé par l’architecte désigné comprenait une construction ainsi qu’une vaste cour. Aucune suite ne fut donnée à ce projet.



Vue satellite de Gourdon (mappy.fr)

Documentation musée



Quoi qu’il en soit, l’acquisition de la « maison Charollais » eut lieu le 20 août 1855 « par-devant maître Nicolas Rozier, notaire à Mont-Saint-Vincent ». L’acte fut signé pour la commune par le maire Emiland Boucansaud, autorisé par décret impérial du 14 juillet 1855 (2). Il ne restait plus que la propriété ne soit « appropriée à sa destination ». On confia à M. Bonnet le soin d’élaborer les plans et les devis nécessaires. L’estimation fut rude : aux 2850 francs de l’acquisition vint s’ajouter un estimatif de 6350 francs pour l’« appropriation ». A cette époque, le bâtiment devint donc  « mairie-école géminées » (garçons et filles mélangés), en 1881, il deviendra « mairie-école de garçons » (les filles furent provisoirement installées ailleurs, mystère pour la période 1881-1886) pour finir « mairie-écoles géminées » en 1889 (garçons et filles séparés).

Registre matricule de l’école de garçons du Bourg,  période 1er octobre1919-15 septembre 1967, liste des enseignants de 1911 à 1962, détail (collection musée)


Dans les faits, les réalisations s’échelonnèrent de la manière suivante :
-       1855 : acquisition de la « maison Charollais » pour 2850 francs
-       1862 : appropriation du bâtiment (aile nord) pour 5401 francs
-       1880 : exhaussement de l’étage pour 2707 francs
-       1889 : agrandissement du bâtiment (aile est) pour 5420 francs
-       1894 : construction d’un puits dans le jardin des écoles (pointe orientale de la parcelle). 



Plan d’implantation d’un puits dans le jardin de l’école, approuvé et paraphé par le Préfet le 5 juin 1894 (AD71)



Les travaux de la construction de l’école de filles (aile est) avaient été confiés à l’architecte Rotival de Charolles et à l’entrepreneur Bousquet de Génelard qui avaient été mandatés entre temps par la commune pour la construction de l’école du hameau de la Beluze. L’extension de l’aile est a été approuvée en conseil municipal le 15 août 1888. Avant l’ouverture de cette nouvelle école de filles, la commune avait loué une maison à Mme veuve Prébolin, de Montchanin, au prix de 150 francs annuels. Il s’agissait d’ « une maison destinée à servir d’école de filles et de logement à l’institutrice, située au bourg de Gourdon, joignant au Nord et à l’Ouest des bâtiments à Monsieur Boucansaud, au Midi et à l’Est une place communale, composée : 1) d’un rez-de-chaussée comprenant une grande salle, une chambre de four et la cage d’escalier de l’étage, 2) de trois pièces à l’étage et d’une cave sous le rez-de-chaussée, avec toutes leurs aisances et dépendances, le bail devant commencer le 11 novembre 1886 ». (AD71-Gourdon-comptabilité) 

Avec le temps, la chute des effectifs amena les autorités à ne conserver qu’une classe unique dans les années 20. Le développement de l’école de la Beluze entraîna un regroupement des effectifs et la fermeture définitive de l’école du bourg fut actée au milieu des années 60.


Plan de l’école de filles du bourg et de la mairie-école (AD71)

Gourdon, mairie-école, le Bourg, 1921 (collection privée)

Gourdon, mairie-école, le Bourg, 1923 (collection privée)

Gourdon, mairie-école, le Bourg, 1931 (collection privée)

Ancienne école de filles devenue salle des fêtes, aile est adossée à la mairie-école désaffectée, vue actuelle (AD71)

Ancienne mairie-école désaffectée, vue actuelle (collection musée)

Gourdon, école de filles du bourg, date inconnue (collection privée)



L’école du hameau de la Beluze

Si les enfants gourdonnais des hameaux les plus proches de Mont-Saint-Vincent (les Perrons, les Griveaux, Mont-Martin) fréquentent l’école de ce haut lieu, les parents des enfants des hameaux des Gris, de Serprix, des Bois-Francs et de la Beluze demandent quant à eux l’ouverture d’une école pour les « gens du bas ». En effet, au recensement de 1856, on constate qu’une bonne partie de la population de Gourdon est implantée à proximité de Montceau-les-Mines donc dans les hameaux précités.



Projet de construction de l’école de la Beluze par l’architecte Rotival de Charolles, 1887, paraphé le 27 novembre 1888 par le Directeur de l’Enseignement Primaire de l’époque : Ferdinand Buisson (collection musée)



Ce fut sous les mandatures du maire Claude Juredieu (1876-1891) que le projet d’une école mixte au hameau de la Beluze se concrétisa. Un accord de principe fut donné par le conseil municipal dans une délibération du 4 février 1883 mais l’autorisation préfectorale ne sera délivrée que le 15 janvier 1886. L’opération consistait en une acquisition de terrains suivie d’une construction de locaux. Dès l’accord de la préfecture, un acte de vente fut signé le 19 février 1886 entre Madame de la Serraz, demeurant à Chambéry, propriétaire et la commune de Gourdon.



Projet d’une école de hameau à la Beluze, élévation sur la cour, dessin de M. G. Rotival, architecte, 1887, enregistré et paraphé par le notaire de Mont-Saint-Vincent 17 avril 1889  (collection musée)



Durant la période 1883-1890 (entre l’avis positif du conseil municipal et la mise à disposition du bâtiment neuf), une maison a dû vraisemblablement être louée pour accueillir provisoirement une école au hameau de la Beluze, un bail étant intervenu entre la commune et un particulier. On notera également les démarches entreprises par le maire Juredieu auprès de ses collègues de Blanzy et de Saint-Vallier visant à obtenir d’eux une participation financière pour l’implantation de l’école de la Beluze qui couvrait des hameaux communs, notamment les Bois-Francs (Saint-Vallier) et Beauregard (Blanzy). La commune de Gourdon essuya un refus catégorique.

Ce fut Monsieur Rotival, architecte à Charolles, qui fut saisi des travaux. La fin du chantier fut approuvée par une délibération municipale en date du 11 mai 1890 et la somme de 11 031,67  francs fut réglée aux entrepreneurs Chauveau de Saint-Marcellin-de-Cray et Bousquet de Génelard.



Projet d’une école de hameau à la Beluze, coupe transversale, dessin de M. G. Rotival, architecte, 1887 (collection musée)



L’histoire de la création de l’école de Beluze ne s’arrête pas là. En effet, en 1891, un litige apparaît entre la commune de Gourdon et l’administration : « Un différend oppose la municipalité à l’administration au sujet de l’emplacement des lieux d’aisances ; celui-ci a été modifié par rapport aux plans prévus et approuvés ; le Conseil des bâtiments civils exige leur rétablissement à la distance réglementaire sous peine de suspendre la subvention de l’Etat ; le député expose au préfet que cette question risque d’entraîner la démission du conseil municipal républicain et le triomphe des réactionnaires ! Un sénateur interviendra à son tour. » (Alain Dessertenne, voir https://adessertenne.pagesperso-orange.fr/, Ecoles communales)



Registre matricule de l’école de la Beluze, période 1er janvier 1921-30 juin 1960 (collection musée)

Registre matricule de l’école de la Beluze, période 1er janvier 1921-30 juin 1960, détail, création de la 2ème classe en octobre 1941 (collection musée)



En 1941, devant l’augmentation des effectifs, une deuxième classe sera créée. En 1993, une classe maternelle est adjointe à l’école qui comptera désormais 3 classes. Enfin, à la rentrée 2019, une quatrième classe a vu le jour.



Projet d’une école de hameau à la Beluze, plan du 1er étage, dessin de M. G. Rotival, architecte, 1887 (collection musée)

Projet d’une école de hameau à la Beluze, plan du rez-de-chaussée, dessin de M. G. Rotival, architecte, 1887 (collection musée)

Ecole la Beluze, élévation postérieure, vue actuelle  (collection musée)

Ecole la Beluze, élévation sur la cour, vue actuelle  (AD71)

Ecole de la Beluze, 1951 (collection privée)



(1) :




Statuts de l’école 1834




« L’instruction primaire devient élémentaire ou supérieure ; elle est ou privée ou publique.
Les communes sont tenues d’entretenir au moins une école primaire élémentaire. Tout département est tenu d’entretenir une école normale primaire.
Il doit être fourni à tout instituteur un local, tant pour lui servir d’habitation, que pour recevoir les élèves et un traitement fixe d’au moins deux cents francs. En plus du traitement fixe, l’instituteur doit recevoir une rétribution mensuelle dont le taux est réglé  par le conseil municipal. Les élèves désignés par les conseils municipaux dont les familles ne peuvent payer aucune rétribution sont admis gratuitement. »

La loi donne une totale liberté (autorisation d’ouverture et méthode) aux instituteurs privés et protège la situation des instituteurs publiques : elle charge les conseils municipaux de proposer un instituteur mais après avis du comité local et décision du comité d’arrondissement. Rien n’est prévu dans cette loi pour l’instruction des filles. Il faudra attendre 1836 pour qu’elles soient prises en compte.

(2) : « L’acte de vente de la « maison Charollais » précise l’origine de la propriété qui était indivise entre Jean Charollais, père, demeurant à Marigny, et ses enfants. L’immeuble était un bien de communauté acquis par Jean Charollais et Antoinette Duran, son épouse, les 10 et 20 avril 1836 (actes notariés signés en l’étude Rozier de Mont-Saint-Vincent), de Philippe Trotot et de Marie Tremeau, leur père et mère, grand-père et grand-mère, et ces derniers, « à leur décès, en étaient propriétaires de temps immémorial ». Le domaine de 8 ares et 5 centiares comprenait : 1) un bâtiment construit en pierre et couvert de tuiles, composé de deux chambres en rez-de-chaussée, dont une à feu, cave dessous et grenier dessus ; 2) deux petites écuries de même construction établies en appentis aux deux extrémités du bâtiment ci-dessus ; 3) une petite terre au Midi, et attenant au bâtiment. » (Archives sid71)


Sources :
-       Archives sid71 5fi222 23493 a. Archives sid71 5fi222 23494 a. Archives sid71 5fi222 23495 a. Archives sid71 5fi222 23496 a. Archives ad71 13fi 164 1550.
-       Archives Départementales 71 : série O et série T.
-       Archives musée de la Maison d’Ecole.
-       Alain Dessertenne, site perso https://adessertenne.pagesperso-orange.fr/, Ecoles communales.
-       Le-temps-des-instituteurs.fr : statuts de l’école 1834.




P .P

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