jeudi 25 juin 2026

Vive les vacances !

 

Vive les vacances !

Il y a 90 ans déjà, les congés payés pour tous

Enfants et parents découvrent les loisirs et la liberté

L’histoire des congés payés ne commence pourtant pas à l’hôtel Matignon, dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, avec la signature des fameux accords. L’empereur Napoléon III avait institué les premiers le 9 novembre 1853… pour les seuls fonctionnaires. Vinrent ensuite les congés octroyés notamment, entre 1900 et 1905, aux salariés du métro parisien. Antoine Durafour, ministre du travail en 1925, propose d’élargir à tous l’accès aux congés, en vain, les syndicats soutenaient plutôt la réduction du temps de travail quotidien et l’augmentation des salaires. Onze ans plus tard, la France adopte enfin les congés payés, libérant les adultes pour quinze jours de liberté. Sous l’impulsion de Jean Zay et de Léo Lagrange, tous deux ministres du Front populaire, les enfants ne seront pas oubliés, ce sera la généralisation des départs en « colonies de vacances » pour les plus démunis.  

Les colonies de vacances

Dès la fin de la Première Guerre mondiale, les vertus thérapeutiques des colonies de vacances avaient refait surface avec la recrudescence de la tuberculose et le constat d’une jeunesse affaiblie par les privations. C’est l’État qui avait alors repris la main en encadrant et subventionnant les camps de vacances. Les Caisses d’assurances sociales lui emboîtèrent le pas en mettant en place les premiers stages de formation de moniteurs. C’est dans ce contexte des années 30 que les municipalités vont acquérir des propriétés pour envoyer « leurs colonies ».

Jean Zay, ministre de l’Education nationale du Front populaire  entouré d'enfants orléanais partant en colonie de vacances aux Sables-d'Olonne, à la gare Montparnasse. Juillet 1937. (Archives nationales)

 L’Union Française des Colonies de Vacances (UFCV) est reconnue d’utilité publique en 1934 et bientôt, la Ligue de l’Enseignement propose de fédérer les colonies laïques au sein d’une seule organisation, l’Union Fédérale des Œuvres de Vacances Laïques (UFOVAL).  En 1936, le Front Populaire et l’arrivée des congés payés vont changer la donne et c’est sous l’impulsion du sous-secrétaire d’Etat aux loisirs  et aux sport, Léo Lagrange que  seront votés les textes qui vont jeter les bases des colonies de vacances modernes : circulaire du 17 avril 1937, instructions du 18 mai 1937, décret-loi du 17 juin 1938. Enfin, en 1938, Georges Lapierre va créer la Fédération nationale des œuvres laïques de vacances d’enfants plus connue sous le nom de « Jeunesse en plein air ». 


Document cinématographique rare, 1936, cliquez ici pour voir la vidéo

Revoir aussi l’article du blog du 2 septembre 2021 Le temps béni des colonies… de vacances ! : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2021/09/dossier-de-rentree-les-jolies-colonies.html#more

Mais avant : 1936

Contrairement à ce qui est généralement admis, cette nuit du 7 au 8 juin, les accords signés concernent l’augmentation généralisée des salaires de 7 à 15 %, la mise en place d’un salaire minimum, l’instauration du délégué du personnel et la confirmation des libertés syndicales. En réalité, les 15 jours de congés payés et la semaine de travail de 40 heures ne seront votés que quelques jours plus tard par l’Assemblée nationale, exactement le 11 juin, avant la promulgation de la loi le 20 juin.

Ne nous leurrons pas, si la classe ouvrière accède au temps libre, les moyens financiers dont elle dispose pour profiter de ce nouveau droit restent insuffisants : malgré les augmentations salariales, plus de la moitié du budget de l’ouvrier est consacrée aux besoins alimentaires. En 1936, peu se risquent jusqu’à la plage… Certains enfourchent tandems et vélos, d’autres vont même à pieds et plantent leurs tentes sur les bords de Marne. On aurait donc tort de penser que les congés payés ont déclenché une ruée vers un bord de mer fantasmé.

Nombreux sont ceux qui passent leurs congés chez eux, à refaire peintures et tapisseries ou jardiner. En tout cas, on ne part pas très loin, si ce n’est dans la famille, revoir les proches jamais revus depuis l’éloignement dû aux lieux de travail. Plusieurs milliers de travailleurs prennent le chemin des vacances grâce à Léo Lagrange et son « billet populaire de congés annuels » mis en vente dès le 3 août 1936. Le BPCA, aussi appelé le « billet Lagrange », était un tarif « social » en France sur les voyages en chemin de fer, permettant une réduction de 25 % sur un aller-retour par personne, pour les travailleurs lors de leurs congés payés, pour un trajet de plus de 200 kms. On estime que 600 000 ouvriers sont partis en vacances en 1936 (toutes distances confondues). En 1937, ce seront 1 800 000 billets Lagrange qui seront vendus, permettant ainsi la découverte des bords de mer, de la montagne ou tout simplement le retour au village natal.

La généralisation des Congés payés

L’existence de ces nouveaux droits a entraîné inéluctablement un bouleversement de la société. Ce n’est pas un hasard si l’on voit fleurir partout des Maisons de la culture, des Cinés Liberté, des associations sportives (dont la Fédération sportive et gymnique du travail) ou encore des associations de plein air : cyclotourisme, campings, auberges de jeunesse, gîtes ruraux,… De nombreuses mesures sociales ou d’initiative privée apparaissent alors : généralisation des réductions annuelles sur les chemins de fer, création d’un ministère du Tourisme (« ministère de la paresse » pour ses détracteurs), promotion des colonies de vacances dans les écoles et dans les entreprises, développement des bains de mer.

Quant à la généralisation des congés payés, ce n’est pas minimiser l’impact de la loi de 1936 que de rappeler la lente progression puis le déclin des départs en vacances des français. Pour preuve, les statistiques de l’INSEE sur les taux de départs en vacances d’été, en fonction des catégories socio-professionnelles : 41 % des ouvriers partaient en 1965 ; 46 % en 1974 ; 48,7 % en 1975 ; 52,1 % en 1976. Tout cela  avec parallèlement  l’obtention de la 3e semaine en 1955, de la 4e en 1962 (après la généralisation des accords d’entreprise Renault), la 5e le 13 janvier 1982.

Et après ?

Posons-nous quelques questions dont les réponses nous sont apportées par l’INSEE, le Ministère du Travail et le Credoc (Centre de Recherche pour l’Étude de l’Observation des Conditions de vie).

Les français partent-ils tous en vacances ? 40 % des français ne sont pas partis en vacances en 2025. Les principales raisons invoquées par eux sont pour 62 % des raisons financières, pour 18 % des contraintes professionnelles, pour 12 % des raisons familiales ou de santé. 60 % des français font donc leurs valises au moins une fois par an mais le taux de départ en vacances est de 76 % chez les plus aisés et seulement de 42 % chez les plus modestes.

Quelle est la durée moyenne des séjours pour ceux qui partent ? La tendance est plutôt aux séjours plus courts mais plus fréquents : la durée moyenne d’un séjour est de 8,2 jours (contre 10,5 jours au début des années 2000), le nombre moyen de séjours par an est de 3,4 (contre 2,1 en 2000), les fins de semaine prolongées ont la cote avec 34 % de hausse depuis 2020. Le CREDOC explique ce fractionnement par « les RTT, l’essor des compagnies « low-coast » et le besoin de coupures régulières plutôt qu’une seule longue période ».

Que représente le budget vacances pour ceux qui partent ? Le poste « vacances » représente en moyenne 7 % de leur budget annuel, estimation qui ne reflète pas les fortes disparités entre milieux sociaux. Le budget moyen par séjour est de 1774 euros pour un couple avec enfants, alors que pour un célibataire ou un couple, on compte 892 euros par personne. Ce budget, toujours en moyenne, se décline en  23 % pour le transport, 45 % pour l’hébergement, 32 % pour la restauration et les activités.

Y a-t-il un écart entre classes sociales, entre ruraux et citadins ? On note que les cadres partent en moyenne 2,3 fois plus souvent que les ouvriers et que l’écart se creuse aussi entre les Franciliens, par exemple (qui partent plus) et les ruraux (qui partent moins). Le problème financier se  pose aussi plutôt au sein de la classe moyenne représentant une grande partie des français partant en vacances. En 2025, du fait de l’inflation, ils reconnaissent avoir réduit leurs dépenses pour les vacances, notamment en raccourcissant la durée de leurs séjours, voire en privilégiant des destinations plus proches.

La mer ou la montagne ? Évidemment, 58 % des vacanciers optent pour les vacances d’été et partent au moins une semaine entre mi-juillet et fin août, le pic semblant se produire autour du 15 août. Autre évidence, 73 % de ces familles calent leurs vacances durant les congés scolaires d’été. Quid des vacances d’hiver ? 42 % des français prennent au moins une semaine de congés entre Noël et début janvier (souvent période de fermeture de certaines entreprises), mais seulement 28 % des vacanciers partent aux sports d’hiver. Ce sont les vacances de la zone C (Paris) qui constituent le gros des départs au ski.



Document cinématographique , cliquez ici pour voir la vidéo


Document cinématographique rare, 1936, cliquez ici pour voir la vidéo


Document cinématographique rare, 1959, cliquez ici pour voir la vidéo

1979 : le dernier jour de classe


Document cinématographique rare, 1979, cliquez ici pour voir la vidéo

Départs 1936


Document cinématographique rare, 1936, cliquez ici pour voir la vidéo

Le cinéma et le Front populaire : Jean Renoir 

« La vie est à nous » 1936 (pilote du film)


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Un peu de propagande

« Les châteaux du bonheur » 1936 (les colonies de vacances)


Document cinématographique rare, 1936, cliquez ici pour voir la vidéo


Patrick PLUCHOT


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