mardi 20 décembre 2016

"N'oublie rien..."


« Petite histoire d’un écolier d’autrefois  expliquée aux enfants d’aujourd’hui »

Cartables et protège-cartable


CHAPITRE II
 « N’oublie rien… »



« Bon sang, il ne faut pas que j'oublie de ramener une noix pour la classe..." une noix, certes, mais quoi d’autre ? Un cartable bien sûr ! "Quelques jours avant la rentrée des classes, on m'acheta un beau képi neuf, on me fit faire de beaux sarraus noirs pour aller à l'école; on m'acheta un sac d'écolier, un beau sac neuf, jaune, en toile et en cuir avec des dessins, et une courroie en cuir glacé; on m'acheta des beaux crayons neufs à un sou, des beaux porte-plumes neufs, et de belles plumes neuves." (Témoignage). A la fin du XIXme siècle, les enfants étaient souvent munis de musettes en toile confectionnées par la famille plutôt que d'un cartable, c’était le cas de Jules. Les écoliers issus d'un milieu plus aisé possédaient une sacoche ou un cartable en cuir parfois lui-même protégé par une housse en tissu. Après la seconde guerre mondiale apparaîtront les cartables de confection industrielle en carton bouilli qui ne faisaient que rarement la "carrière scolaire" de l'enfant, contrairement à leurs solides ancêtres.


Bien évidemment, le cartable contenait une panoplie d’ustensiles indispensables à la bonne marche des choses. La traditionnelle ardoise, par exemple, qui était composée d'un cadre en bois rainuré dans lequel était fixée une pierre d'ardoise véritable. La couleur grise de ce support permettait une écriture au crayon d'ardoise ou plus tard à la craie. Une des faces de l'ardoise était lisse et, sur l'autre, était gravé dans la pierre un quadrillage. Le crayon d'ardoise, le plus souvent utilisé par les élèves, était un petit cylindre de tôle emboutie de la taille d'un porte-plume dans lequel on enfilait une mine d'ardoise elle aussi, et qui laissait une trace plus claire lorsqu'on la frottait sur l'ardoise pour écrire. Plus tard, avec le modernisme, apparaîtront des modèles beaucoup moins fragiles : carton noir serti dans un cadre en plastique... Adieu la mauvaise surprise de retrouver, à la suite d'une bagarre ou d'un jeu, son ardoise brisée dans le cartable de retour à la maison.

Ardoise traditionnelle et ardoise en carton


On trouvait aussi dans le cartable de Jules un plumier. Que son couvercle soit à glissière, à rotation ou à charnières, le plumier a longtemps accompagné l'élève à l'école. Il fut de fabrication familiale ou artisanale, plus ou moins façonné et décoré. De bois brut ou vernis, parfois orné de délicates peintures, il renfermait des trésors et des secrets... Plus tard, le bois, matériau noble et rigide s'il en est, sera supplanté par l'arrivée des trousses "molles" et de fabrication industrielle peu coûteuse. 



Un plumier vers 1880


A l’intérieur de ce plumier devait obligatoirement se trouver le porte-plume, terreur des gauchers qui, s’ils furent « contrariés » et forcés d’écrire de la main droite jusque dans les années 30, n’y gagnèrent guère au change quand ils purent enfin prendre leur main gauche. La plume ne posant aucun problème quand elle est tractée par la souplesse d’une main qui glisse vers la droite, se met soudain à se cabrer et se planter quand elle est tenue par une main gauche qui la pousse dans cette direction. Elle se détend alors et exprime son mécontentement par une gerbe de taches, esthétique pour un artiste en herbe mais intolérable pour un maître ! "Placer le porte-plume entre les trois premiers doigts, sensiblement arqués, sans raideur... le quatrième et le cinquième doigts, légèrement repliés, serviront de point d'appui à la main... descendre le majeur à la partie inférieure du porte-plume... tenir la hampe de celui-ci dirigée vers le bord externe de l'épaule droite..." (Instructions Officielles). La hampe de bois, de corne ou de plastique du porte-plume était emmanchée sur une virole métallique, elle-même utilisée pour sertir momentanément une plume à son extrémité.
La plume... objet de toutes les souffrances et de tous les malheurs comme nous l’avons évoqué. Malgré une rude concurrence, rien ne put détrôner la « Compagnie Française des plumes, porte-plume et crayons » fondée en 1836, ni sa fameuse plume "Sergent-Major". Une profusion de modèles permettait de pallier toutes les éventualités (pour les gauchers bien sûr, mais aussi pour les "laboureurs", pour qui la force primait la souplesse...). L'écriture a souvent été qualifiée de "discipline des ânes" du fait du peu de réflexion qu'elle nécessitait, elle conférait malgré tout plus tard à ceux qui la maîtrisaient, une qualité et une aptitude aux métiers "d'écriture" (entendre "de copie"...).  

Plumes et porte-plumes


Le cartable, généralement, avait son compagnon de route : le sac à goûter. De nombreux enfants, parcouraient des distances considérables pour se rendre en classe, ce qui ne leur permettait pas de rentrer au logis pour prendre le repas de midi. Munis d'une musette, d'un panier ou d'une gamelle en fer ou en tôle émaillée, les écoliers arrivaient des hameaux environnants pour la longue journée à l'école. Les paniers et les gamelles contenaient un frugal repas : une soupe (au lard dans le meilleur des cas), une pomme, du pain... et c'est le poêle qui, après avoir donné sa douce chaleur durant la matinée, servait à réchauffer les "soupes". Avec la création des cantines disparurent ces restaurations de fortune mais subsistèrent les sacs à goûter qui contenaient un casse-croûte que les écoliers avalaient entre la fin des classes de l'après-midi et l'étude surveillée du soir. Il n'était alors pas rare dans les villes ou les villages de voir certaines mamans attentionnées apporter à la grille de l'école un morceau de pain garni de chocolat à leur enfant dont l'absence de la journée leur pesait...


Panier et sac à goûter


P.P



A suivre…




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