On
a perdu le roi
Où
est passé Clovis ?
Le
barbare baptisé
Les deux
composantes de la légende des origines nationales sont les faces d’une même
pièce : côté pile : les Gaulois avec Vercingétorix, côté face :
les Francs avec Clovis. Pour comprendre l’apparition de Clovis dans les manuels scolaires, trois temps
forts s’imposent à notre réflexion : la période 1814-1878, où le débat
s’instaure sur nos origines nationales ; la période 1878-1896, avec la
victoire républicaine aux élections, victoire de la gauche sur « l’Ordre
public », victoire supposée aussi des Gaulois/républicains sur les
Francs/légitimistes ; la période post-1896, année du quatorzième
centenaire du baptême de Clovis, célébré en grande pompe à Reims par les
catholiques, apogée de son mythe. Chez les écoliers, peu présent avant le 19e
siècle, le souvenir de Clovis s’estompe au 20e alors que se dessine
la disparition de sa tombe, nouveau mystère...
Au 19e siècle, les historiens participent à
la construction du mythe de Clovis, la Restauration étant sans nul doute
l’ «âge d’or » de ce mythe. Le retour de Clovis dans la lumière se
manifeste surtout à partir du sacre de Charles X à Reims : « Là, prosterné au pied du même autel
où Clovis reçut l’onction sainte (..) je renouvellerai le serment de maintenir
et de faire observer les lois de l’État », une façon de rappeler la
sainte alliance de la religion et de l’État, l’alliance du trône et de l’autel
(ou encore du sabre et du goupillon si l’on considère les exactions de la fin
de règne de Clovis) ! Plus tard, Ernest Lavisse s’emparera du sujet.
Ernest Lavisse est le créateur de « l’instituteur national », l’auteur
de nombreux manuels d’histoire et le ministre de l’Instruction publique en
1879, puis de 1881 à 1883. Il assigne à l’histoire une finalité patriotique
dont la période de Clovis et des mérovingiens est un moment clé dans la
construction de la France. Il est notable que, grâce à lui, le règne de Clovis
sera enseigné à tous les degrés de l’enseignement (1).
Ce que ne
disent pas les manuels
À quarante-cinq ans, Clovis meurt à Paris, le 27 novembre 511. Ainsi les
manuels concluent-ils leur leçon sur le personnage. Certains précisent que,
converti au christianisme, il aurait été inhumé dans la basilique des Saints-Apôtres
qu’il avait fait construire (future église Sainte-Geneviève), ce que confirme
Grégoire de Tour, affirmant que sa sépulture se trouvait dans le sacrarium de
la basilique dans un mausolée où sa femme Clothilde le rejoindra en 545. Mais
après ? Le flou s’installe.
Quelques certitudes tout de même : la basilique
est bien fondée par Clovis au début du 6e siècle, dédiée à Pierre et
Paul, construite en partie sur une ancienne nécropole ayant accueilli la
sépulture de Sainte-Geneviève, patronne de Paris, morte vers 502. Le tombeau de
cette dernière « sarcophage de
pierre, enseveli dans le cimetière antique et protégé par un oratoire de
bois » sera incorporé à la basilique, Clovis souhaitant être enseveli
à ses côtés.
Le barbare repenti
Les années passent, les siècles même, l’édifice va subir
les assauts du temps, et les saccages des Normands aussi, au 9e
siècle. Les tombeaux auraient été pillés par les Vikings, sauf celui de
Sainte-Geneviève qui avait été
« déplacé » sur l’île Saint-Louis avant d’être ramené à son point de
départ. Les reconstructions sont nombreuses et la localisation de la tombe de
Clovis demeure un mystère.
Quand
Napoléon s’en mêle
Il est finalement décidé, en 1807, de détruire
l’édifice originel lors du percement de la rue Clovis. C’est l’occasion de
mener des fouilles et de découvrir 32 cercueils médiévaux, mais aucun n’est
vraiment identifié comme étant celui de Clovis. Par contre, on retrouve la
tombe de Sainte-Geneviève dans l’église Saint-Etienne-du-Mont, ce qui confirme
bien l’existence de cette figure emblématique de l’histoire de Paris. Malgré
les doutes et le manque de preuves formelles, on considère que l’emplacement de
la tombe du roi correspondrait au gisant de Clovis daté du 13e
siècle, avant son transfert à la basilique de Saint-Denis en 1628.
Le
gisant de Clovis dans la basilique de Saint-Denis
Un rapport est donc remis dans ce sens à Napoléon, qui
conclut à la découverte probable des sarcophages de Clovis et de sa famille.
Une voix dissonante résonne tout de même, celle du médiéviste Alexandre Lenoir
(qui fut l’un des protagonistes du mystère des tombes La Fontaine/Molière dans
un article précédent (2)), qui, quant à lui, considère
qu’aucune inscription n’atteste de cette « nouvelle » vérité… Ce que
confirme l’archéologue Michel Fleury, pensant que ces tombeaux dataient plutôt
du 6e siècle.
L’énigme reste donc entière car rien ne permet
d’affirmer avec certitude que les fameuses tombes sont celles de Clovis et des
siens. La confirmation ne pourrait venir que de nouvelles fouilles qui
s’organiseraient à l’emplacement de la basilique disparue, le long de
l’actuelle rue Clovis, entre l’église Saint-Etienne-du-Mont et le lycée Henri
IV :
De gauche à droite : église Saint-Etienne-du-Mont
et église Sainte-Geneviève, peinture d’Angelo Garbiza, 19e siècle.
Le plus célèbre roi de France risque,
hypothétiquement, de reposer encore longtemps sous les pas empressés des
parisiens et de l’élite des lycéens…
Patrick PLUCHOT
(1) : Revoir l’article du blog, Clovis : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2022/12/chronique-des-heros-du-roman-national.html#more
(2) : Revoir
l’article du blog, La Fontaine
et Molière, compagnons d’éternité :
https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2026/04/la-fontaine-et-moliere-compagnons.html#more







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