mardi 9 janvier 2024

Contexte social et origine des écoles du Bassin minier (troisième partie)

 

Contexte social et origine des écoles

En Bassin minier

Troisième  partie : l’entre-deux guerres et peu après

Cours de polonais, école des Gautherets (collection musée)

Quels évènements nouveaux s’étaient produits après la Grande Guerre ? Ce fut : le déplacement de l’exploitation minière vers les limites méridionales du Bassin minier originel ; la création par la Mine, de cités nouvelles, dans cette direction, et avec des écoles ; enfin, l’accueil qu’elle fit, à partir des années 20, de mineurs polonais, dont les enfants devaient être enseignés dans leur langue maternelle, conformément à une convention franco-polonaise, et recevoir ainsi, à l’école primaire privée, 3 heures de cours en français et 3 heures de cours en polonais, selon la législation française. 


En 1930, parmi les instituteurs et institutrices privés, 47 enseignaient aux écoles de la Mine. Celle-ci, dans ses cités nouvelles, avaient bâti, vers 1920, des écoles pour garçons et filles aux Baudrats (Sanvignes), puis, vers 1923, l’école de garçons Sanvignes-Gautherets, et (en contre-bas en face) l’école de filles de Saint-Vallier-Gautherets, et enfin, vers ces dates-là, une école à la Saule-Montceau

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Ecole de garçons de la Mine aux Gautherets (collection musée)

Ces 5 écoles primaires accueillaient la population scolaire française ou étrangère, habitant aux environs, et précisément, les jeunes polonais, en des classes, dites : « écoles polonaises », que dirigeaient, à mi-temps, des moniteurs de leur nationalité, agréés par le ministre français de l’Instruction publique (enseignant sous l’autorité d’un maître français). Une classe semblable avait encore été attribuée à ces élèves, dans une baraque des Georgets (Sanvignes), ou à l’école privée du Magny (Montceau) ou à la Verrerie de Blanzy, grâce à l’intervention de la Mine[1].

Ecole de filles de la Mine aux Gautherets (collection musée)

Voilà qui portait à 10, en cette année 1930, le nombre des établissements scolaires primaires, entretenus et surveillés alors, par la Mine : 7 pour les filles et 3 pour les garçons. Les enfants de toutes conditions sociales y étaient admis, gratuitement, si leurs parents étaient employés par la Société minière, moyennant au contraire, une éventuelle rétribution , s’il en était autrement. Dans le premier cas, ils étaient aussi appelés à bénéficier d’œuvres sociales, comme celle-ci, fort originale à l’époque : une colonie de vacances, organisée à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) !

L’école privée de filles, avenue de l’Hôpital, paraissait la plus importante par le nombre de ses institutrices titulaires  et par son Cours Complémentaire qui  permettait aux élèves des écoles privées de préparer le brevet élémentaire. Dans la deuxième décennie du siècle tout au moins, quelques élèves douées y préparèrent le brevet supérieur, et l’ayant obtenu furent heureuses d’y ajouter, grâce à l’intervention sollicitée de l’Inspecteur primaire, le certificat d’aptitudes pédagogiques, facultatif pour elles, mais leur permettant d’augmenter un trop modeste traitement[2].

Selon le vœu de la direction de la Mine, les maîtres et les maîtresses, rétribués par elle, devaient donner un enseignement laïc, conforme aux programmes officiels ou aux livres d’école qui correspondaient à ceux-ci. Adjoints et adjointes étaient toutefois amenés à réagir, parfois, contre l’autoritarisme de tel directeur ou telle directrice, qui usait de ses prérogatives. Les rapports de ces directeurs ou directrices pour la direction de la Mine, relatifs aux activités professionnelles de leurs subordonnés, constituaient à peu près les seuls liens entre ceux-ci et l’ingénieur responsable des écoles, où on ne le voyait guère faire que de bien courtes visites[3].

Toujours en 1930, poursuivant leurs buts propres, les deux écoles confessionnelles recevaient des enfants de familles catholiques, dans leurs classes primaires de Montceau, dirigées, aux Oiseaux (rue de Moulins) par 4 instituteurs et 7 institutrices, et, à Bellevue, par 5 institutrices qui accueillaient aussi les hôtes de l’orphelinat de Saint-Vallier-Bellevue[4].

(collection musée)

L’école publique, parallèlement, continuait d’occuper nettement la plus large place dans le Bassin minier, comme a permis de le supposer l’effectif déjà précisé de son personnel, proportionnel à celui de ses élèves. Ainsi, pour être encore plus  efficace et respectée, les exigences qu’elle avait pour elle-même ne contredisait pas son esprit de tolérance laïque. Aucun maître de l’école publique ne devait, après un délai court, continuer d’enseigner si, à la tête de sa classe, il ne pouvait obtenir le Certificat d’Aptitudes Pédagogiques, et, s’il avait à surmonter d’imprévues difficultés, il subissait de ce fait,  de pénibles incertitudes.

Dans le quartier montcellien du Bois-du-Verne, aucune « école polonaise » n’est recensée officiellement  bien qu’il existe deux photographies prises par les autorités polonaises sur lesquelles figurent 2 classes de filles dont le maître est M. Lubowicz et identifiées « Cours dans une école polonaise Bois-du-Verne (district de Lyon) »[5].

« Cours dans une école polonaise Bois-du-Verne  (district de Lyon) », 1932, l'instituteur est Monsieur LUBOWICZ (galeria.notrepolonia.com)

A l’école publique de garçons de ce quartier, les petits Polonais affluaient avec les petits Français, plus nombreux que leurs camarades, de cinq à dix autres nationalités recensées. Quel fut l’émoi de ce jeune instituteur, presque frais émoulu de l’Ecole Normale, quand vint à lui échoir la 10e des classes de 40 élèves : un cours préparatoire de redoublants, fils d’étrangers, attardés le plus souvent d’un an. Quelle mise à l’épreuve de la pédagogie active à laquelle il voulait croire ! Enfin, après 6 mois d’efforts raisonnés, quelle confiance apparaissait chez ses jeunes disciples souriants, et chez lui-même… Tous ses petits ou presque, avaient appris les éléments indispensables de la langue française et de la lecture… c’était en 1933[6]

Registre matricule de l’école polonaise de filles des Gautherets, ouvert par l’Inspecteur Chlique en 1924 (cliché D. Busseuil)

 

Registre matricule de l’école polonaise de filles des Gautherets, liste des employées de la Mine (cliché D. Busseuil)

Vers une nationalisation forcée des écoles de la Mine

Dès ses débuts, le gouvernement de la Quatrième République (1944-1958) décida la nationalisation des Houillères (1944)[7] puis commença celle de leurs écoles. Cette dernière mesure ne devint effective, pour le département de Saône-et-Loire, que le 1er octobre 1947. Dans le Bassin minier, elle ne concerna que les écoles de la Société des Mines de Blanzy et non les écoles confessionnelles indépendantes de celle-ci[8]. Quant aux cours donnés en langue polonaise, les élèves, encore intéressés par eux, ne purent désormais les suivre que les jeudis,  jours de congés hebdomadaires, ou après leurs classes d’enseignement primaire français.

Registre matricule de l’école polonaise de filles des Gautherets devenu école publique de filles en 1947, liste des maîtresses nommées cette même année en remplcement du personnel de la Mine (cliché D. Busseuil)

Les instituteurs et institutrices privés furent accueillis par l’Inspecteur d’Académie afin d’être « intégrés dans les cadres de l’enseignement public », sous réserve de remplir « les conditions exigées par la loi » : posséder le titre de capacité, le Brevet Elémentaire ou même le Brevet Supérieur, ce fut le cas de 19 titulaires et de 17 stagiaires[9].  Avoir le Certificat d’Aptitudes Pédagogiques ou bien l’obtenir  en dirigeant une classe, dans un délai accordé de 3 ans ne fut le cas que de peu des maîtres ou des maîtresses concernés. Parmi les institutrices, par exemple, seules les plus jeunes y parvinrent[10]. Certaines institutrices avaient refusé d’entrer dans l’enseignement public, mais d’autres, comme les instituteurs privés, avaient dû, pour un certain nombre d’entre elles et d’entre eux, avoir le C.A.P. en définitive, et la certitude, après le vif espoir, de demeurer des enseignants, en touchant un traitement presque doublé[11] (sans chiffrer toutefois les avantages accordés naguère par l’ancienne Société des Mines : chauffage et soins médicaux gratuits, indemnité de logement…). Enfin sauf exception, ils allaient donner l’impression de se trouver satisfaits parmi de nouveaux collègues, que l’Inspecteur d’Académie A. Coche, leur avait annoncé comme « la grande famille universitaire »[12].

Ecole ménagère de Montceau, années 30 ? (collection privée)

Existant dans le cadre des activités sociales de la Mine, l’Ecole ménagère, ouverte aux filles après leur scolarité obligatoire, n’avait pas été englobée dans la nationalisation des écoles primaires, mais la seule école technique de la Mine l’avait été. Fort importante, celle-ci était le Centre d’Education professionnelle pour la Formation de jeunes Mineurs, que les procédés nouveaux d’extraction du charbon avaient conduit l’entreprise, encore privée, à créer en 1943. Une ordonnance de 1945 obligea chaque houillère nationalisée à avoir un tel Centre, et celui-ci, pour la Saône-et-Loire, était rattaché au secrétariat de l’Inspection départementale de l’Enseignement  technique qui était un service annexe de l’Inspection académique[13]. Longtemps après la nationalisation, l’expression populaire parla de cet établissement comme d’une « école de la Mine », ce qu’elle n’était plus.

Ancienne école de garçons de la Mine dite « de la 9e Ecluse », base du nouveau Centre d’Education professionnelle (collection musée)

Installé au lieu-dit « la 9e Ecluse du Canal du Centre », logé d’abord dans un baraquement, le Centre de Montceau occupa enfin un bâtiment que l’on construisit sur la base de l’ancienne école de la Mine, réaménagée, rehaussée d’un 2e étage aux ailes et d’un 3e étage au milieu. Il fut bâti dans un style austère, caractéristique des années de son édification, de 1946 à 1948, « avec ses arêtes droites, substituées, par exemple, aux arcs des anciennes fenêtres »[14]. Fonctionnels et spacieux, les locaux permettaient de faire face aux besoins accrus de main-d’œuvre mieux exercée. Il comprenait des salles de cours, pour un enseignement général[15] ou technologique et des ateliers : avec forge, menuiserie, galerie de mine reconstituée, stade…


Le bâtiment originel avait été construit en 1865 pour les mines de Blanzy, comme école pour les frères de la communauté chrétienne qui logeaient, ainsi que les sœurs, dans un bâtiment proche existant déjà, côté quai Jules Chagot. Derrière, on trouvait les bâtiments de la gendarmerie à cheval, dont les dépendances et les écuries étaient adossées à l’avenue des Alouettes. Après la Grande Guerre, l’école des frères fut transformée en école ménagère réservée aux filles du personnel de la Mine et les dépendances rénovées devinrent gymnase pour la société « L’Espérance ». Durant la Seconde Guerre mondiale, l’école ménagère fut occupée par les troupes allemandes et fut transférée dans un autre bâtiment appartenant à la Mine, rue du Bois (proche de l’actuel collège Jean Moulin). 

Le nouveau Centre d’Education professionnelle construit sur la base de l’ancienne école (collection musée)

La Seconde Guerre Mondiale terminée, le gouvernement de la Quatrième République avait donc donné l’ordre de gagner « la bataille du charbon », c’est-à-dire d’en augmenter sensiblement l’extraction. Aussi, en 1945, les Houillères du Bassin de Blanzy furent amenées à employer environ 12 000 personnes, et, en complément d’une main-d’œuvre française augmentée et d’une main-d’œuvre polonaise diminuée par certains rapatriements, elles durent recourir à d’autres étrangers : des Italiens ou des Portugais, puis des Allemands même, ex-prisonniers de guerre[16]… Les Houillères exigeaient que cette main-d’œuvre soit efficace et la mettait à l’épreuve dans la carrière Saint-François (Montceau). De plus, elle la préférait instruite. Aussi, entre 1947 et 1953, son Centre d’Education Professionnelle reçut jusqu’à 700 apprentis mineurs différents au cours d’une même année[17].

Ces adolescents, souvent fils de mineurs et âgés au moins de 14 à 17 ans, étaient embauchés à la Mine, afin d’y travailler en surface seulement, selon les lois sociales, jusqu’à l’âge de 16 ans. Ils étaient libérés, de temps en temps, de leurs activités professionnelles, « au jour » ou « au fond », pour venir au Centre s’initier ou compléter leur initiation au métier de mineur. Après avoir subi des tests, ils se retrouvaient répartis en sections de 100 à 150 individus, de niveau voisin, qui recevaient un enseignement, alternativement, un jour par semaine (semaine qui comprenait alors 6 jours de travail). Au bout de 3 ou 4 années d’instruction, le Certificat d’Aptitude  Professionnelle (C.A.P.) du mineur sanctionnait le succès de l’apprentissage, pour le bon ouvrier[18].

Le Centre d’Education professionnelle, au deuxième plan : le puits des Alouettes (colection musée)

A la fin des années 50, la diminution du nombre des élèves du Centre d’Education Professionnelle commença, tandis que l’effectif des personnes employées aux Houillères du Bassin de Blanzy en 1957, s’abaissait aux environs de 8 000[19]. Autour de cette même année, d’autre part, un Certificat d’Aptitudes Professionnelles ayant été créé pour les électromécaniciens de mine de houille, le Centre, selon les besoins des Houillères de Montceau, prépara annuellement de 10 à 15 apprentis, capables de se spécialiser dans les questions d’électricité et de mécanique dont la connaissance était exigée pour l’obtention du diplôme[20].

Bientôt, une « Ecole de Maîtrise » fut créée au Centre, selon les instructions reçues par ce dernier, afin de former des chefs de postes et des chefs d’ateliers qui auraient la possibilité de compléter leur savoir à l’« Ecole Supérieure de Maîtrise » de Saint-Etienne, ouverte pour le groupement des « Houillères de Bassin Centre-Midi », (groupement créé le 1er janvier 1969[21]).


Ecole supérieure de Maîtrise de saint-Etienne (picclick)

Qui plus est, pendant une période seulement, alors que le Baccalauréat n’était pas exigé avec ses deux parties, le Centre d’Education Professionnelle de Montceau sut instruire particulièrement  quelques uns de ses meilleurs élèves, en mathématiques, sciences physiques et chimiques et autres, de manière à les élever vers le niveau du Baccalauréat C et du concours d’entrée à une école technique réputée de Douai (département du Nord).

1954 École des Mines de Douai (picclick)

Celle-ci, destinée d’abord, dans la région minière du Nord, à former les porions, c’est-à-dire des chefs de postes[22], puis des chefs porions, c’est-à-dire des maîtres-mineurs, avait perfectionné son enseignement, jusqu’à devenir une Ecole d’Ingénieurs des Mines. Ce fut, du reste, avec ce titre d’Ingénieur des Mines, qu’une douzaine, au moins d’élèves, venus du Centre de Montceau, en sortirent après y avoir suivi 4 années de cours[23]. Des fils de mineurs, par exemple, avaient pu terminer ainsi avec succès leurs études d’ingénieurs, grâce à la bourse que leur avait accordée la direction des Houillères du Bassin de Blanzy, sous la condition d’avoir contracté l’engagement de travailler 10 années à leur service[24]. Ici se termine cette étude sur le Centre montcellien, aux années 60[25].

Rendue disponible par la nationalisation des écoles des Houillères le 1er octobre 1947, leur école de filles de l’avenue de l’Hôpital, à Montceau, fut de suite occupée par le Cours Complémentaire de Montceau. Il fut désormais séparé de l’Ecole primaire publique de filles de la rue Carnot, rue principale de la ville. Il commença la croissance « spectaculaire » d’un établissement, de plus en plus destiné au second degré, bientôt transformé en Collège d’Enseignement Général (sans doute en 1960, à l’entrée en vigueur de la réforme Berthoin) et, après l’adjonction de vastes locaux, bâtis à l’emplacement du hameau du « Montceau », il devint, en octobre 1970, le « collège Saint-Ex » du nom du célèbre écrivain aviateur. Il deviendra un « collège unique » à la suite de la loi Haby de 1975.


1-Ancienne école de filles de la Mine devenue cours complémentaire

Cette évocation de la naissance du collège Saint-Exupéry ne serait pas complète sans rappeler le souvenir d’une grande figure locale et nationale du syndicalisme enseignant, celle de Jeanne Lordon. De 1957 à avril 1960, elle dirigea le cours complémentaire de filles, avenue de l’Hôpital, tout en enseignant le français et la morale en classe de 3e. Elle assurait, parallèlement, la préparation des élèves au concours d’entrée à l’Ecole Normale de Mâcon. A partir de 1958, elle conserva la direction du seul cours complémentaire qui devint C.E.G (Collège d’Enseignement Général) avant de prendre le nom de collège Saint-Exupéry.

Jeanne Claudia Lordon avec ses élèves, lors de son départ en retraite (collection musée)

Qu’était devenue l’Ecole Primaire Supérieure de garçons, compte tenu des promesses de ses modestes débuts ? Au début du 20e siècle, après une période de déclin, elle avait bénéficié d’un climat politique plus propice, né des grèves de 1899 et 1901 et de l’élection en 1900 d’une municipalité montcellienne socialiste qui accorda la gratuité des fournitures scolaires. Les enfants d’ouvriers prirent mieux le chemin de l’Ecole Primaire Supérieure. Puis, les progrès, déjà signalés, qu’elle réalisa dans ses enseignements, général et technique, la favorisèrent. En 1912, elle reçut 241 élèves, dont près de la moitié en sa 1ère année, signe encourageant. Mais la Grande Guerre finit par la remettre en difficulté, notamment à cause de la mobilisation de ses maîtres, dont le directeur et deux professeurs moururent aux combats[26].

(collection musée)

Dans l’après-guerre, la vie reprit avec des exigences techniques accrues ; aussi, en 1923, la section industrielle de l’Ecole Primaire Supérieure fut transformée en Ecole Pratique de Commerce et d’Industrie, elle-même rattachée à la Direction de l’Enseignement technique. Ce groupe de sections permettait à des élèves d’obtenir les Brevets d’Enseignement industriel ou commercial et le Certificat d’Aptitude professionnelle, afin de pouvoir se placer immédiatement, dès la sortie de l’école, à l’atelier ou au magasin. Quant à la section générale, elle préparait des élèves au Brevet Elémentaire ou bien au concours d’entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs, comme à ceux de diverses administrations.

(collection musée)

La section commerciale fut heureusement géminée en 1930. La Deuxième Guerre Mondiale fit échouer un projet de construction pour 550 élèves. Mais la promesse, pour l’école, d’une transformation radicale de sa structure fut envisagée. Cette réalisation avait été inspirée par l’idée pédagogique ambitieuse qu’avait conçue Jean Zay, ministre radical du Front Populaire (1936-1938). Il avait projeté d’élever le niveau des études et de les généraliser, grâce à « une école moyenne, classique, moderne et technique »[27]. Or, le Régime de Vichy (1940-1944), dangereusement oppressif, devait emprisonner à la maison d’arrêt de Riom, puis laisser assassiner par la « Milice française », le généreux novateur, mort pour son idéal d’une France républicaine et laïque[28]. La restructuration de l’E.P.S. de Montceau n’eut pas lieu…

(collection musée)

Depuis septembre 1940, sous prétexte d’appliquer un projet de réforme qu’il empruntait à Jean Zay, le ministre de l’Instruction Publique, Jacques Chevalier, exigeait des instituteurs le baccalauréat et transformait les seules Ecoles Normales qu’il ne fermait pas, en instituts de formation professionnelle, tout en combattant l’esprit laïc dans l’école primaire publique[29]. Mais son successeur n’eut pas son cléricalisme exacerbé : autre ministre du maréchal Pétain, l’universitaire Jérôme Carcopino, par sa loi du 15 août 1941, tendait à réaliser, sans détour, notamment une idée de Jean Zay : intégrer les Ecoles Primaires Supérieures au second degré en les dénommant « Collèges Modernes ». Ceux-ci devaient avoir, à l’avenir, des sections classiques comme les lycées, mais pas, selon cette loi du moins, de classes terminales[30]. En conclusion de cette période trouble, on notera qu’à la libération, Carcopino sera révoqué de ses fonctions, emprisonné à Fresne mais bénéficiera d’un non-lieu contesté, ce qui ne l’empêchera pas de faire une apologie systématique et documentée à l’extrême du pétinisme en général, dans ses mémoires… Chevalier, son prédécesseur, sera condamné à vingt ans de travaux forcés et son successeur, Abel Bonnard, sera condamné à mort par contumace.

(collection musée)

Cependant, en 1942, l’Ecole Primaire Supérieure de Montceau fut désignée comme Collège moderne, appellation bientôt complétée par le qualificatif « tehnique » d’où l’expression « Collège technique ». De plus, la guerre conduisit à ajouter discrètement, une section de formation professionnelle qui allait devenir plus tard, un Centre d’apprentissage annexé officieusement au Collège technique… On y dissimula, du moins au début, des justiciables de la déportation du travail, selon l’auteur anonyme et bien informé semble-t-il, que résume ce texte. Il précise que, d’abord, les nouvelles dénomminations de Collège moderne et Collège technique ne changèrent pratiquement rien[31].

Toujours est-il qu’en 1945, le Collège moderne ouvrait une section classique en classe de 6e, une classe de seconde pour amorcer le second cycle et, « devenu établissement secondaire de plein exercice, sortait en 1948, sa première promotion de bacheliers 2e partie »[32]. En 1948, au collège technique, une correspondance fut établie entre ses classes et celles des établissements du second degré. Déjà les connaissances théoriques exigées depuis 2 ans, permettaient aux candidats aux Brevets d’enseignement professionnel, quand ils étaient capables de « poursuivre » jusqu’au Baccalauréat technique, après ce Collège, de ne pas faire si mauvaise figure auprès de leurs camarades des lycées[33].

 

Hôtel de ville et E.P.S. (collection musée)

Ces sections du Collège, dès leur naissance, avaient été favorables à l’élévation du niveau des études. Les Brevets restaient : le Brevet d’enseignement industriel (B.E.I) et le Brevet commercial (B.E.C) ; il s’y ajoutait, accessoirement, les divers Certificats d’aptitude professionnelles (C.A.P), tous diplômes auxquels préparaient les sections industrielles garçons et la section commerciale mixte du Collège moderne et technique. Cette dernière section préparait même à des brevets spécialisés du 2nd degré. Et, pour ces élèves, en cette période de crise alarmante de main d’œuvre qualifiée, le Collège de Montceau, par exemple, recevait plus d’offres d’emplois qu’il ne pouvait en satisfaire ! De particulières demandes d’ouvriers et d’employés étaient faites par les Houillères du Bassin de Blanzy, par d’autres industries ou les plus divers patrons[34].


(collection musée)

En 1947, pour le Collège, le Conseil municipal de Montceau et son Maire, le Docteur Mazuez, proposèrent qu’un immeuble adéquat fut bâti sur le terrain qu’ils avaient choisi, et qui, agrandi, finit par convenir au Ministre. La vieille école était beaucoup gênée dans son développement par la vétusté de ses locaux comme par celle du matériel d’enseignement industriel, ainsi que par l’inévitable exiguïté de tout l’établissement, occupé depuis 1886, place de l’Hôtel de Ville, sur terrain mouvant. Ainsi, le Collège fut transféré sur le plateau de Bel-Air, dominant l’étang du Plessis, à l’emplacement de l’ancien tissage de la Mine. Il s’installait dans une vaste construction moderne aux lignes sobrement élégantes, laquelle était bien aménagée avec « ses nombreuses salles d’études, pleinement éclairées, ses vastes amphithéâtres, ses ateliers modernement équipés »[35].

Usine de tissage de Bel-Air (collection privée)

(Fonds Gillot)

La première pierre fut posée le 8 juin 1952 et la première rentrée s’effectua en octobre 1955. Le nouveau collège « moderne et technique » intègra désormais la section industrielle féminine de la section professionnelle du cours complémentaire de filles de l’avenue de l’Hôpital. L’inauguration offcielle eut lieu le 24 juin 1956, en présence du ministre Billères et, le 1er août 1957, l’établissement obtient le classement de « Collège National Technique et Moderne ». Il reçut déjà, depuis 1956, 1 000 élèves de premier et deuxième cycle général, de second cycle technique et un centre d’apprentissage[36].

Inauguration le 24 juin 1956

(sources lyceehenriparriat.fr)

Le Collège allait devenir, en 1960, le Lycée classique et technique[37] qui prétendait encore concilier le développement d’un enseignement secondaire et d’un enseignement technique. En l’année scolaire 1955-1956, le Collège se divisait encore en Collège classique et moderne, en Collège technique et en Centre d’apprentissage, mais depuis la guerre, les services d’orientation professionnelle[38]établissaient au mieux, une communication entre ces groupes[39]. En 1956, il venait d’accueillir « la section féminine de couture et d’enseignement ménager que le Cours complémentaire de Jeunes Filles avait formée »[40]. Il était d’ailleurs devenu complètement mixte depuis la seconde Guerre mondiale[41].

En 1956, ses spécialités enseignées dans les sections industrielles et la section commerciale étaient plus nombreuses que jamais, et sans doute la base de culture professionnelle, plus solide, au bénéfice des futurs ouvriers ou employés qualifiés, et peut-être de futurs cadres moyens de l’industrie et du commerce. Selon les programmes des groupes classiques et modernes ou bien techniques, la culture générale donnée à de bons élèves, permettait de les orienter vers des écoles de haut niveau, après l’obtention par eux du Baccalauréat. Le Collège ne renonçait pas à la tradition de présenter de bons élèves plus jeunes à l’examen du B.E.P.C et du Concours d’entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs (ajoutons, sans doute, désormais aussi à l’Ecole Normale d’Institutrices), les deux écoles ayant été rouvertes, à Mâcon, à la Libération, et rénovées depuis, dans une certaine mesure[42].


Promotions 1956-1960 de l’Ecole Normale de Mâcon, garçons et filles (collection musée)

En 1956, le collège moderne et technique de Montceau recevait donc près de 1 000 élèves, dirigés par une jeune et solide équipe de professeurs entraînés. Mieux que jamais, le Collège de Montceau attirait à lui une nombreuse population scolaire et asseyait bien mieux sa notoriété que sa devancière, l’Ecole Primaire Supérieure. Celle-ci déjà, cependant, s’était ouverte gratuitement (sauf exception parfois, peut-être, pour les fournitures), aux enfants de toutes les classes sociales. Mais les enfants du peuple, en ce temps-là, entraient souvent au travail dès la fin de leur scolarité obligatoire, à 13 ans, ou s’il avaient obtenu le Certificat d’études primaires, à 12 ans.

Or en 1926, 6 candidats présentés par l’Ecole Primaire Supérieure au concours d’entrée à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Mâcon, tous reçus, étaient d’assez modestes origines familiales : tous fils d’ouvriers ou d’ouvrières, à l’exception d’un fils de directeur d’école primaire publique, toutefois non fortuné. Ils étaient originaires de Montceau(1), de Blanzy (3), et des alentours : Pouilloux (1), Ecuisses (1). Est-ce parce qu’il était d’assez humble condition que l’un d’entre eux, Henri Parriat, devait rester fidèle à ses racines, bien qu’il fût admirablement travailleur et doué pour les études ?

Un ancien élève de l’E.P.S. passé à la postérité

Admis 1er  au concours de l’Ecole Normale, il demeura, durant 3 années, à un trimestre près, le major de sa promotion. N’ayant pas prolongé sa scolarité de brillant élève, et n’ayant pas obtenu d’autre diplôme que le Brevet Supérieur, titre de capacité exigé alors de l’instituteur, il en exerça les fonctions 2 ans, avant de venir enseigner au cours préparatoire de l’Ecole Primaire Supérieure, son école d’origine, où l’avait appelé son ancien professeur, devenu directeur, Monsieur Bonnot. Avec les seules nominations d’instituteur délégué en cette école (1937), puis de chargé d’enseignement (1939), il continua d’y exercer ses nouvelles fonctions, en enseignant dans les classes élevées, avec toute la compétence requise, l’histoire naturelle, la chimie notamment, alors que la « vieille » E.P.S était transformée en Collège, en 1942, devenu Lycée en 1960.

Bulletin de l’amicale des Anciens Elèves de l’E.P.S et du Lycée de Montceau-les-Mines, 1976-1977, extrait (collection musée)

Surtout capable de penser par lui-même, en autodidacte accompli, de son arrivée à l’Ecole Primaire Supérieure en 1932, jusqu’à son départ du Lycée pour la retraite en 1967, c’est-à-dire pendant 35 ans, il forma à Montceau « des générations d’élèves qui ont conservé de lui un souvenir inoubliable » selon l’expression très juste publiée au lendemain de sa mort, dans l’article d’un journaliste ému, qui l’avait sans doute bien connu et apprécié[43]. Combien se serait-il encore rendu utile s’il avait survécu à l’âge de 65 ans !

Il avait acquis une réputation justifiée de savant-chercheur, soit qu’il ait été à ses heures, historien, iconographe, botaniste spécialisé dans l’étude des mousses, cumulant encore de nombreuses autres recherches, soit que par générosité pour ses élèves et par souci de les former sur le terrain, il fut devenu archéologue, tantôt de la préhistoire, tantôt de la Gaule Romaine, tantôt de la Gaule Mérovingienne. Il honora son école de ses travaux et de son dévouement à la cause de l’enseignement public. Pouvait-on faire plus judicieuse proposition que celle de donner au Lycée de Montceau le nom de Henri Parriat[44] ?

Bulletin de l’amicale des Anciens Elèves de l’E.P.S et du Lycée de Montceau-les-Mines, 1967-1968, extrait, nomination d’Henri Parriat au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur (collection musée)

Conclusion

Pour terminer cette étude sommaire sur les origines des écoles du Bassin minier de Blanzy replacées dans leur contexte social, nous ne dépasserons pas la date anniversaire de la création de Montceau : 1956, le Centenaire, et la période charnière qui s’en suivit. Depuis le début des années 1960 environ, l’afflux des élèves, « ébranlant  les cadres anciens », dans les établissements scolaires,  produisit des changements profonds qui concernèrent directement le nouveau siècle, jusqu’à notre époque contemporaine[45]. En effet, l’enseignement primaire, après le temps des certitudes (1881-1923) qui appliqua sans états d’âme la vision républicaine des fondateurs de la Troisième République, et le temps des recherches (1923-1960) où la Grande Guerre avait bouleversé les mentalités, arriva le temps des inquiétudes mais aussi celui des innovations et des mutations (1960- ?), objet d’un autre cas d’étude.

Fonds Gillot (collection musée)

Aux années considérées, ces pourcentages de conscrits illettrés conduisent à une évaluation assez sûre de l’alphabétisation d’une partie de la population française. Quant à l’ensemble de cette population, on peut dire qu’elle fut illettrée selon des pourcentages d’analphabètes bien plus importants. Ces pourcentages nous restent inconnus, malgré l’étude de signatures, lesquelles ne prouvent pas qu’on savait lire et écrire. Bien qu’elle paraisse ainsi incomplète, la statistique nous permet de constater la victoire remportée sur l’ignorance et l’évolution croissante de l’alphabétisme en France, en particulier depuis 1880 et dans la trentaine d’années où commença l’école publique laïque[46].

Victoire inachevée cependant car, encore dans les années 1980, selon un test proposé par l’U.N.E.S.C.O., il apparut que « 10 % au moins » des jeunes français, appelés au service militaire, savaient à peine lire. Pourquoi ? Echec de l’école dira-t-on déjà volontiers, quand d’autres voix s’élevèrent pour alerter : « Echec dû à un environnement extra scolaire, quand la radio diffusion, la télévision et le téléphone se substituent à la lecture ou à l’écriture, pour certains jeunes, au point qu’ils deviennent inaptes à assimiler ces deux matières essentielles d’enseignement pour les utiliser au-delà de leur scolarité. »[47] D’où l’illétrisme d’une importante minorité des gens. Les enquêtes concluent déjà que l’ignorance de cette minorité a pu dépendre de la situation sociale et d’une présence hebdomadaire devant le petit écran de télévision  « abusive », au demeurant plus longue chez les plus humbles que chez les plus aisés…


Dans le Bassin minier, il semble bien que pour l’ensemble, sinon pour la totalité de la population scolaire, la diffusion accrue de l’instruction primaire avait très nettement dépassé le stade de l’alphabétisation. Comme nous l’avons souligné, sous le Second Empire (1852-1870), le nombre de conscrits illétrés fut, à Montceau comme au Creusot, 4 fois moindre que dans les cantons ruraux, sans doute grâce aux écoles patronales. Cependant, en Saône-et-Loire, au début du 20e siècle, l’analphabétisme n’a pas complétement disparu chez les conscrits, comme le met au grand jour la loi de 1910 établissant un examen annuel de leur instruction primaire[48]. Comme le rappelle un rapport établi en 1913, par M. l’Inspecteur d’Académie de Mâcon, le nombre de ces illétrés s’élevait à « une quinzaine par circonscription d’inspection primaire », et, selon les instituteurs consultés, il s’agissait « d’anormaux » qui n’avaient « pu profiter de l’enseignement reçu à l’école » ou « de jeunes domestiques venus de régions arrièrées et qu’un faux amour-propre » tenait « éloignés des cours d’adultes ». Non pas que l’école publique se fut désintéressée de ces illétrés, même anormaux[49] ! Il faudra cependant attendre l’après Grande Guerre pour que la conception de l’aide aux enfants déficients évolue et que les maîtres spécialisés soient formés différemment[50].

(collection musée)

En tout cas, la fréquentation scolaire étant considérée par M. l’Inspecteur Sarthou, comme essentielle à ce sujet, il signalait qu’elle était « bonne » dans les villes du département, si, toutefois, elle n’était qu’« à peu près bonne » dans le Charolais, et encore insuffisante dans le Morvan… Alors qu’il avait une haute idée de l’école laïque, et un rôle persuasif auprès des parents[51], on peut croire que l’Instruction n’avait nullement démérité à ce sujet, et qu’elle devait continuer de mériter cette confiance, au 20e siècle, dans le Bassin minier, où elle allait avoir une importance essentielle. De plus, la loi sur les allocations familiales, votée en 1939, allait, si elle était utilisée à bon escient, pouvoir empêcher l’absentéisme à l’école. Alors, pour les Français recensés (sans doute les conscrits), le taux des illétrés qui était de 6,20 % en 1939, tomba à 3,4 % en 1951[52].

Léonard Arnoux, paysan-mineur pauvre dans sa maison à Sanvignes, cliché non daté (vers 1880 ?), présenté en contre-exemple par la Compagnie des mines de Blanzy dans son album pour l’Exposition universelle de 1889, dans lequel elle vante les constructions modernes de ses cités ouvrières.

Que penser enfin de la disparition progressive du patois parlé dans le Bassin minier, jusqu’après les années 1950 ? On peut croire qu’il était très répandu en 1901, malgré les sanctions prises à l’école contre les réfractaires. Ce qui semble l’attester, ce fut le refus d’émigrer de 450 ouvriers, renvoyés de la Mine à cette date[53]. Selon un auteur : « La plupart préfèrent rester à Montceau et végéter dans des conditions misérables » à cause d’un amour profond de leur « pays noir », celui de leur enfance[54]. Mais le charme de vivre dans une ville, alors fort polluée au demeurant, ne pouvait suffire pour y maintenir un gagne-petit. Rapportons nous en plutôt à un autre auteur plus réaliste : « Il fallait quitter Montceau et surmonter les difficultés du patois et de l’accent du terroir ! ». Admettons donc le handicap que représentait les particularités du « parler » montcellien pour la réinsertion des gens du pays en ce début de 20e siècle[55].

Emprunts et accointances du montcellien (JPV, Dict., 1997).  Illustration J.-P. V. (CLP)

Que l’on ait craint, en s’expatriant en France, de paraître ridicule par son parler, rien d’étonnant à cela : le patois montcellien était le fruit d’une grossière déformation du français et d’un curieux mélange d’autres patois véhiculés par des campagnards venus d’autres contrées pour grossir les rangs des mineurs locaux. Cela restait un défi pour l’instituteur des années 1930, qui avait appris à connaître ce langage, comme enfant du peuple qu’il avait été, bien que devenu insensible au pittoresque de son vocabulaire et de sa prononciation. Il rencontrait, dorénavant et à cause de lui, des difficultés à enseigner la langue française ! Ce fut un lent processus que d’imposer la langue française à tous. Depuis le retour des Républicains en 1870, en passant par les lois Ferry, le provincial « patoisant » était devenu un indigène dans la République, une sorte de « colonisé », sans commun rapport avec nos territoires conquis, évidemment, puisque tout de même citoyen à part entière. L’école obligatoire imposa de désapprendre le patois au profit du français, à coup de bonnets d’âne !

Quand le patois était inscrit dans la tradition : sa majesté Dévidaire 1er et  la cavalcade du Comité permanent des fêtes de Montceau, présidé par le Docteur Laroche virent le jour en 1924 et  perdurèrent jusqu’en 1936, mais ne survécurent pas à la Seconde guerre.

Le patois montcellien déclina inéxorablement durant la deuxième moitié du 20e siècle, jusqu’à disparaître ou n’être plus parlé ou compris que par quelques vieilles personnes, quelques nostalgiques ou quelques amoureux du patrimoine culturel immatériel*. N’a-t-on pas ici la preuve de la diffusion accrue de l’instruction primaire ? L’influence de l’école maternelle sur l’enfant fut déterminante pour la formation initiale du langage correctement exprimé, avant que celle-ci ne soit poursuivie tout au long de la scolarité et, depuis les années 1940, la radiodiffusion[56].

A Pierre Gillot, in memoriam.

Patrick PLUCHOT

* Notons ici la sortie récente d’un album de Tintin « Les pendouillons d’la Castafiore », traduit de l’original en patois montcellien, par Jean-Pierre et Marie-Claude Valabrègue et Josiane et Jacques Lamborot. En vente en différents points de Montceau


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Sources et bibliographie :

-       Fonds Gillot : « Origine des Ecoles du Bassin minier de Blanzy, dans leur contexte social, de 1832 à 1956, environ », textes et témoignages oraux recueillis par P. Gillot.

-       Docteur Léon Laroche : « Montceau-les-Mines, quelques aperçus sur l’histoire de la ville et de son exploitation houillère » (1924) ; "Notice historique de Sanvignes", 1929.

-       Docteur Beaubernard : « Conférence à Montceau-les-Mines », le 9 février 1979.

-       A. Fargeton : « Les grandes heures du Creusot au temps des Schneider ».

-       Abbé J. B. Chaillet  :  « L’abbé Béraud », 1932.

-       J. Vacher : revue « La Physiophile » de Montceau-les-Mines, n°88 de juin 1978 et n°89 de décembre 1978.

-       Antoine Prost : « Histoire de l’Enseignement en France, 1800-1867 ».

-       Amédée Burat : "Société des houillères de Blanzy, situation de ses établissements en 1877", 1878.

-       Lucien Peyronnard : « Le charbon de Blanzy, la famille Chagot et Montceau-les-Mines : histoire économique, politique et sociale du pays Montcellien de 1769 à 1927 »,écomusée, 1981.

-       Bulletins de l’Instruction Primaire de Saône-et-Loire de la collection du musée.

-       Publication du musée : « Cent ans d’école », 31 juillet 1981.

-       Publication du musée : « La Maison d’Ecole, 140 ans d’histoire », cahier n°2, 2022.

-       P. Pluchot : « Les fondement de la laïcité, période 1789-1905 », 2003 ; « Quelle école avant 1880 ? » Article AAEENM, 2005 ; « Les écoles de Saint-Vallier » Article AAEENM, 2006 ; « 1899-1999, Centenaire des mouvements sociaux, naissance de l’école publique à Montceau-les-Mines », 2008.

-       Ministère de l’Instruction Primaire : « Enquête relative à la situation des écoles en France et en Algérie », 1884.

-       Henri Besseige : « Au pays Noir, récits du vieux Montceau », 1952.

-       « Montceau a Cent ans », 1956. 

-       Jean Bron, ancien professeur au lycée de Montceau, « Histoire du Mouvement ouvrier français », tome I. 

-       Articles du blog cités :

Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: l'abbé François Beraud, curé de Blanzy et de Montceau (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com)

 

Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: L'école de filles de la rue Centrale (actuelle rue Carnot) aujourd'hui disparue (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com)

 

Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: L’Ecole Primaire Supérieure de Montceau-les-Mines 1881-1956 (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com)

 

Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: Les bataillons scolaires (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com)

 

https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2018/01/historique-des-ecoles-de-la-mine.html#more

 

Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: Historique des écoles de la Mine à Montceau (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com) 

 

Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: Historique de l'école publique à Montceau (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com)

 

https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2020/05/labbe-francois-beraud-cure-de-blanzy-et.html

 

https://musee-ecole-montceau-71.blogspot.com/2018/02/historique-de-lecole-publiqu-montceau.html



[1]Bulletin de l’Instruction Primaire n°528 de 1930, plus différents témoignages oraux et Code Soleil 1954 citant les circulaires de 1925, page 282. Voir aussi les articles du blog du musée : Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: Les écoles polonaises (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com) et Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: Les écoles polonaises (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com).

[2]D’après des témoignages de maîtres ou maîtresses privés et d’une de leurs élèves.

[3]D’après des témoignages verbaux.

[4]Bulletin de l’Instruction Publique n°528 de 1930, pour les nombres d’enseignant(e)s titulaires, calculés d’après les listes précitées d’électeurs et d’électrices et d’après un témoignage oral d’une ancienne élève.

[6]D’après un témoignage écrit.

[7]Les Houillères du Bassin de Blanzy furent nationalisées en 1946 par la loi du 17 mai qui fondait l’établissement « Charbonnage de France ».

[8]Bulletin de l’Instruction Primaire n° 664 de 1947.

[9]19 titulaires dont 5 instituteurs et 14 institutrices, et, parmi celles-ci, 4 ayant le B.S (Brevet Supérieur), à l’exclusion de tous les autres titulaires et stagiaires.

[10]D’après des témoignages verbaux.

[11]Le Bulletin de l’Instruction Primaire n°677 de 1948, donne les traitements de 1945 à 1948 pour l’enseignement public.

[12]Bulletin de l’Instruction Primaire n°664 de 1947 et témoignages oraux. En 1948, l’enseignement public de Saône-et-Loire, 765 instituteurs et 1 344 institutrices, total 2 169.

[13]Bulletin de l’Instruction Primaire n°692 de 1950 et d’après un témoignage oral.

[14]D’après les témoignages de M. J. Brisepierre, ancien chef du centre et de l’architecte Dechassat.

[15]Notamment préparation au Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires des élèves âgés de 15 ans, en vue d’un apprentissage d’employé de bureau ou d’ouvrier.

[16]Voilà pourquoi les Allemands sont restés si nombreux à l’époque au Pays Noir, y fondant même une association.

[17]D’après des témoignages verbaux dont principalement celui de l’ancien chef du Centre d’Education  Professionnelle J. Brisepierre.

[18]Toujours d’après les mêmes témoignages.

[19]Suite du témoignage oral de J. Brisepierre, ancien chef du Centre.

[20]Idem.

[21]Idem.

[22]Le nom picard de « porions » était passé dans le langage des mineurs du Bassin minier de Blanzy, après la venue auprès d’eux, pendant la Grande Guerre, d’immigrés, mineurs du Nord, dont quelques familles, par ailleurs, restèrent  au Pays Noir après le conflit. Voir à ce sujet, l’article du blog du musée de la Maison d’Ecole sur le parrainage de la ville de Harnes (Nord) par la ville de Montceau : Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: La rue de Harnes au Bois-du-Verne (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com)

[23]Suite du témoignage oral de J. Brisepierre, ancien chef du Centre.

[24]Fin du témoignage verbal de M. J. Brisepierre qui dirigea pendant une trentaine d’années le Centre montcellien. Témoignage recueilli par Pierre Gillot pour le musée de la Maison d’Ecole.

[25]L’épuisement rapide du gisement dans le Bassin minier de Blanzy, la faible rentabilité et la mauvaise qualité de la houille, maigre, avec forte teneur en cendre, n’incitèrent pas à prolonger l’exploitation. Déjà le Centre d’Education Professionnelle, après avoir abandonné la 9e Ecluse, s’installa auprès de la Direction de la Mine et se borna à former quelques électromécaniciens. Fin mai 1979, l’effectif total des personnels employés aux Houillères de Blanzy était de 2772.

[26]Bulletin de l’Instruction Publique n°392 de 1914 et d’après « Montceau a cent ans », pages 79 à 88, article « De l’E.P.S au Collège ».

[27]D’après Antoine Prost, op cit, page 419.

[28]D’après G. Blond : « Pétain », ouvrage partial mais très précis, consulté pour l’impression d’ensemble sur le Régime de Vichy, et « 2e Guerre mondiale », Historia, page 699 du tome 2. Voir l’article du blog du musée de la Maison d’Ecole sur l’école sous Vichy : Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: L'école sous Vichy (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com) et Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: De Jean Zay au régime de Vichy (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com)

[29]D’après Antoine Prost, op cit, pages 420 à 448 et pages 474, 475, 510.

[30]Idem.

[31]D’après « Montceau a cent ans », page 38.

[32]Idem.

[33]Bulletin de l’Instruction Primaire n°676 de 1948 et témoignage de R. Dubreuil, Directeur du Collège moderne de Montceau-les-Mines.

[34]D’après le témoignage de R. Dubreuil.

[35]D’après « Montceau a Cent Ans », pages 84 et 88. C’était une municipalité socialiste qui proposa la construction, 49, rue de Gourdon, à Montceau. Quant à l’ancien bâtiment de la vieille Ecole Primaire Supérieure, il fut démoli en 1956.

[36] Sources site du lycée Henri Parriat : en 1968 aura lieu la séparation définitive des collèges et des lycées. L’établissement perdra donc son premier cycle au bénéfice des nouveaux collèges (CES et CEG) créés sur Montceau. En 1977, le centre d’apprentissage industriel devient lycée professionnel et s’installe à Blanzy. Le lycée portera officiellement le nom d’Henri Parriat en 1987.  

[37]Le titre et la date sont consignés dans les archives du lycée.

[38]Bulletin de l’Instruction Primaire n°676 de 1948 et témoignage de R. Dubreuil.

[39]D’après « Montceau a Cent Ans », op cit, page 88.

[40]Idem.

 

[41]D’après le témoignage de R. Dubreuil.

[42] D’après « Montceau a Cent Ans » et le Code Soleil de 1954 : « pour se présenter au concours de l’Ecole Normale depuis 1951, le Brevet Elémentaire n’est plus valable étant remplacé par le B.E.P.C (Brevet d’Etudes du Premier Cycle) », page 253.Sans qu’il eut rétroactivité, les anciens titres de capacités pour enseigner se trouvaient supprimés en 1951, seul subsistait le baccalauréat, page 197. Au sujet de l’Ecole Normale d’Institutrices de Mâcon, voir l’article du blog du musée de la Maison d’Ecole : Blog dédié au Musée de l'école à Montceau-les-Mines: Aperçu historique de l'Ecole Normale d'Institutrice de Mâcon (musee-ecole-montceau-71.blogspot.com)

[43]Citation empruntée à un article anonyme paru dans le « Dauphiné libéré », le 25 décembre 1975. Né à Montceau-les-Mines le 30 janvier 1910, Henri Parriat y est décédé le 24 décembre 1975. C’est en 1987 que le Lycée de Montceau prit officiellement son nom.

[44]Une étude complète sur la vie d’Henri Parriat est disponible dans la revue La Physiophile, n°83 de 1975, notamment.

[45]D’après Antoine Prost : op cit, page 433, chapitre XVIII : « L’explosion scolaire et l’ébranlement de la société enseignante », dans « Histoire de l’enseignement en France : 1800-1967 ».

[46] Dans la revue « Pourquoi ? », septembre-octobre 1981, n°168, article « Temps libre ».

[47] « Le Monde » des 11 et 12 octobre 1981, article « Les illettrés invisibles ».

[48]Bulletin de l’Instruction Primaire n°348 de 1910.

[49]Bulletin de l’Instruction Primaire n° 385 de 1913 : statistique demandée par le Ministre, des enfants anormaux inscrits dans les écoles publiques ou privées.

[50] Les premières classes spéciales renommées par la suite « classes de perfectionnement » furent créées par la loi de 1909 qui marqua le début de l’enseignement spécial. Un corps d’enseignants spécialisés était alors formé en 4 mois au C.A.E.A (Certificat d’Aptitude à l’Enseignement des Arriérés)… Décret du 14 août 1909.

[51]Bulletin de l’Instruction Primaire n°392 de janvier 1914 : « Rapport sur la situation matérielle et morale de l’enseignement primaire dans le département de Saône-et-Loire pendant l’année scolaire 1912-1913 », par l’Inspecteur d’Académie Sarthou.

[52]D’après une statistique du ministère de l’Education Nationale, dans « L’école publique » Tome I, Editions Rombaldi.

[53]Ouvriers renvoyés suite à la grève du 21 janvier au 26 mai 1901, déclenchée à cause de cette menace de renvois qui dépassèrent le chiffre ci-dessus, cité alors. Waldeck-Rousseau avait refusé d’intervenir.

[54]Docteur Laroche : op cit, page 153.

[55]Docteur Beaubernard : op cit, « La grande grève de 1901 ».

[56]On peut découvrir le pittoresque du patois montcellien en relisant, entre autres, « Les oies de papa » par P. Jarjaille dans « L’Espoir » du 23 mai 1949.







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