vendredi 5 juin 2026

"Jeannette Bourgogne". Hymne à l'Ecole publique au temps du Front populaire

 

« Jeannette Bourgogne », le film

Hymne à l’École publique au temps du Front  populaire

(jean-gourguet.fr, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)

 

Quand une héroïne en cache une autre

 

C’est en 1938 qu’est tourné, dans la région dijonnaise, le film Jeannette Bourgogne, le film de nos écoles, et notamment à Aisy-sous-Thil et Beaune. Il fut réalisé par Jean Gourguet, cinéaste engagé auprès du Front populaire, il y dressa le portrait d’une orpheline devenue institutrice dans la campagne bourguignonne, prétexte pour évoquer le rôle de l’école publique dans la promotion sociale. Blanchette Brunoy, actrice en vogue de l’époque, incarna Jeannette, l’héroïne du film. Mais voilà que se profilait derrière la production de ce long métrage, l’ombre d’une autre héroïne, orpheline et institutrice elle aussi, mais bien réelle celle-là, que le destin plongera dans la Résistance et dans l’oubli aujourd’hui : Odette Jarlaud. C’est l’histoire d’Odette et de ce film plein d’espoir et de confiance dans l’école qui va vous être contée ici.

(jean-gourguet.fr, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)

Jean GOURGUET, cinéaste, 1902-1994 (jean-gourguet.fr, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)

 

Le film

L’avènement du Front populaire offre de nouvelles perspectives avec un projet culturel innovant : le cinéma parlant, la radiodiffusion, le théâtre, les musées doivent s’ouvrir à tous et raconter aussi la vie des humbles. Des cinéastes de renom avaient déjà tourné quelques films dans cet esprit : La vie est à nous de Jean Renoir en 1936, Le temps des cerises de Jean-Paul Le Chanois en 1937 pour ne citer qu’eux. Jean Gourguet s’inscrivit donc dans ce mouvement culturel républicain fondé sur la devise liberté, égalité, fraternité en vantant les mérites de l’École publique, garante de la promotion sociale, dans son film Jeannette Bourgogne - Le film de nos écoles.



Générique du film (capture d’écran)

Damien-Henri Vincent, Président d’honneur de l’Association bourguignonne des sociétés savantes, résume ainsi l’œuvre de Gourguet : « Tourné en 1938 dans l’esprit du Front populaire par Jean Gourguet, avec la jeune comédienne Blanchette Brunoy et financé en grande partie par les enseignants de la Côte-d’Or, Jeannette Bourgogne – Le film de nos écoles, est à la fois une fiction, un documentaire et un acte militant voire politique. En racontant le parcours de vie d’une jeune orpheline qui devient institutrice, le film, émouvant à plus d’un titre, montre le rôle social et éducatif de l’école publique française de la maternelle à l’école normale. Il évoque en particulier l’expérimentation en Bourgogne de classes préscolaires, un modèle ultérieurement adopté dans quarante-et-un pays. Il présente également l’importance des œuvres périscolaires laïques, y compris dans le domaine médico-social. La Bourgogne urbaine et rurale, celle des vignes et des bocages, est plus qu’un cadre pittoresque pour des extérieurs de cinéma : elle révèle la vocation universelle de l’enseignement public. Jeannette Bourgogne - Le film de nos écoles est celui de l’école pour tous. »

(jean-gourguet.fr, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)

 

Le film « Jeannette Bourgogne » va bénéficier d’un financement local et d’un large soutien de l’Œuvre des pupilles de l’école publique, de l’Inspection académique du département et de la ville de Dijon. C’est en particulier l’apport du SNI de Côte-d’Or (Syndicat National des Instituteurs), à l’époque affilié à la CGT, qui va permettre le tournage de ce film, grâce à une souscription syndicale initiée et organisée par une institutrice militante, au demeurant Vice-présidente des Délégués départementaux de l’éducation nationale (DDEN) : Odette JARLAUD. À la fin de 1937, les parties prenantes du projet, dont le SNI de Côte-d’Or avaient fondé un « Comité du film Jeannette Bourgogne » avec une levée de fonds collective par émission de 6 000 bons de 25 francs (J.O. du 29/11/1937). Le coût du film était alors estimé entre 250 000 et 300 000 francs. La souscription fut complétée par la vente de pochettes de six photos du film au prix de 5 francs.



Un bon de Mlle Odette Jarlaud, Fonds Jarlaud (ADIAMOS)

 

Voilà donc comment est apparue Odette Jarlaud dans l’histoire de ce film. Nous détaillerons sa biographie dans la suite de l’article. Pour l’heure, elle est à Beaune depuis mars 1937, après avoir suivi des études complémentaires qui l’ont conduite au professorat dans les Cours complémentaires et Écoles primaires supérieures (ancêtres des collèges). Elle y enseigne les sciences et les mathématiques au Cours complémentaire de jeunes filles (actuel collège Jules Ferry), ce qui explique que certaines scènes du film aient été tournées là-bas, ainsi qu’à Savigny-lès-Beaune dont Jeannette serait issue. La totalité du film aura pour décor Dijon et sa région. Le spectateur va découvrir, au fil des épisodes de la vie de Jeannette, le groupe scolaire de la Maladière à Dijon, le village d’Aisy-sous-Thil, de Gevrey-Chambertin (colonie), de Crimolois, de Savigny-lès-Beaune (sa famille), de Coutivert (école de plein-air), la ville de Beaune (Cours complémentaire après le certificat d’études) et l’École Normale de Dijon. 

Bulletin de l’Amicale des anciens élèves de l’EN de Dijon, 1983 (collection privée)

Le film va montrer à la fois la société bourguignonne de l’époque, mais aussi l’impact des crises économiques et sociales. De Savigny-lès-Beaune, on verra les typicités vigneronnes avec la séquence des vendanges et l’évocation de la vie paysanne avec les grands-parents de Jeannette. Des problèmes sociaux, on verra la vaine recherche d’emploi du père de Jeannette, veuf, retournant chez ses parents, ne pouvant s’occuper de sa fille et la plaçant dans une colonie maternelle pour enfants souffreteux…

(jean-gourguet.com, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)

 

Autre particularité du film, hormis Blanchette Brunoy (au demeurant actrice dijonnaise), la plupart des acteurs et figurants sont des bénévoles, notamment les professeurs (dont Odette Jarlaud) qui jouent leur propre rôle à l’écran durant les huit minutes qui sont consacrées au passage de la jeune Jeannette au sein du Cours complémentaire de filles de Beaune. On notera aussi la présence de trois jeunes dijonnaises : Lili Quenot, Michelle Berthole et Huguette Paquet, qui incarnèrent Jeannette aux divers âges de son enfance et de J. Orcel, secrétaire de l’Inspection académique dans le rôle du père !

Scène du film, arrivée de Jeannette et son papa à la maternelle : Lili Quenot et J. Orcel (capture d’écran)

 

Cette longue séquence au Cours complémentaire met en valeur cette école beaunoise flambant neuve, ouverte aux élèves en 1937, qualifiée par les autorités « d’une des plus belles écoles de France, particulièrement moderne pour Beaune et unique en Bourgogne ». Plus qu’un décor de film, la mise en scène tient à montrer ce fleuron de l’école républicaine, comme le rappelle Maxime Guillauma dans son mémoire, dans un des dialogues qui met en scène le père et la directrice avec pour arrière-plan l’ancien collège des filles, austère et vétuste. Le père questionne :

« On vous en a fait une bien belle école !

-       Ah oui, et c’était bien nécessaire, si vous connaissiez l’ancienne.

-       Oui, près du tribunal ;

-       Oui, ce n’était pas du luxe.

-       N’est-ce pas ? »

Scène du film, « On vous en a fait une bien belle école » : Huguette Paquet, J. Orcel et la Directrice (capture d’écran)



Nouveau collège de filles (Archives municipales de Beaune)

Scène du film, arrivée de Jeannette et son papa au collège (capture d’écran)

Ancienne école de filles (delcampe.fr)

Scène du film, ancienne école de filles (capture d’écran)

Scène du film, cours de sciences au collège, Odette Jarlaud dans son propre rôle surveillant ses élèves (capture d’écran)

 

Cette séquence importante du film va mettre en avant un cours de sciences où l’on peut voir Odette Jarlaud, mais aussi des activités plus classiques concernant l’éducation des filles, que la modernité des lieux n’aura pas occultées : des cours ménagers et des cours de cuisine !

(jean-gourguet.com, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)

 

Le tournage à Dijon va être le théâtre d’une rencontre amoureuse. Une jeune figurante va prendre une importance toute particulière : Michèle Darvaux, à l’époque élève à l’École Normale de Dijon. Ce fut le coup de foudre entre l’actrice en herbe et le réalisateur. Jean Gourguet l’épousera en secondes noces quelques années plus tard (1).

 

Le film va connaître un accueil favorable dans toute la presse régionale et nationale, même auprès des journaux fustigeant par ailleurs le Front populaire, tel le Progrès de la Côte-d’Or ou encore le Journal de Beaune. Sa sortie sera reprise par le Figaro et Paris-Soir. La reconnaissance est immédiate.






La Bourgogne Républicaine, 4 novembre 1938 (gallica.Bnf.fr)



Journal de Beaune, 22 novembre 1938 (gallica.Bnf.fr)




Le Figaro, 28 décembre 1938 (retronews.fr)




Le Travailleur de l’Yonne-Côte-d’Or, 9 juillet 1938, article d’Odette Jarlaud (gallica.Bnf.fr)





Le Travailleur de l’Yonne-Côte-d’Or, 9 juillet 1938, article d’Odette Jarlaud (retronews.fr)

 

« Jeannette Bourgogne » fut diffusé à Paris, en octobre 1938, puis visionné par Jean Zay, Ministre de l’Education Nationale, lors d’une séance spéciale organisée salle Pleyel, le 24 février 1939. Le film avait été présenté auparavant à Dijon, au théâtre municipal, sous la présidence du ministre, le 4 novembre 1938, en présence du député-maire Robert Jardillier. Il fut ensuite programmé au cinéma Grande Taverne de Dijon et il fut sélectionné pour être diffusé au Pavillon français de l’Exposition universelle de New-York, en août 1939, couronnement de son succès.


(jean-gourguet.com, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)


(jean-gourguet.com, Crédit Geneviève Costovici-Gourguet)

 

Comme le soulignait Le Figaro dans l’article du 28 décembre 1938, le film n’eut probablement pas le succès populaire qu’il méritait. Il faudra attendre le 1er octobre 1982 pour que le Cercle laïque le projette à nouveau dans le cadre du centenaire des lois Ferry, avant de retomber dans l’oubli.


Le film ne réapparaît ensuite, et pour la dernière fois, qu’en septembre 2013, découvert, au hasard de recherches, par Lionel Julienne, maire de Précy-sous-Thil (lieu de tournage). Très peu de copies en avaient été faites et il y en avait bien une à la Bibliothèque nationale à Paris… seulement consultable sur place. Grâce à l’autorisation de Geneviève Costovici-Gourguet et de son frère, ayants-droits sur l’œuvre de Jean Gourguet, Lionel Julienne organisa deux projections, les 21 et 25 septembre 2013, ainsi qu’une exposition sur le film et la vie du cinéaste. Treize ans se sont écoulés et ce film d’anthologie sera de retour en Bourgogne pour une projection unique le 16 octobre 2026, à Montceau-les-Mines, à 18 heures, dans le cadre du colloque 2026 de l’Association Bourguignonne des Sociétés Savantes de Bourgogne, organisé cette année par nos amis de la Physiophile de Montceau, dont le thème sera « Enfance et éducation en Bourgogne ».


La boucle sera ainsi bouclée et pour longtemps sans doute. Ce film restera, avec d’autres, bien sûr, un objet culturel remarquable, apportant la preuve que d’une initiative locale, peut naître un projet populaire, profondément humain, montrant l’imaginaire républicain et cette volonté de s’unir pour un idéal, au-delà des clivages. Il est notable que la population locale a plébiscité cette réalisation, y compris dans sa partie hostile au Front populaire, alors même qu’elle fut portée par une militante communiste. Cette parenthèse culturelle allait s’éteindre bientôt avec Pétain et le Régime de Vichy. Si le film « Jeannette Bourgogne », parti de la province, avait fini son ascension au plus haut sommet de l’État, les années noires mettraient fin à ces allers et retours culturels entre le national et le local.

 

Odette Jarlaud, institutrice militante et résistante


Revenons à notre seconde héroïne : Odette Jarlaud. Elle naquit le 1er février 1911 en Côte-d’Or et y mourut le 18 janvier 2002. Orpheline d’un père vigneron mort au front en octobre 1918, elle fut déclarée pupille de la Nation, ce qui lui permit de poursuivre des études et d’accéder au concours de l’École Normale de Dijon où elle fut admise en octobre 1926. Comme beaucoup de débutantes, ses premiers postes la conduisirent dans des villages ruraux : à Menesbles, d’octobre 1929 à janvier 1932, à Étaules, de janvier 1933 à février 1937. Parallèlement, dès 1933, elle avait suivi les cours de sciences à la faculté de Dijon d’où elle était sortie licenciée en 1936. Elle rentra ainsi comme professeur de sciences et de mathématiques au Cours complémentaire de filles de Beaune. Elle aurait dû y rester jusqu’après la guerre si les tragiques évènements à venir n’avaient bouleversé sa vie. Elle rejoignit toutefois le Cours complémentaire de la Trémouille à Dijon, à la Libération, d’octobre 1945 à septembre 1966, date de sa retraite.

 

Dès sa nomination d’octobre 1929, elle adhéra à l’Union laïque, syndicat unitaire de l’enseignement. En 1934, elle cofonda le « Groupe des Jeunes » et son bulletin La voix des Jeunes, elle fut trésorière du mouvement. Devenue membre du bureau de l’Union laïque, elle entra au bureau de la section unifiée du SNI (Syndicat National des Instituteurs) en novembre 1935. Après y avoir exercé les fonctions de trésorière-secrétaire du canton Dijon-rural, puis de Beaune Nord, elle fut élue au CDEP (Conseil Départemental de l’Enseignement Primaire) en mai 1938.

 

C’est en 1934 qu’elle adhéra au parti communiste. Elle devint responsable de la rédaction du journal Le Travailleur de Bourgogne et membre du comité de la Côte-d’Or en 1938 et 1939. Elle se prononça contre les accords de Munich et s’opposa au secrétaire général du SNI, André Delmas. Dès lors, elle ne figura plus parmi les responsables du syndicat et, finalement, le 26 novembre 1940, le préfet de Côte-d’Or demanda au secrétaire d’État à l’Instruction publique, l’autorisation de prendre des « mesures sévères » contre quatre militants, dont elle. En juin 1940, Odette Jarlaud contribua à la renaissance clandestine de ce qui allait devenir le Front national et à la création du journal La Bourgogne combattante fondé par André Blanc.


(gallica-Bnf.fr)

 

En octobre 1943, menacée d’arrestation, Odette entre dans la clandestinité. Elle prend le pseudonyme de « Françoise » et, dès février 1944, assure la liaison entre le bureau confédéral de la CGT clandestine et les fédérations d’industrie. En mai de la même année, elle participe à la réorganisation des sections syndicales départementales de la Côte-d’Or, de la Marne, de l’Yonne, du Doubs, du Jura, de la Saône-et-Loire et de l’Ain. En septembre 1944 paraît le N°6 de L’École libératrice dans lequel elle est signataire, en tant que membre du comité directeur clandestin, de l’appel pour reconstituer un syndicat national des instituteurs. 



(gallica-Bnf.fr)

 

Dans ce numéro est expliqué comment quelques militants, dont elle faisait partie, se sont emparés du ministère de l’Education nationale, le samedi 19 août au matin, durant l’insurrection de Paris. À la Libération, elle retrouve ses fonctions au CDEP (Conseil Départemental de l’Enseignement Primaire) dont elle avait été suspendue par l’administration en 1939. Outre les nombreuses responsabilités qu’elle exerça au sein du syndicat (elle fut notamment la première femme de France à occuper le poste de Secrétaire départemental du SNI), elle n’oublia pas les liens qui l’unissaient à l’enseignement auprès de ses élèves. Ainsi, lors de la journée pédagogique du 16 juillet 1958, organisée avant le congrès syndical de Brest, elle intervint sur la préparation du brevet dans les Cours complémentaires, à la suite du rapport de sa consoeur de Montceau-les-Mines Jeanne Lordon (2) sur le « caractère original de l’enseignement dans les Cours complémentaires et les orientations possibles des élèves ».

 

Déjà en 1946, elle avait mené la mobilisation contre la circulaire ministérielle du 23 janvier 1946 qui envisageait la fusion de « son » collège de filles de Beaune avec le collège de garçons. La mixité n’était pas en cause dans son action mais elle alertait sur le danger que présenterait cette fusion, eu égard au fait que beaucoup de parents pourraient mettre leurs enfants dans les trois écoles libres de Beaune afin d’éviter d’aller dans un collège unique surpeuplé. Elle rejoignait ainsi le combat d’après-guerre pour la laïcité tant malmenée par le Régime de Vichy (3). Elle eut gain de cause et le collège de filles de Beaune resta en place jusqu’en 1970.

 

Odette Jarlaud siègea aussi aux Conseils d’administration de la Caisse primaire d’assurances sociales et de la Mutuelle Générale de l’Education Nationale à partir de 1947. À sa retraite, elle resta Vice-présidente de la section départementale de la MGEN, Secrétaire générale de la Fédération des retraités civils et militaires, Déléguée Départementale de l’Education Nationale, Vice-présidente des DDEN et membre du Conseil d’administration de l’ Œuvre  des pupilles de l’école publique.

 

Sources et bibliographie :

 

-       Archives musée de la Maison d’école.

-       Archives ADIAMOS, Fonds Odette Jarlaud.

-       Fonds photographique du musée (Jeanne Lordon).

-       Le Maitron, Jeanne Claudia Lordon et Odette Marie Jarlaud  par Jacques Girault, 2010.

-       Geneviève Costovici-Gourguet, « à notre père Jean Gourguet (1902-1994) ».

-       Le Normalien Dijonnais, Numéro spécial « Jeannette Bourgogne », 1983.

-       « Jeannette Bourgogne », le film, cassette VHS (1983) et DVD, copies reproduites pour le musée par l’Amicale des Anciens Normaliens de l’EN de Dijon et l’aimable autorisation de M. Breuil son Président.

-       Le Front populaire 1934-1938, Jean Vigreux, Presses Universitaires de France, 2011.

-       Journal officiel de la République Française, 29 novembre 1937.

-       Mémoire de Master II Université de Bourgogne, Maxime Guillauma, Entre crises et espoir sous le signe du Front populaire : l’arrondissement de Beaune dans les années trente.

-       Gallica.Bnf.fr

-       Retronews.fr


(1) : Extrait du site jean-gourguet.com : À notre père Jean Gourguet, édité par ses enfants :

 

« Sa seconde et dernière épouse, Michelle qui fut sa fidèle collaboratrice comme coscénariste et assistante. Il l'avait rencontrée sur le tournage de "Jeannette Bourgogne" où elle était figurante comme élève de l'École Normale de Dijon. Ce fut un coup de foudre; il l'épousa après son divorce quelques années plus tard.


Bourguignonne, Michelle, Raymonde, Alice DARVAUX est née le 16 février 1919 à JOURS-EN-VAUX (Côte d’Or) au retour de la guerre de 1914 de son père gravement blessé sur le front (laissé pour mort sur le champ de bataille, sauvé paradoxalement par l’ennemi allemand et transféré successivement dans 4 de leurs hôpitaux). Elle nourrit toute sa vie un amour immense pour ce père doté d’une joie de vivre, d’une générosité et d’un amour des autres exceptionnels.


Selon elle, sa mère ne l’aurait jamais aimée car elle est née « différente » des autres enfants : la petite Michelle est blonde platine, malheureusement pour elle avant la mode des stars de Hollywood et la naissance du mythe de la blonde fatale ! De mémoire d’anciens, on n’avait jamais vu cela dans ces petits hameaux du Morvan, à la limite de la côte des vins. Seule explication, un arrière-grand-père anglais blond aux yeux bleus venu pour creuser le Canal de Bourgogne et qui n’est plus jamais reparti… Elle souffre de cette différence et décide de ne plus jamais pleurer et d’être meilleure que tous ses camarades dont parfois la bêtise lui fait mal (sans parler de celle des adultes).


À l’époque, il est hors de question pour les enfants de ces villages pauvres de poursuivre des études. L’été, on aide aux champs et on ne fréquente guère l’école que, de toutes façons, on quitte au Certificat d’études à 14 ans. Mais la petite Michelle est trop douée et ses instituteurs l’aident à franchir tous les obstacles, y inclus le refus de ses parents qui n’avaient pas l’argent de payer des études : elle sera pupille de la Nation. Elle est reçue brillamment à tous ses examens puis au Concours de l’école Normale de filles de Dijon. Douée également pour le dessin, elle s’inscrit aux Beaux-Arts de Dijon. Sa voie était toute tracée, elle serait enseignante et dirigerait une école de la République qui l’avait sortie du rang.


C’était sans compter avec la destinée car une équipe de cinéastes vient s’installer dans les locaux de l’École Normale pour réaliser un film en commandite avec l’Education Nationale, « Jeannette Bourgogne » avec Blanchette BRUNOY en 1938. Le metteur en scène est le jeune et séduisant Jean GOURGUET, alors âgé de 36 ans, au charme méditerranéen. Elle est choisie pour figurer et dire quelques mots. Elle jure qu’on ne l’y reprendra plus (c’est exact car malgré son physique, elle est toujours restée derrière la caméra. Elle n’aime pas être photographiée ni être mise en valeur bien que jolie).

 

Elle et ses camarades décrètent que « ces gens du cinéma venus de Paris sont prétentieux et n’ont même pas la délicatesse de leur donner des places gratuites à la première du film faite en grande pompe à DIJON, alors qu’elles avaient donné de leurs économies et figuré pour certaines… ». Toujours est-il que c’est le coup de foudre entre mon père, alors séparé de sa première femme, et la jeune normalienne plus jeune de 17 années. Elle termine ses études et il revient alors l’enlever… C’est le début d’une longue histoire d’amour (il l’épousera en 1947, lorsqu’il obtiendra enfin son jugement de divorce). »


(2) : Jeanne Lordon :


Jeanne Lordon et ses élèves lors de son départ (collection musée)

 

Jeanne Lordon (1915-2000) est reconnue pupille de la Nation à la suite du décès de son père mort pour la France en Champagne en 1915. Après une enfance à Sigy-le-Chatel (71), elle entra comme interne au Cours complémentaire de filles de Chalon-sur-Saône, en 1927 et y poursuivit sa scolarité jusqu’en 1931, date à laquelle elle réussit au concours d’entrée à l’École Normale de Mâcon. C’est à cette époque qu’elle prit connaissance, en bonne normalienne, des « incontournables » de la profession : les adhésions à la mutuelle MGEN et au syndicat SNI, lectrice assidue qu’elle était du journal L’École Libératrice. Elle adhère au SNI dès 1935 et s’abonne au journal L’École émancipée. Elle devient membre du « Groupe jeune » fondé par Odette Jarlaud grâce à laquelle elle souscrira à l’unité syndicale au moment du Front populaire.

C’est lors d’une nomination à Epinac-les-Mines, de 1934 à 1936, qu’elle découvre dans une école de filles, une classe faisant office de Cours complémentaire dans lequel elle va enseigner le français, l’histoire-géographie, l’éducation physique et les travaux manuels. Elle fut ensuite nommée à Montceau-les-Mines, à l’école de filles du Bois-du-Verne où elle restera jusqu’en 1942. Très active, elle contribua à de nombreuses associations, participant à la création de la société de gymnastique « Montceau-Fémina » et aux activités des auberges de jeunesse.

D’octobre 1943 à 1953, elle enseigna pour la première fois au Cours complémentaire de Montceau-les-Mines, dans toutes les disciplines, puis uniquement le français à partir de 1948. Elle prit ensuite la direction du Cours complémentaire de filles du faubourg Saint-Jean à Autun jusqu’en 1957 où elle revint à Montceau pour prendre la double direction de l’école primaire de filles de la rue Carnot et du Cours complémentaire de filles de l’avenue de l’Hôpital, laissés vacants à la suite de la retraite d’Hélène Thomas (née Chevrot) (4). Elle y enseigna parallèlement le français et la morale en classe de 3e et assura les cours préparatoires des élèves au concours d’entrée de l’école normale. À partir de 1958, elle conserva la direction du seul Cours complémentaire qui devint collège d’enseignement général (CEG qui prit le nom de collège Saint-Exupéry).

Jeanne Lordon, chargée de la collecte des cotisations du syndicat à l’automne 1944 lors de la reconstitution de la section départementale du Syndicat National des Instituteurs, fut élue au début de 1945 au conseil syndical et fut déléguée au congrès national du SNI de Montreuil en décembre 1945 où elle prit les fonctions de Secrétaire pédagogique du syndicat.   


Jeanne Lordon au Congrès de la Fédération de l’Education Nationale de novembre 1962, elle y est alors toujours Secrétaire pédagogique auprès de Pierre Desvalois alors secrétaire général du SNI (Archives nationales)

 

(3) : Voir l’article du blog du Musée de la Maison d’École Regard sur l’école sous le Régime de Vichy, juin 1940-septembre 1945, 2018 : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2018/06/lecole-sous-vichy.html#more

 

(4) : Voir l’article du blog du Musée de la Maison d’École Souvenirs de l’école publique de filles de la rue Centrale (Carnot) par Clotilde Gillot, 2023 : https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2023/01/lecole-de-filles-de-la-rue-centrale.html

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