« Jeannette
Bourgogne », le film
Hymne à l’École
publique au temps du Front populaire
(jean-gourguet.fr, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)
Quand une héroïne en
cache une autre
C’est
en 1938 qu’est tourné, dans la région dijonnaise, le film Jeannette Bourgogne, le film de nos écoles, et notamment à Aisy-sous-Thil et Beaune. Il fut réalisé
par Jean Gourguet, cinéaste engagé auprès du Front populaire, il y dressa le
portrait d’une orpheline devenue institutrice dans la campagne bourguignonne,
prétexte pour évoquer le rôle de l’école publique dans la promotion sociale.
Blanchette Brunoy, actrice en vogue de l’époque, incarna Jeannette, l’héroïne
du film. Mais voilà que se profilait derrière la production de ce long métrage,
l’ombre d’une autre héroïne, orpheline et institutrice elle aussi, mais bien
réelle celle-là, que le destin plongera dans la Résistance et dans l’oubli
aujourd’hui : Odette Jarlaud. C’est l’histoire d’Odette et de ce film
plein d’espoir et de confiance dans l’école qui va vous être contée ici.
(jean-gourguet.fr, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)
Jean GOURGUET, cinéaste, 1902-1994 (jean-gourguet.fr, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)
Le film
L’avènement du Front populaire offre de
nouvelles perspectives avec un projet culturel innovant : le cinéma
parlant, la radiodiffusion, le théâtre, les musées doivent s’ouvrir à tous et
raconter aussi la vie des humbles. Des cinéastes de renom avaient déjà tourné quelques
films dans cet esprit : La vie est à
nous de Jean Renoir en 1936, Le temps des cerises de Jean-Paul Le Chanois en 1937 pour ne
citer qu’eux. Jean Gourguet s’inscrivit
donc dans ce mouvement culturel républicain fondé sur la devise liberté,
égalité, fraternité en vantant les mérites de l’École publique, garante de la
promotion sociale, dans son film Jeannette
Bourgogne - Le film de nos écoles.
Générique du film (capture d’écran)
Damien-Henri Vincent, Président d’honneur de
l’Association bourguignonne des sociétés savantes, résume ainsi l’œuvre de
Gourguet : « Tourné en 1938
dans l’esprit du Front populaire par Jean Gourguet, avec la jeune comédienne
Blanchette Brunoy et financé en grande partie par les enseignants de la
Côte-d’Or, Jeannette Bourgogne – Le
film de nos écoles, est à la fois une fiction, un documentaire et un
acte militant voire politique. En racontant le parcours de vie d’une jeune orpheline
qui devient institutrice, le film, émouvant à plus d’un titre, montre le rôle
social et éducatif de l’école publique française de la maternelle à l’école
normale. Il évoque en particulier l’expérimentation en Bourgogne de classes
préscolaires, un modèle ultérieurement adopté dans quarante-et-un pays. Il
présente également l’importance des œuvres périscolaires laïques, y compris
dans le domaine médico-social. La Bourgogne urbaine et rurale, celle des vignes
et des bocages, est plus qu’un cadre pittoresque pour des extérieurs de
cinéma : elle révèle la vocation universelle de l’enseignement public. Jeannette Bourgogne - Le film de nos écoles est
celui de l’école pour tous. »
(jean-gourguet.fr, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)
Le film « Jeannette
Bourgogne » va bénéficier d’un financement local et d’un large soutien
de l’Œuvre des pupilles de l’école publique, de l’Inspection académique du
département et de la ville de Dijon. C’est en particulier l’apport du SNI de
Côte-d’Or (Syndicat National des Instituteurs), à l’époque affilié à la CGT,
qui va permettre le tournage de ce film, grâce à une souscription syndicale
initiée et organisée par une institutrice militante, au demeurant
Vice-présidente des Délégués départementaux de l’éducation nationale (DDEN) :
Odette JARLAUD. À la fin de 1937, les
parties prenantes du projet, dont le SNI de Côte-d’Or avaient fondé un
« Comité du film Jeannette Bourgogne » avec une levée de fonds
collective par émission de 6 000 bons de 25 francs (J.O. du 29/11/1937). Le
coût du film était alors estimé entre 250 000 et 300 000 francs. La
souscription fut complétée par la vente de pochettes de six photos du film au
prix de 5 francs.
Un bon de Mlle Odette Jarlaud, Fonds Jarlaud
(ADIAMOS)
Voilà donc comment est apparue Odette Jarlaud dans l’histoire de ce
film. Nous détaillerons sa biographie dans la suite de l’article. Pour l’heure,
elle est à Beaune depuis mars 1937, après avoir suivi des études
complémentaires qui l’ont conduite au professorat dans les Cours
complémentaires et Écoles primaires supérieures (ancêtres des collèges). Elle y
enseigne les sciences et les mathématiques au Cours complémentaire de jeunes
filles (actuel collège Jules Ferry), ce qui explique que certaines scènes du
film aient été tournées là-bas, ainsi qu’à Savigny-lès-Beaune dont Jeannette
serait issue. La totalité du film aura pour décor Dijon et sa région. Le
spectateur va découvrir, au fil des épisodes de la vie de Jeannette, le
groupe scolaire de la Maladière à Dijon, le village d’Aisy-sous-Thil, de
Gevrey-Chambertin (colonie), de Crimolois, de Savigny-lès-Beaune (sa famille),
de Coutivert (école de plein-air), la ville de Beaune (Cours complémentaire
après le certificat d’études) et l’École Normale de Dijon.
Bulletin de l’Amicale des anciens élèves de l’EN de
Dijon, 1983 (collection privée)
Le film va montrer à la fois la société
bourguignonne de l’époque, mais aussi l’impact des crises économiques et
sociales. De Savigny-lès-Beaune, on verra les typicités vigneronnes avec la
séquence des vendanges et l’évocation de la vie paysanne avec les
grands-parents de Jeannette. Des problèmes sociaux, on verra la vaine recherche
d’emploi du père de Jeannette, veuf, retournant chez ses parents, ne pouvant
s’occuper de sa fille et la plaçant dans une colonie maternelle pour enfants
souffreteux…
(jean-gourguet.com, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)
Autre particularité du film, hormis Blanchette Brunoy (au demeurant actrice
dijonnaise), la plupart des acteurs et figurants sont des bénévoles, notamment
les professeurs (dont Odette Jarlaud)
qui jouent leur propre rôle à l’écran durant les huit minutes qui sont
consacrées au passage de la jeune Jeannette au sein du Cours complémentaire de
filles de Beaune. On notera aussi la présence de trois jeunes dijonnaises :
Lili Quenot, Michelle Berthole et Huguette
Paquet, qui incarnèrent Jeannette aux divers âges de son enfance et de
J. Orcel, secrétaire de l’Inspection
académique dans le rôle du père !
Scène du film, arrivée de Jeannette et son
papa à la maternelle : Lili Quenot et J. Orcel (capture d’écran)
Cette longue séquence au Cours complémentaire
met en valeur cette école beaunoise flambant neuve, ouverte aux élèves en 1937,
qualifiée par les autorités « d’une
des plus belles écoles de France, particulièrement moderne pour Beaune et
unique en Bourgogne ». Plus qu’un décor de film, la mise en scène
tient à montrer ce fleuron de l’école républicaine, comme le rappelle Maxime
Guillauma dans son mémoire, dans un des dialogues qui met en scène le père
et la directrice avec pour arrière-plan l’ancien collège des filles, austère et
vétuste. Le père questionne :
« On
vous en a fait une bien belle école !
-
Ah oui, et c’était
bien nécessaire, si vous connaissiez l’ancienne.
-
Oui, près du
tribunal ;
-
Oui, ce n’était pas
du luxe.
-
N’est-ce
pas ? »
Scène du film, « On vous en a fait une
bien belle école » : Huguette Paquet, J. Orcel et la Directrice
(capture d’écran)
Nouveau collège de filles (Archives
municipales de Beaune)
Scène du film, arrivée de Jeannette et son
papa au collège (capture d’écran)
Ancienne école de filles (delcampe.fr)
Scène du film, ancienne école de filles
(capture d’écran)
Scène du film, cours de sciences au collège, Odette
Jarlaud dans son propre rôle surveillant ses élèves (capture d’écran)
Cette séquence importante du film va mettre
en avant un cours de sciences où l’on peut voir Odette Jarlaud, mais aussi des activités plus classiques concernant
l’éducation des filles, que la modernité des lieux n’aura pas occultées :
des cours ménagers et des cours de cuisine !
(jean-gourguet.com, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)
Le tournage à Dijon va être le théâtre d’une
rencontre amoureuse. Une jeune figurante va prendre une importance toute
particulière : Michèle Darvaux,
à l’époque élève à l’École Normale de Dijon. Ce fut le coup de foudre entre
l’actrice en herbe et le réalisateur. Jean
Gourguet l’épousera en secondes noces quelques années plus tard (1).
Le film va connaître un accueil favorable
dans toute la presse régionale et nationale, même auprès des journaux
fustigeant par ailleurs le Front populaire, tel le Progrès de la Côte-d’Or ou
encore le Journal de Beaune. Sa sortie sera reprise par le Figaro et
Paris-Soir. La reconnaissance est immédiate.
La
Bourgogne Républicaine, 4 novembre 1938 (gallica.Bnf.fr)
Journal
de Beaune, 22 novembre 1938 (gallica.Bnf.fr)
Le
Figaro, 28 décembre 1938 (retronews.fr)
Le
Travailleur de l’Yonne-Côte-d’Or,
9 juillet 1938, article d’Odette Jarlaud (gallica.Bnf.fr)
Le
Travailleur de l’Yonne-Côte-d’Or,
9 juillet 1938, article d’Odette Jarlaud (retronews.fr)
« Jeannette Bourgogne » fut diffusé
à Paris, en octobre 1938, puis visionné par Jean Zay, Ministre de l’Education Nationale, lors d’une séance
spéciale organisée salle Pleyel, le 24 février 1939. Le film avait été présenté
auparavant à Dijon, au théâtre municipal, sous la présidence du ministre, le 4
novembre 1938, en présence du député-maire Robert
Jardillier. Il fut ensuite programmé au cinéma Grande Taverne de Dijon et
il fut sélectionné pour être diffusé au Pavillon français de l’Exposition
universelle de New-York, en août 1939, couronnement de son succès.
(jean-gourguet.com, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)
(jean-gourguet.com, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)
Comme le soulignait Le Figaro dans l’article
du 28 décembre 1938, le film n’eut probablement pas le succès populaire qu’il
méritait. Il faudra attendre le 1er octobre 1982 pour que le Cercle
laïque le projette à nouveau dans le cadre du centenaire des lois Ferry, avant
de retomber dans l’oubli.
Le film ne réapparaît ensuite, et pour la
dernière fois, qu’en septembre 2013, découvert, au hasard de recherches, par Lionel Julienne, maire de
Précy-sous-Thil (lieu de tournage). Très peu de copies en avaient été faites et
il y en avait bien une à la Bibliothèque nationale à Paris… seulement
consultable sur place. Grâce à l’autorisation de Geneviève Costovici-Gourguet et de son frère, ayants-droits sur
l’œuvre de Jean Gourguet, Lionel Julienne organisa deux
projections, les 21 et 25 septembre 2013, ainsi qu’une exposition sur le film
et la vie du cinéaste. Treize ans se
sont écoulés et ce film d’anthologie sera de retour en Bourgogne pour une
projection unique le 16 octobre 2026, à Montceau-les-Mines, à 18 heures, dans
le cadre du colloque 2026 de l’Association Bourguignonne des Sociétés Savantes
de Bourgogne, organisé cette année par nos amis de la Physiophile de Montceau, dont
le thème sera « Enfance et éducation en Bourgogne ».
La boucle sera ainsi bouclée et pour
longtemps sans doute. Ce film restera, avec d’autres, bien sûr, un objet
culturel remarquable, apportant la preuve que d’une initiative locale, peut
naître un projet populaire, profondément humain, montrant l’imaginaire
républicain et cette volonté de s’unir pour un idéal, au-delà des clivages. Il
est notable que la population locale a plébiscité cette réalisation, y compris
dans sa partie hostile au Front populaire, alors même qu’elle fut portée par
une militante communiste. Cette parenthèse culturelle allait s’éteindre bientôt
avec Pétain et le Régime de Vichy. Si le film « Jeannette Bourgogne »,
parti de la province, avait fini son ascension au plus haut sommet de l’État,
les années noires mettraient fin à ces allers et retours culturels entre le
national et le local.
Odette Jarlaud,
institutrice militante et résistante
Revenons à notre seconde héroïne : Odette Jarlaud. Elle naquit le 1er
février 1911 en Côte-d’Or et y mourut le 18 janvier 2002. Orpheline d’un père
vigneron mort au front en octobre 1918, elle fut déclarée pupille de la Nation,
ce qui lui permit de poursuivre des études et d’accéder au concours de l’École
Normale de Dijon où elle fut admise en octobre 1926. Comme beaucoup de
débutantes, ses premiers postes la conduisirent dans des villages ruraux :
à Menesbles, d’octobre 1929 à janvier 1932, à Étaules, de janvier 1933 à février
1937. Parallèlement, dès 1933, elle avait suivi les cours de sciences à la
faculté de Dijon d’où elle était sortie licenciée en 1936. Elle rentra ainsi
comme professeur de sciences et de mathématiques au Cours complémentaire de
filles de Beaune. Elle aurait dû y rester jusqu’après la guerre si les
tragiques évènements à venir n’avaient bouleversé sa vie. Elle rejoignit toutefois
le Cours complémentaire de la Trémouille à Dijon, à la Libération, d’octobre
1945 à septembre 1966, date de sa retraite.
Dès sa nomination d’octobre 1929, elle adhéra
à l’Union laïque, syndicat unitaire de l’enseignement. En 1934, elle cofonda le
« Groupe des Jeunes » et son bulletin La voix des Jeunes, elle fut trésorière du mouvement. Devenue membre du bureau de l’Union
laïque, elle entra au bureau de la section unifiée du SNI (Syndicat National
des Instituteurs) en novembre 1935. Après y avoir exercé les fonctions de
trésorière-secrétaire du canton Dijon-rural, puis de Beaune Nord, elle fut élue
au CDEP (Conseil Départemental de l’Enseignement Primaire) en mai 1938.
C’est en 1934 qu’elle adhéra au parti
communiste. Elle devint responsable de la rédaction du journal Le Travailleur de Bourgogne et membre du
comité de la Côte-d’Or en 1938 et 1939. Elle se prononça contre les accords de
Munich et s’opposa au secrétaire général du SNI, André Delmas. Dès lors, elle ne figura plus parmi les responsables
du syndicat et, finalement, le 26 novembre 1940, le préfet de Côte-d’Or demanda
au secrétaire d’État à l’Instruction publique, l’autorisation de prendre des
« mesures sévères » contre quatre militants, dont elle. En juin 1940,
Odette Jarlaud contribua à la
renaissance clandestine de ce qui allait devenir le Front national et à la
création du journal La Bourgogne
combattante fondé par André Blanc.
(gallica-Bnf.fr)
En octobre 1943, menacée d’arrestation,
Odette entre dans la clandestinité. Elle prend le pseudonyme de « Françoise » et, dès février
1944, assure la liaison entre le bureau confédéral de la CGT clandestine et les
fédérations d’industrie. En mai de la même année, elle participe à la
réorganisation des sections syndicales départementales de la Côte-d’Or, de la
Marne, de l’Yonne, du Doubs, du Jura, de la Saône-et-Loire et de l’Ain. En
septembre 1944 paraît le N°6 de L’École
libératrice dans lequel elle est signataire, en tant que membre du comité
directeur clandestin, de l’appel pour reconstituer un syndicat national des
instituteurs.
(gallica-Bnf.fr)
Dans ce numéro est expliqué
comment quelques militants, dont elle faisait partie, se sont emparés du
ministère de l’Education nationale, le samedi 19 août au matin, durant l’insurrection
de Paris. À la Libération, elle retrouve ses fonctions au CDEP (Conseil
Départemental de l’Enseignement Primaire) dont elle avait été suspendue par
l’administration en 1939. Outre les nombreuses responsabilités qu’elle exerça
au sein du syndicat (elle fut notamment la première femme de France à occuper
le poste de Secrétaire départemental du SNI), elle n’oublia pas les liens qui
l’unissaient à l’enseignement auprès de ses élèves. Ainsi, lors de la journée
pédagogique du 16 juillet 1958, organisée avant le congrès syndical de Brest,
elle intervint sur la préparation du brevet dans les Cours complémentaires, à
la suite du rapport de sa consoeur de Montceau-les-Mines Jeanne Lordon (2) sur le « caractère original de l’enseignement dans les Cours complémentaires
et les orientations possibles des élèves ».
Déjà en 1946, elle avait
mené la mobilisation contre la circulaire ministérielle du 23 janvier 1946 qui
envisageait la fusion de « son » collège de filles de Beaune avec le
collège de garçons. La mixité n’était pas en cause dans son action mais elle
alertait sur le danger que présenterait cette fusion, eu égard au fait que
beaucoup de parents pourraient mettre leurs enfants dans les trois écoles
libres de Beaune afin d’éviter d’aller dans un collège unique surpeuplé. Elle
rejoignait ainsi le combat d’après-guerre pour la laïcité tant malmenée par le
Régime de Vichy (3). Elle eut gain de cause et le collège de filles de Beaune
resta en place jusqu’en 1970.
Odette Jarlaud siègea aussi aux Conseils
d’administration de la Caisse primaire d’assurances sociales et de la Mutuelle
Générale de l’Education Nationale à partir de 1947. À sa retraite, elle resta
Vice-présidente de la section départementale de la MGEN, Secrétaire générale de
la Fédération des retraités civils et militaires, Déléguée Départementale de
l’Education Nationale, Vice-présidente des DDEN et membre du Conseil
d’administration de l’ Œuvre des pupilles de l’école publique.
Sources et
bibliographie :
-
Archives musée de la Maison d’école.
-
Archives ADIAMOS, Fonds
Odette Jarlaud.
-
Fonds photographique du musée (Jeanne Lordon).
-
Le Maitron, Jeanne
Claudia Lordon et Odette Marie
Jarlaud par Jacques
Girault, 2010.
-
Geneviève
Costovici-Gourguet, « à
notre père Jean Gourguet (1902-1994) ».
-
Le
Normalien Dijonnais, Numéro spécial « Jeannette Bourgogne », 1983.
-
« Jeannette
Bourgogne », le film, cassette VHS (1983) et DVD, copies reproduites pour
le musée par l’Amicale des Anciens Normaliens de l’EN de Dijon et l’aimable
autorisation de M. Breuil son Président.
-
Le
Front populaire 1934-1938, Jean
Vigreux, Presses Universitaires de France, 2011.
-
Journal
officiel de la République Française, 29 novembre 1937.
-
Mémoire de Master II Université de Bourgogne, Maxime Guillauma, Entre crises et espoir sous le signe du Front populaire : l’arrondissement de Beaune dans les années
trente.
-
Gallica.Bnf.fr
-
Retronews.fr
(1) : Extrait du site jean-gourguet.com : À notre père Jean Gourguet, édité par ses enfants :
« Sa
seconde et dernière épouse, Michelle qui fut sa fidèle collaboratrice comme
coscénariste et assistante. Il l'avait rencontrée sur le tournage de
"Jeannette Bourgogne" où elle était figurante comme élève de l'École
Normale de Dijon. Ce fut un coup de foudre; il l'épousa après son divorce
quelques années plus tard.
Bourguignonne,
Michelle, Raymonde, Alice DARVAUX
est née le 16 février 1919 à JOURS-EN-VAUX (Côte d’Or) au retour de la guerre
de 1914 de son père gravement blessé sur le front (laissé pour mort sur le
champ de bataille, sauvé paradoxalement par l’ennemi allemand et transféré
successivement dans 4 de leurs hôpitaux). Elle nourrit toute sa vie un amour
immense pour ce père doté d’une joie de vivre, d’une générosité et d’un amour
des autres exceptionnels.
Selon elle, sa mère ne l’aurait jamais aimée car elle est née « différente »
des autres enfants : la petite Michelle est blonde platine, malheureusement
pour elle avant la mode des stars de Hollywood et la naissance du mythe de la
blonde fatale ! De mémoire d’anciens, on n’avait jamais vu cela dans ces petits
hameaux du Morvan, à la limite de la côte des vins. Seule explication, un
arrière-grand-père anglais blond aux yeux bleus venu pour creuser le Canal de
Bourgogne et qui n’est plus jamais reparti… Elle souffre de cette différence et
décide de ne plus jamais pleurer et d’être meilleure que tous ses camarades
dont parfois la bêtise lui fait mal (sans parler de celle des adultes).
À l’époque, il est hors de question pour les enfants de ces villages pauvres de
poursuivre des études. L’été, on aide aux champs et on ne fréquente guère
l’école que, de toutes façons, on quitte au Certificat d’études à 14 ans. Mais
la petite Michelle est trop douée et ses instituteurs l’aident à franchir tous
les obstacles, y inclus le refus de ses parents qui n’avaient pas l’argent de
payer des études : elle sera pupille de la Nation. Elle est reçue brillamment à
tous ses examens puis au Concours de l’école Normale de filles de Dijon. Douée
également pour le dessin, elle s’inscrit aux Beaux-Arts de Dijon. Sa voie était
toute tracée, elle serait enseignante et dirigerait une école de la République
qui l’avait sortie du rang.
C’était sans compter avec la destinée car une équipe de cinéastes vient
s’installer dans les locaux de l’École Normale pour réaliser un film en commandite
avec l’Education Nationale, « Jeannette Bourgogne » avec Blanchette BRUNOY en 1938. Le metteur
en scène est le jeune et séduisant Jean
GOURGUET, alors âgé de 36 ans, au charme méditerranéen. Elle est choisie
pour figurer et dire quelques mots. Elle jure qu’on ne l’y reprendra plus
(c’est exact car malgré son physique, elle est toujours restée derrière la
caméra. Elle n’aime pas être photographiée ni être mise en valeur bien que
jolie).
Elle et
ses camarades décrètent que « ces gens du cinéma venus de Paris sont
prétentieux et n’ont même pas la délicatesse de leur donner des places
gratuites à la première du film faite en grande pompe à DIJON, alors qu’elles
avaient donné de leurs économies et figuré pour certaines… ». Toujours est-il
que c’est le coup de foudre entre mon père, alors séparé de sa première femme,
et la jeune normalienne plus jeune de 17 années. Elle termine ses études et il
revient alors l’enlever… C’est le début d’une longue histoire d’amour (il
l’épousera en 1947, lorsqu’il obtiendra enfin son jugement de divorce). »
(2) : Jeanne Lordon :
Jeanne Lordon et ses élèves lors de son
départ (collection musée)
Jeanne Lordon (1915-2000) est reconnue
pupille de la Nation à la suite du décès de son père mort pour la France en Champagne
en 1915. Après une enfance à Sigy-le-Chatel (71), elle entra comme interne au
Cours complémentaire de filles de Chalon-sur-Saône, en 1927 et y poursuivit sa
scolarité jusqu’en 1931, date à laquelle elle réussit au concours d’entrée à
l’École Normale de Mâcon. C’est à cette époque qu’elle prit connaissance, en
bonne normalienne, des « incontournables » de la profession :
les adhésions à la mutuelle MGEN et au syndicat SNI, lectrice assidue qu’elle
était du journal L’École Libératrice. Elle adhère au SNI dès 1935 et s’abonne au
journal L’École émancipée. Elle devient membre du « Groupe
jeune » fondé par Odette Jarlaud grâce à laquelle elle souscrira à l’unité
syndicale au moment du Front populaire.
C’est lors d’une nomination à Epinac-les-Mines,
de 1934 à 1936, qu’elle découvre dans une école de filles, une classe faisant
office de Cours complémentaire dans lequel elle va enseigner le français,
l’histoire-géographie, l’éducation physique et les travaux manuels. Elle fut
ensuite nommée à Montceau-les-Mines, à l’école de filles du Bois-du-Verne où
elle restera jusqu’en 1942. Très active, elle contribua à de nombreuses
associations, participant à la création de la société de gymnastique
« Montceau-Fémina » et aux activités des auberges de jeunesse.
D’octobre 1943 à 1953, elle enseigna pour la
première fois au Cours complémentaire de Montceau-les-Mines, dans toutes les
disciplines, puis uniquement le français à partir de 1948. Elle prit ensuite la
direction du Cours complémentaire de filles du faubourg Saint-Jean à Autun jusqu’en
1957 où elle revint à Montceau pour prendre la double direction de l’école
primaire de filles de la rue Carnot et du Cours complémentaire de filles de
l’avenue de l’Hôpital, laissés vacants à la suite de la retraite d’Hélène
Thomas (née Chevrot) (4). Elle y enseigna parallèlement le français et la
morale en classe de 3e et assura les cours préparatoires des élèves au concours
d’entrée de l’école normale. À partir de 1958, elle conserva la direction du
seul Cours complémentaire qui devint collège d’enseignement général (CEG qui
prit le nom de collège Saint-Exupéry).
Jeanne Lordon, chargée de la collecte des
cotisations du syndicat à l’automne 1944 lors de la reconstitution de la
section départementale du Syndicat National des Instituteurs, fut élue au début
de 1945 au conseil syndical et fut déléguée au congrès national du SNI de
Montreuil en décembre 1945 où elle prit les fonctions de Secrétaire pédagogique
du syndicat.
Jeanne Lordon au Congrès de la Fédération de
l’Education Nationale de novembre 1962, elle y est alors toujours Secrétaire
pédagogique auprès de Pierre Desvalois alors secrétaire général du SNI
(Archives nationales)
(3) : Voir l’article du
blog du Musée de la Maison d’École Regard
sur l’école sous le Régime de Vichy, juin 1940-septembre 1945, 2018 : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2018/06/lecole-sous-vichy.html#more
















































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