Vive
les vacances !
Il
y a 90 ans déjà, les congés payés pour tous
Enfants
et parents découvrent les loisirs et la liberté
L’histoire
des congés payés ne commence pourtant pas à l’hôtel Matignon, dans la nuit du 7
au 8 juin 1936, avec la signature des fameux accords. L’empereur Napoléon III
avait institué les premiers le 9 novembre 1853… pour les seuls fonctionnaires.
Vinrent ensuite les congés octroyés notamment, entre 1900 et 1905, aux salariés
du métro parisien. Antoine Durafour, ministre du travail en 1925, propose d’élargir
à tous l’accès aux congés, en vain, les syndicats soutenaient plutôt la
réduction du temps de travail quotidien et l’augmentation des salaires. Onze ans
plus tard, la France adopte enfin les congés payés, libérant les adultes pour
quinze jours de liberté. Sous l’impulsion de Jean Zay et de Léo Lagrange, tous
deux ministres du Front populaire, les enfants ne seront pas oubliés, ce sera la
généralisation des départs en « colonies de vacances » pour les plus
démunis.
Les
colonies de vacances
Dès la fin de la Première
Guerre mondiale, les vertus thérapeutiques des colonies de vacances avaient
refait surface avec la recrudescence de la tuberculose et le constat d’une
jeunesse affaiblie par les privations. C’est l’État qui avait alors repris la
main en encadrant et subventionnant les camps de vacances. Les Caisses
d’assurances sociales lui emboîtèrent le pas en mettant en place les premiers
stages de formation de moniteurs. C’est dans ce contexte des années 30 que les
municipalités vont acquérir des propriétés pour envoyer « leurs colonies ».
Jean Zay,
ministre de l’Education nationale du Front populaire entouré d'enfants orléanais partant en colonie
de vacances aux Sables-d'Olonne, à la gare Montparnasse. Juillet 1937.
(Archives nationales)
L’Union Française des Colonies de
Vacances (UFCV) est reconnue d’utilité publique en 1934 et bientôt, la Ligue de l’Enseignement
propose de fédérer les colonies laïques au sein d’une seule organisation,
l’Union Fédérale des Œuvres de Vacances Laïques (UFOVAL). En 1936, le Front Populaire et l’arrivée des
congés payés vont changer la donne et c’est sous l’impulsion du sous-secrétaire
d’Etat aux loisirs et aux sport, Léo
Lagrange que seront votés les textes qui
vont jeter les bases des colonies de vacances modernes : circulaire du 17
avril 1937, instructions du 18 mai 1937, décret-loi du 17 juin 1938. Enfin, en
1938, Georges Lapierre va créer la Fédération
nationale des œuvres laïques de vacances d’enfants plus connue sous le nom
de « Jeunesse en plein air ».
Document cinématographique rare, 1936, cliquez ici pour voir la vidéo
Revoir aussi l’article du blog du 2 septembre 2021 Le temps béni des colonies… de vacances ! : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2021/09/dossier-de-rentree-les-jolies-colonies.html#more
Mais
avant : 1936
Contrairement à ce qui est
généralement admis, cette nuit du 7 au 8 juin, les accords signés concernent l’augmentation
généralisée des salaires de 7 à 15 %, la mise en place d’un salaire minimum, l’instauration
du délégué du personnel et la confirmation des libertés syndicales. En réalité,
les 15 jours de congés payés et la semaine de travail de 40 heures ne seront
votés que quelques jours plus tard par l’Assemblée nationale, exactement le 11
juin, avant la promulgation de la loi le 20 juin.
Ne nous leurrons pas, si la
classe ouvrière accède au temps libre, les moyens financiers dont elle dispose
pour profiter de ce nouveau droit restent insuffisants : malgré les
augmentations salariales, plus de la moitié du budget de l’ouvrier est consacrée
aux besoins alimentaires. En 1936, peu se risquent jusqu’à la plage… Certains
enfourchent tandems et vélos, d’autres vont même à pieds et plantent leurs
tentes sur les bords de Marne. On aurait donc tort de penser que les congés
payés ont déclenché une ruée vers un bord de mer fantasmé.
Nombreux sont ceux qui
passent leurs congés chez eux, à refaire peintures et tapisseries ou jardiner.
En tout cas, on ne part pas très loin, si ce n’est dans la famille, revoir les
proches jamais revus depuis l’éloignement dû aux lieux de travail. Plusieurs milliers
de travailleurs prennent le chemin des vacances grâce à Léo Lagrange et son « billet
populaire de congés annuels » mis en vente dès le 3 août 1936. Le BPCA,
aussi appelé le « billet Lagrange », était un tarif « social »
en France sur les voyages en chemin de fer, permettant une réduction de 25 %
sur un aller-retour par personne, pour les travailleurs lors de leurs congés
payés, pour un trajet de plus de 200 kms. On estime que 600 000 ouvriers
sont partis en vacances en 1936 (toutes distances confondues). En 1937, ce
seront 1 800 000 billets Lagrange qui seront vendus, permettant ainsi
la découverte des bords de mer, de la montagne ou tout simplement le retour au
village natal.
La
généralisation des Congés payés
L’existence de ces nouveaux
droits a entraîné inéluctablement un bouleversement de la société. Ce n’est pas
un hasard si l’on voit fleurir partout des Maisons de la culture, des Cinés
Liberté, des associations sportives (dont la Fédération sportive et gymnique du
travail) ou encore des associations de plein air : cyclotourisme, campings,
auberges de jeunesse, gîtes ruraux,… De nombreuses mesures sociales ou d’initiative
privée apparaissent alors : généralisation des réductions annuelles sur les
chemins de fer, création d’un ministère du Tourisme (« ministère de la paresse »
pour ses détracteurs), promotion des colonies de vacances dans les écoles et
dans les entreprises, développement des bains de mer.
Quant à la généralisation
des congés payés, ce n’est pas minimiser l’impact de la loi de 1936 que de
rappeler la lente progression puis le déclin des départs en vacances des
français. Pour preuve, les statistiques de l’INSEE sur les taux de départs en
vacances d’été, en fonction des catégories socio-professionnelles : 41 %
des ouvriers partaient en 1965 ; 46 % en 1974 ; 48,7 % en 1975 ;
52,1 % en 1976. Tout cela avec
parallèlement l’obtention de la 3e
semaine en 1955, de la 4e en 1962 (après la généralisation des
accords d’entreprise Renault), la 5e le 13 janvier 1982.
Et
après ?
Posons-nous quelques
questions dont les réponses nous sont apportées par l’INSEE, le Ministère du
Travail et le Credoc (Centre de Recherche pour l’Étude de l’Observation des
Conditions de vie).
Les
français partent-ils tous en vacances ? 40 % des français ne
sont pas partis en vacances en 2025. Les principales raisons invoquées par eux
sont pour 62 % des raisons financières, pour 18 % des contraintes
professionnelles, pour 12 % des raisons familiales ou de santé. 60 % des
français font donc leurs valises au moins une fois par an mais le taux de
départ en vacances est de 76 % chez les plus aisés et seulement de 42 % chez
les plus modestes.
Quelle
est la durée moyenne des séjours pour ceux qui partent ? La tendance
est plutôt aux séjours plus courts mais plus fréquents : la durée moyenne
d’un séjour est de 8,2 jours (contre 10,5 jours au début des années 2000), le
nombre moyen de séjours par an est de 3,4 (contre 2,1 en 2000), les fins de
semaine prolongées ont la cote avec 34 % de hausse depuis 2020. Le CREDOC
explique ce fractionnement par « les
RTT, l’essor des compagnies « low-coast » et le besoin de coupures
régulières plutôt qu’une seule longue période ».
Que
représente le budget vacances pour ceux qui partent ? Le
poste « vacances » représente en moyenne 7 % de leur budget annuel,
estimation qui ne reflète pas les fortes disparités entre milieux sociaux. Le
budget moyen par séjour est de 1774 euros pour un couple avec enfants, alors
que pour un célibataire ou un couple, on compte 892 euros par personne. Ce
budget, toujours en moyenne, se décline en
23 % pour le transport, 45 % pour l’hébergement, 32 % pour la
restauration et les activités.
Y
a-t-il un écart entre classes sociales, entre ruraux et citadins ? On
note que les cadres partent en moyenne 2,3 fois plus souvent que les ouvriers
et que l’écart se creuse aussi entre les Franciliens, par exemple (qui partent
plus) et les ruraux (qui partent moins). Le problème financier se pose aussi plutôt au sein de la classe
moyenne représentant une grande partie des français partant en vacances. En
2025, du fait de l’inflation, ils reconnaissent avoir réduit leurs dépenses
pour les vacances, notamment en raccourcissant la durée de leurs séjours, voire
en privilégiant des destinations plus proches.
La
mer ou la montagne ? Évidemment, 58 % des vacanciers optent
pour les vacances d’été et partent au moins une semaine entre mi-juillet et fin
août, le pic semblant se produire autour du 15 août. Autre évidence, 73 % de ces
familles calent leurs vacances durant les congés scolaires d’été. Quid des
vacances d’hiver ? 42 % des français prennent au moins une semaine de
congés entre Noël et début janvier (souvent période de fermeture de certaines
entreprises), mais seulement 28 % des vacanciers partent aux sports d’hiver. Ce
sont les vacances de la zone C (Paris) qui constituent le gros des départs au
ski.
Document cinématographique , cliquez ici pour voir la vidéo
Document cinématographique rare, 1936, cliquez ici pour voir la vidéo
Document cinématographique rare, 1959, cliquez ici pour voir la vidéo
1979 :
le dernier jour de classe
Document cinématographique rare, 1979, cliquez ici pour voir la vidéo
Départs
1936
Document cinématographique rare, 1936, cliquez ici pour voir la vidéo
Le
cinéma et le Front populaire : Jean Renoir
« La
vie est à nous » 1936 (pilote du film)
Document cinématographique rare, 1936, cliquez ici pour voir
la vidéo
Un peu de propagande
« Les châteaux du bonheur »
1936 (les colonies de vacances)
Document cinématographique rare, 1936, cliquez ici pour voir la vidéo
Patrick PLUCHOT













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